5 février 2020

Proche-Orient : pour une fois, Trump a tout faux !

Par Jean-Claude Rolinat

Une fois n’est pas coutume, nous dirons le plus grand mal de cette initiative du président américain qui n’est ni juste ni, surtout, sérieuse. Enfin, comment les Arabes de Palestine pourraient-ils accepter un plan qui les ampute d’un cinquième de leur territoire, – déjà réduit comme une peau de chagrin –, et qu’on leur propose d’installer leur capitale à Abu Dis, une banlieue de Jérusalem-Est à l’extérieur du mur de sécurité ?

Un bref rappel historique

Mais avant d’aller plus loin, un rafraîchissement des mémoires est nécessaire. On sait que depuis la dispersion des Juifs de Palestine il y a des lustres, il est toujours resté un petit noyau de la religion mosaïque dans ce pays, et on connaît l’exhortation rituelle des exilés, « l’an prochain à Jérusalem ».

L’homme d’État britannique, Lord Balfour, avait d’ailleurs reconnu en 1917, le droit des Juifs à revenir en Palestine pour y créer un « Foyer national juif », embryon d’État qui n’osait pas dire son nom. Et cet embryon d’État, après que nombre de rescapés des camps de la mort l’ont rejoint, a vu le jour, légalement, internationalement, en 1947, lorsque les Nations Unies ont voté pour la création de deux États en Palestine, l’un arabe, l’autre juif avec, au milieu, Jérusalem érigée en corpus separatum, administré par l’ONU.

C’était le projet onusien accepté par une majorité qualifiée des pays membres de l’ONU, à l’époque beaucoup moins nombreux qu’aujourd’hui. L’erreur fondamentale des pays arabes et autres contrées musulmanes, c’est d’avoir refusé ce partage, qui était à l’époque territorialement équitable, et d’avoir exhorté les Palestiniens à fuir leur pays, en leur assurant que les armées égyptienne, syrienne, jordanienne, libanaise et irakienne, allaient « jeter les Juifs à la mer ». Que nenni ! Ce qui se passa, au contraire, ce sont les Hébreux qui repoussèrent victorieusement les troupes arabes et refusèrent, à l’exception tout de même de 100 000 personnes, le retour des Arabes qui avaient fui les territoires qui leur avaient été concédés, et qui venaient d’être conquis par la Haganah.

Une supériorité militaire jamais démentie

Meilleur entraînement peut-être, évidente farouche volonté, motivation supérieure sans doute par rapport aux armées arabes, à l’exception de la Légion arabe jordanienne formée par l’Anglais Glubb Pacha, toujours est-il que la Haganah domina le champ de bataille. Il en sera ainsi en 1956, avec la crise de Suez où l’armée juive culbuta les troupiers de Nasser pour camper en trois ou quatre jours sur les rives du canal, en 1967, lors de la « guerre des 6 jours », où Israël détruisit les trois armées arabes de ses voisins, en conquérant le Sinaï, le Golan, Gaza et la Cisjordanie, sans omettre la réunification de la ville trois fois sainte. N’oublions pas 1973 avec la « guerre du Kippour » – là, il était moins une pour Tsahal sur le canal de Suez et les hauteurs du plateau du Golan-, en 1982, invasion du Liban etc. Bref, un certain nombre d’Arabes ont fini par comprendre que l’État d’Israël était là pour durer, une fatalité avec laquelle il fallait composer et négocier avec « l’entité sioniste » ! D’autant qu’Israël possède l’arme suprême, sans officiellement l’avouer.

Négocier avec les Juifs ?

Ce fut le cas du président égyptien Anouar El Sadate, qui le paya de sa vie, et du Roi Hussein de Jordanie. Bachir Gemayel aurait fait de même, s’il n’avait pas été assassiné au Liban, alors qu’il s’apprêtait à en prendre la présidence. Les spectaculaires accords d’Oslo signés en 1993 entre Yasser Arafat, chef de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), et le général Rabin premier ministre travailliste qui fut, lui aussi, assassiné par un Juif extrémiste le qualifiant de « traître », auraient dû régler progressivement et définitivement le problème. Mais la présence du Likoud de Benyamin Netanyahu au Pouvoir, associé aux exécrables partis religieux, a complètement gelé les tenants et aboutissants de ces accords mort-nés. Eh bien, il en sera de même du plan de paix de The Donald.

