12 juin 2018

Clemenceau le Tigre (01)

Par Franck Abed

 

« Clemenceau est l’homme aux quatre têtes, tour à tour ou tout à la fois le Tigre, le dreyfusard, le premier flic de France, le Père de la Victoire » (Michel Winock).

Pour le centenaire de l’année 1917, les éditions Perrin ont publié en fin d’année dernière une magistrale biographie de Georges Clemenceau écrite par Michel Winock. Celle-ci était initialement parue en 2007. Elle a été revue, actualisée et augmentée pour cette édition de luxe, reliée et enrichie d’un cahier iconographique fort utile et très intéressant.

Clemenceau,Michel Winock (Perrin).

Clemenceau,Michel Winock (Perrin).

Michel Winock est professeur émérite à l’Institut d’études politiques de Paris. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels La Fièvre hexagonale, Les grandes crises politiques 1871-1968, Le Siècle des intellectuels, ainsi que de plusieurs biographies remarquées : Pierre Mendès France, Mme de Staël, Flaubert et François Mitterrand. Winock, dans ce livre dense de 584 pages, revient sur le parcours de Clemenceau qui fut selon lui, le porte-drapeau de la gauche républicaine : « Le nom de Georges Clemenceau doit aussi être associé à celui de la République, dont il a été l’un des soutiens les plus ardents. Charles de Gaulle fut un républicain de raison : parce que la République était le régime voulu par les Français. Georges Clemenceau fut un républicain de naissance et de conviction. »

Winock délivre plusieurs anecdotes savoureuses sur Clemenceau et présente ses nombreux atouts. Toutefois, il ne tombe jamais dans l’hagiographie. Effectivement, Winock s’arrête sur les travers de son sujet d’étude : agressivité, brutalité, procédés tortueux voire despotisme, non pour l’accabler, mais avec l’objectif de nous offrir une vision complète de Clemenceau. Nous pouvons écrire sans flagornerie aucune, qu’il a atteint son objectif.

Étudier la vie, le parcours, l’œuvre politique et intellectuelle de Clemenceau, revient en réalité à se poser la question de savoir qui il fut réellement : « Clemenceau est l’homme aux quatre têtes, tour à tour ou tout à la fois le Tigre, le dreyfusard, le premier flic de France, le Père de la Victoire. »

Revenons quelques instants sur cette appellation de Tigre : « Le Tigre est le surnom que son ami Émile Buré lui donne en 1903 et qui fut repris par tout le monde : il s’applique rétrospectivement bien au tombeur de ministères, au député implacable dont les discours griffent. »

Il y a une formule, parmi d’autres, de Winock qui a retenu notre attention. Elle explique l’idée suivante : l’événement a créé Clemenceau. L’auteur écrit : « Georges est né le 28 septembre 1841 à Mouilleron-en-Pareds en Vendée, Clemenceau, à Paris en 1870, quand les Prussiens assiégeaient la capitale. »

Effectivement, sans cette guerre perdue par Napoléon III, puis le siège de Paris, la Commune, qu’aurait-il mené comme vie ? Sûrement une carrière de médecin, étant donné que ses idées politiques – principalement républicaine et anti-cléricale – ne lui auraient point permis d’émerger sous le règne du dernier napoléonide.

Prenons le temps de nous arrêter sur les origines sociales et politiques de Georges Clemenceau : « Ce n’était pas si fréquent dans la Vendée catholique et royale. À tout le moins dans la paysannerie et dans l’aristocratie, piétaille et chef des Blancs. Dans la bourgeoisie il en allait autrement : les Bleus y abondaient. Or les Clemenceau étaient des bourgeois, de l’espèce éclairée : une lignée de médecins. » L’auteur remonte l’arbre généalogique, et nous apprenons que « son arrière-grand-père, Pierre-Paul, fut nommé médecin des Armées de l’Ouest sous la Révolution, avant d’être sous-préfet de Montaigu, et enfin, en 1805, membre du Corps législatif. »

Il est on ne peut plus clair que dans la famille Clemenceau, politique et médecine font bon ménage. Précisons aussi qu’un buste de Maximilien Robespierre trônait sur la cheminée. Cela a dû le marquer profondément, lui qui plus tard écrira : « Tous ces empereurs, roi, archiducs et princes sont grands, sublimes, généreux et superbes. Leurs princesses sont tout ce qu’il vous plaira ; mais je les hais d’une haine sans merci comme on haïssait autrefois en 1793, alors qu’on appelait cet imbécile de Louis XVI l’exécrable tyran. Entre nous et ces gens-là, il y a une guerre à mort. »

Georges Clemenceau est le deuxième d’une famille de six enfants. Son père était aussi médecin et avait participé aux Trois Glorieuses en 1830, à peine débarqué à Paris après trois semaines de marche. Benjamin Clemenceau, son père, applaudit des deux mains à la révolution de 1848, mais déchante devant la tournure prise par les événements. Louis-Napoléon n’entendait pas continuer la République, et il restaura l’Empire. Benjamin Clemenceau fut emprisonné, suite au coup d’État manqué d’Orsini sur Napoléon III, en vertu de la loi de sûreté générale. Détail amusant et révélateur de l’état d’esprit familial, quand il rend visite à son père en prison et lui annonce fièrement : « Je te vengerai », ce à quoi le père répond : « Si tu veux me venger, travaille ». Effectivement, Georges Clemenceau travaillera dur et longtemps, mais ne mènera pas une longue et belle carrière médicale comme son père l’espérait alors…

Selon l’auteur : « Clemenceau est aussi la France. Parisien de Vendée, Vendéen de gauche, homme de gauche détesté par la gauche, athée communiant dans la religion de la République, politicien qui aime les livres et en écrit, frère et admirateur de Claude Monnet qu’il sait pousser jusqu’à la limite de son art. »

Il poursuit son analyse : « Il ne cesse d’étonner l’historien qui le suit dans les méandres de sa vie pleine, contradictoire, heurtée, traversée d’échecs et promise à la gloire. »

L’auteur précise également les idées politiques de Clemenceau : « On ne peut nier qu’il fut un nationaliste. Son nationalisme, cependant, n’avait rien de commun avec celui qui, de son temps, enfiévrait ceux qui se délectaient de ce mot-là et faisaient de leur patrie un territoire interdit aux autres peuples. Purement républicain, son nationalisme ne s’est jamais conçu comme une fermeture aux autres, un rejet de l’étranger, une passion obsidionale d’une identité menacée. Sa haine du racisme, de l’antisémitisme, de la xénophobie, allait de pair avec cette fierté, illusoire ou non, d’appartenir à un grand peuple, celui qui avait allumé pour le monde entier la torche de la liberté. »

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