28 août 2026

3 500 milliards de raisons de se taire

Par Yves Oper

(article écrit sans recours à l’Intelligence artificielle)

​Le voilà de retour avec son assurance des grands jours, le sourire en coin et la pédagogie bien pendue, bien décidé à nous réexpliquer la vie comptable après avoir siphonné les caisses de l’État. Sept ans aux manettes du ministère de l’Économie pour laisser derrière lui une addition pharaonique qui dépasse les 3 000 milliards d’euros, un déficit parti en roue libre à 5,5 % du PIB et les félicitations très ironiques de la Cour des comptes. Mais qu’importe le gouffre et le désastre budgétaire, le bonhomme a la couenne dure et l’amnésie facile. Il réapparaît sur les plateaux avec cette gravité de professeur émérite, feignant d’oublier qu’il est le principal architecte de la ruine qu’il vient aujourd’hui commenter.

​Le plus savoureux chez ce virtuose du renflouement national reste cette incroyable capacité à faire la leçon tout en écrivant des romans de gare. Pendant que la France s’enfonçait dans la dette et que l’inflation étranglait les ménages, notre grand homme trouvait le temps de peaufiner ses descriptions anatomiques dans la littérature intime entre deux réunions de crise. Ce mélange détonant d’incompétence financière et de légèreté littéraire aurait pu inciter n’importe quel gestionnaire déchu à une discrétion de bon ton. C’était mal connaître l’animal, prêt à traverser la frontière suisse pour venir nous expliquer comment économiser les centimes qu’il a lui-même distribués à la pelle.

​Voir ce pyromane des finances publiques revenir en costume de sauveur pour donner des points de rigueur à la terre entière relève du génie comique, ou d’un cynisme hors catégorie. Il continue d’égrener ses recettes d’austérité avec un aplomb fascinant, persuadé que le peuple français a effacé sa mémoire vive en même temps que son pouvoir d’achat. Quand on a transformé les cordons de la bourse en passoire nationale, la moindre des élégances serait pourtant de s’appliquer à soi-même la première mesure de sobriété : fermer son livre et s’imposer, au moins pour un temps, le silence.

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