Trump Netanyahu

Un plan totalement déséquilibré qui fait la part (trop) belle à Israël

En préambule de l’éventuel accord, il faudrait que les Palestiniens renoncent au terrorisme et que le Hamas, qui tient la Bande de Gaza surpeuplée, – 350 km² pour presque 2 millions d’habitants, reconnaisse Israël. Jusque-là, rien de scandaleux. Là où ça se complique, c’est qu’il est reconnu aux Israéliens le droit d’annexer les colonies implantées en Cisjordanie, notamment le bloc central de Ma’alé Adumin. Tout cela représente plus ou moins 400 000 habitants retranchés dans des villes-dortoirs qui font de la Palestine arabe une véritable « peau de léopard », ou un gruyère, si le lecteur préfère cette comparaison… alimentaire ! Première difficulté. Seconde difficulté, le droit reconnu à I’État hébreu d’annexer une bande plus ou moins large de 10 à 15 km, partant du sud de la Galilée et épousant le cours du Jourdain jusqu’à la Mer Morte, sans que l’on sache si la Palestine contrôlerait le seul pont qui la relie à la Jordanie, et si elle aurait un accès à la Mer Morte, ne serait-ce que pour, elle aussi, disposer d’une station balnéaire. Autre difficulté, et pas des moindres tant elle est chargée de symboles, le sort de Jérusalem.

Trump reconnaît que cette ville, militairement réunifiée en 1967, par les soldats de Moshe Dayan, le général borgne, est la capitale éternelle d’Israël selon l’incantation et la volonté des nationalistes juifs. Il est évident que si le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, signait un tel pacte, il serait assassiné dans les 24 heures, pauvre de lui ! Alors il y a bien un volet économique promettant monts et merveilles aux Palestiniens, 50 milliards de dollars d’investissements, création d’un million d’emplois, dans les 10 ans,  sans que l’on sache d’où viendraient ces millions, et quelles entreprises créeraient ces milliers et ces milliers de boulots. Car disons-le clairement, les Arabes de Gaza ou de la Cisjordanie ne sont pas des Chinois de Singapour ou de Hong-Kong, ça se saurait…

Une situation bloquée, sans espoir ?

Avec un contentieux d’une telle ampleur, un sentiment d’injustice si fortement ancré pour les uns, une certitude d’avoir raison pour les autres, difficile de faire accepter un compromis. N’oublions pas non plus, qu’il y a un mur de sécurité qui sépare physiquement Israël et les colonies de la Cisjordanie arabe (ce qui, en passant, a tout de même fait chuter les attentats terroristes en Israël).

Pour l’avoir franchi dans les deux sens, j’ai constaté que c’était, tout de même, une humiliation quotidienne pour les salariés arabes qui travaillent en Israël, et qui rentrent dormir chez eux, le soir, à Naplouse, Hébron, Ramallah, Bethléem ou Jéricho, et qui doivent montrer patte blanche aux soldats qui gardent des points d’appui fortifiés. Probable que nos parents ou grands-parents pour les plus jeunes, devaient ressentir la même rancœur face à la ligne de démarcation en 1940 et la suite…

Ce plan de paix, à part les milieux conservateurs américains, évangélistes, juifs et autres, et le très british Boris Johnson, n’a pas recueilli beaucoup d’adhésions. La Ligue arabe, bien sûr, y est hostile, l’Union européenne, comme toujours, s’est fendue d’un communiqué très « jésuite », l’Allemagne est réticente, et la France avec un texte mi-figue, mi-raisin, se retranche derrière le « droit international », ce qui signifie qu’elle le réfute, mais seulement du bout des lèvres. Non Mister Trump, votre copie est mauvaise. Elle ne vous assure le soutien que des milieux ultras pour votre réélection ce qui, somme toute, et pour d’autres sujets, n’est pas une mauvaise chose, mais qui, pour désamorcer la bombe proche-orientale, ne résout RIEN.

Ce serait même, plutôt contre-productif. D’ailleurs, la rue arabe, avec ses manifestations, le prouve. L’espoir viendrait, peut-être, d’une victoire électorale du courant « blanc-bleu » de l’ex-général Gantz, challenger de Netanyahu pour les prochaines élections législatives en Israël. Non pas que ce dernier soit une colombe, mais le fait qu’il était justement, un soldat, lui permet d’avoir une approche plus réaliste, plus pragmatique, de la problématique. Concrètement, tant que les Arabes de Palestine n’auront pas un État viable dans des frontières, certes, légèrement retoquées – par exemple en supprimant le saillant de Latroun –, avec un gouvernement installé à Jérusalem-Est – il y a encore une toute petite place pour y mettre un bâtiment parlementaire et gouvernemental –, aucun progrès ne sera possible, et cette plaie vive qui perdure depuis 1947/1948, restera le cancer qui ronge les relations internationales. Et ce n’est pas un projet farfelu de tunnel pour joindre directement la Cisjordanie à Gaza, regardez la carte et vous comprendrez, qui apaisera le mal.

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