28 octobre 2016

L’agriculture quel avenir ?

Par Hans Joachim Froh

Malgré les mesures d’urgence, les revenus des agriculteurs se sont effondrés en 2016 et ils seraient désormais de 354 euros, pour un tiers des agriculteurs de France. La nouvelle Politique Agricole Commune (PAC), réalité depuis le début de l’année 2015, a vu le jour sous les auspices de crises agricoles répétitives et graves : une crise agricole chasse l’autre et après le vin et le porc, c’est maintenant au tour du lait et des céréales de connaître une situation particulièrement difficile.

Avec un soutien sans relâche de l’Union européenne, la PAC représente le premier poste de dépenses du budget européen, soit environ 60 milliards d’euros par an. Pour la France, la PAC a signifié 7,8 milliards d’euros de paiements en 2014, en plus de 525 millions d’euros en faveur de mesures de marché visant à soutenir différents secteurs en crise. La contribution financière des États européens a été réformée en 2013, afin d’intégrer des aspects environnementaux notamment et les règles de la Politique agricole ont été assouplies : ainsi les États membres assument-ils désormais de nombreux choix de répartition de l’aide, en fonction de leurs priorités.

Le « verdissement » de la PAC commence à porter ses fruits. Certains dispositifs peuvent même avoir un impact positif sur le revenu des agriculteurs. C’est le cas des contrats de mesures agroenvironnementales et climatiques, mis en place par la PAC et cofinancé par le FEADER (Fonds Européen Agricole de Développement Rural). En échange de primes à l’hectare, les agriculteurs s’engagent à repenser le fonctionnement de leur exploitation, notamment en divisant de moitié le recours aux produits phytosanitaires par rapport à la moyenne de leur département.

« Ce sont surtout les jeunes qui s’engagent pour faire évoluer leur exploitation », constate-t-on au Parc Naturel du Perche, une des structures qui participe au verdissement de la PAC. Les agriculteurs doivent aussi bien souvent jongler avec un prix du lait inférieur au coût de production. Réduire le coût des intrants et tenter de faire fonctionner son exploitation en autonomie devient l’obsession de nombre d’agriculteurs. Par ces accords contractuels agroenvironnementaux, les paysans réduisent aussi de plus en plus l’utilisation de produits chimiques.

L’accès aux terres et le revenu, des enjeux prioritaires

Très préoccupé par le recul de la population d’agriculteurs, qui a baissé de 50 % en France depuis 30 ans, le syndicat des Jeunes Agriculteurs demande surtout des mesures pour faciliter l’accès au foncier. Un problème crucial qui bloque souvent les agriculteurs les plus motivés, et empêche les jeunes de s’installer. Or, la situation commence à être critique. Certains pays ont imaginé des aides fiscales ou patrimoniales importantes : ceci peut être une inspiration, mais c’est aux États membres d’en décider. D’autres suggèrent de pouvoir alléger les exploitations du poids de l’amortissement du capital, qui réduit dramatiquement les revenus surtout au démarrage. Or, cette question des revenus est essentielle et elle entraîne de nombreux problèmes, tout en accentuant le risque de célibat. La formation aux nouvelles technologies s’avère aussi prioritaire et ceci ne serait-ce que pour avoir accès aux aides de la PAC, en définissant très précisément la taille des parcelles ou en calculant au plus juste la quantité des intrants nécessaires, les nouvelles technologies sont incontournables. La ferme d’aujourd’hui se gère à l’aide d’applications et de logiciels.

L’agriculture est de plus en plus connectée et connaît des innovations incontournables

Le logiciel Isalait par exemple, pour la gestion des troupeaux, permet de répertorier les bêtes, de suivre leurs productions de lait et d’identifier plus facilement les problèmes de santé éventuels et les traitements ad hoc. Avec l’application, les agriculteurs peuvent vérifier directement dans le champ les données de l’animal. Les fermiers reconnaissent qu’ils passent de plus en plus de temps connectés entre la météo, les alertes sur les prix des animaux, des céréales, les semis ou la gestion des troupeaux. Ceci est loin d’être généralisé sur l’ensemble du territoire européen, même si le sujet est au cœur du marché unique numérique souhaité par la Commission. L’enjeu du numérique devra en tout cas être traité par la nouvelle PAC, sur laquelle le débat s’ouvre, comme l’avenir de l’emploi dans l’agriculture, alors même que seulement 6 % des agriculteurs qui s’installent en Europe, ont moins de 35 ans.

Ce bouquet disparate de mesures en faveur de l’agriculture, s’il apparaît positif, ne peut en lui-même suffire et il faut se rappeler les graves erreurs commises, pour ensuite envisager quelles décisions de long terme pourraient redonner de l’espoir à nos agriculteurs. Parmi les graves bévues, citons l’abandon progressif et systématique de la préférence communautaire, au bénéfice d’importations massives extra-européennes, dans une Europe ouverte à tous les vents, alors même que la recherche permanente de la qualité devrait aussi primer, face à la pression majeure exercée par les multinationales américaines, visant à changer la nature de nos aliments et à changer nos normes. L’agriculture européenne doit aussi exiger une réciprocité totale en matière d’échanges commerciaux. La force de l’agriculture de l’UE est avant tout dans la qualité de ses produits et l’effet équilibrant, pour la société, de la gestion des espaces, de nos campagnes et ceci depuis des temps immémoriaux. Cette qualité des produits ne peut être abandonnée, pour des prix plus bas, qui au surplus remonteraient immédiatement, après que soient atteintes les positions oligopolistiques des multinationales d’Outre-Atlantique.

L’agriculture européenne doit redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une agriculture efficace, au service de la qualité et une agriculture d’exportation de la qualité. Le Burkina-Faso, vient de le comprendre, dans le secteur du coton, en mettant fin à sa collaboration avec Monsanto.

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Philippe Randa,
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