Il y a 220 ans mourrait Alexandre Dumas (1762-1806), le père d’Alexandre Dumas père : le dur à cuire de la famille
(article écrit sans recours à l’Intelligence artificielle)
Alexandre Dumas père, c’est bien évidemment le prolifique écrivain, l’auteur de ces Trois Mousquetaires qui sonnent comme le manifeste de la France éternelle. Mais Alexandre Dumas père avait un père : Thomas Alexandre Davy de La Pailleterie, dit le général Dumas. Né à Jerémie (alors Saint-Domingue, aujourd’hui Haïti) en 1762. Mort à Villers-Cotterêts en 1806.
L’histoire commence plutôt mal pour Thomas Alexandre. Il est le quatrième enfant d’un noble de Normandie, le marquis Alexandre Antoine Davy de La Pailleterie (1714-1786), en charge d’une plantation de Saint-Domingue avec son frère. Les quatre enfants sont nés de la liaison entre le marquis (1) et une jeune esclave du domaine, Marie-Cessette Dumas. Avant de rentrer en métropole, en 1774, le marquis, qui trahit-là une âme bien peu noble, vend ses enfants comme esclaves !
Une exception toutefois : Thomas Alexandre a été cédé « à réméré ». Ce qui veut dire qu’il peut être racheté par à tout moment par son vendeur. Son père en l’occurrence…
Remords ou retour d’affection tardif, on ne sait pas, c’est ce qui va se passer. Racheté sous le nom de « Thomas Réturé », le jeune adolescent est installé chez son père, en Normandie, élevé comme le fils de la maison, éduqué comme un jeune noble, puis placé dans un pensionnat coté de la rue Saint-Honoré à Paris. Dans cet établissement, dirigé de main de maître par Nicolas Texier de La Boëssière, Thomas Alexandre reçoit une excellente éducation en toutes les matières. Le matin, l’étude ; l’après-midi, les armes.
C’est un beau gaillard qui fait son entrée dans le monde. Il est de belle taille (1,85 m, ce qui est rare pour l’époque), il est bâti comme un athlète, il est élégant (son père ne mégote pas sur sa garde-robe). Aussi fait-il le bonheur des salons parisiens et plus encore celui des dames… Mais, entre le marquis et son fils, les choses vont se gâter quand ledit marquis se met dans l’idée d’épouser une « jeunesse », Marie Petou, de trente ans sa cadette. Le fils souligne le ridicule de ce mariage au vieux barbon. Le père s’obstine et épouse Marie en 1786. Les deux hommes ne se rabibocheront jamais.
Ce qui est plus embêtant pour Thomas Alexandre, c’est que son père lui coupe les vivres. Qu’à cela ne tienne ! Sous le nom d’Alexandre Dumas (et ce sera le sien et celui de ses descendants désormais), il s’engage dans le régiment des dragons de la Reine. En 1789, ce régiment est envoyé à Villers-Cotterêts pour mettre au pas des fauteurs de trouble révolutionnaires. Ce qui sera fait. Thomas Alexandre fait tirer dans le tas. Et tout rentre dans l’ordre. Mais, pendant toute la période révolutionnaire, cet impromptu de Villers-Cotterêts lui sera reproché (il sera même jugé pour cet épisode et n’échappera que de peu à la guillotine).
À l’auberge de L’Écu de France, où il loge à Villers-Cotterêts, il séduit la fille de l’aubergiste, Marie Labouret. Ils se fiancent, mais ne se marieront qu’en 1792 : le père Labouret, un peu Thénardier sur les bords, avait exigé que Thomas Alexandre eût un grade plus élevé dans la hiérarchie militaire. Finalement, celui de brigadier conviendra au daron de Marie.
Après la Révolution, la carrière du brigadier Dumas est fulgurante. Sous les ordres de Dumouriez, dans l’armée du Nord, il fait merveille. Nommé maréchal des logis, puis capitaine au sein des Hussards de la Liberté et de l’Égalité, il intègre, avec le grade de lieutenant-colonel pour le coup, la Légion Saint-Georges (du nom du fameux chevalier Saint-Georges, né esclave, lui aussi). Le temps de faire un enfant à sa femme, une fille prénommée Alexandrine Aimée, et il repart faire le coup de feu du côté de Lille.
Quo non ascendet ? En 1793, il est général de brigade, puis général de division la même année ! Il est nommé commandant de l’armée des Pyrénées occidentales, mais ne pourra pas assurer cette fonction, les terroristes de la région le trouvant trop « tiède » à l’égard des sympathisants (ou supposés tels) royalistes. Il est vrai qu’il ne cachera jamais, ce qui faillit lui coûter la vie, son dégoût à l’égard des septembriseurs et autres lécheurs de guillotine. On le nomme commandant en chef de l’armée des Alpes. Mais, là encore, il doit s’empoigner avec le Comité local de salut public qui ne veut pas de lui. Alors qu’il est convoqué devant un tribunal terroriste, qui l’aurait condamné à coup sûr à la guillotine (comme ce fut le cas pour son ami, impliqué comme lui, Armand-Louis de Gontaut Biron), la chute de Robespierre, en juillet 1794, lui sauve la mise. Et la tête…Nommé commandant de l’Armée de l’Ouest, il avait démissionné pour dénoncer les crimes abominable, un véritable génocide, commis contre les Vendéens.
À Villers-Cotterêts, où il vient en permission, il fait la découverte de sa seconde fille, un tout petit enfançon, Louise Alexandrine. La suite pourrait se décliner comme autant de rapports militaires : l’armée des Alpes, l’Italie (avec Bonaparte), le Tyrol (où il gagne son surnom : l’Horatius Coclès du Tyrol), l’Égypte (où il a sous ses ordres Davout, Murat, Leclerc), etc. Emprisonné deux ans à Naples, il est mis d’office à la retraite en 1802. Il fut en fait (comme quelques autres anciens de la Légion Saint-Georges) « épuré » et humilié par Napoléon qui se conduisit en l’occurrence (mais il ne fut jamais un exemple d’élégance morale) comme un salopiot.
À sa mort, le 26 février 1806, son fils, Alexandre, est âgé de trois ans et demi. Le nom du général Dumas, ce « Diable noir » à qui son écrivain de fils doit sans doute sa formidable imagination, est inscrit sur le côté sud de l’Arc de Triomphe. Avec deux de ses compagnons d’antan aux dragons de la Reine, le général Louis Chrétien Carrière de Beaumont et le général Jean Louis Brigitte Espagne. Il n’y manque que leur quatrième complice, le général Joseph Piston. Quatre dragons ? Tout juste. Ont-ils inspiré au fils du général Dumas ces trois mousquetaires qui, comme on le sait, étaient quatre ? Pas impossible…
- (1) Les Davy de la Pailletery sont une famille normande de la noblesse d’épée. Ainsi l’écrivain Alexandre Dumas, auteur de ce roman-manifeste de la droite nationale, Les Trois Mousquetaires, descendait-il de Robert de Chabannes, tué à Azincourt, et de Jean de Graville, compagnon de Jeanne d’Arc.
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