(article écrit sans recours à l’Intelligence artificielle)
Quand nous parlons de démocratie, nous pensons surtout et principalement au sens politique du terme. En bref, un système où la masse du peuple élit les politiciens qui la gouverneront et qui siègeront dans une institution représentative désignée généralement sous le vocable de parlement. Dans un système démocratique le peuple est censé avoir son mot à dire dans la gestion des affaires publiques, du moins en théorie. Car en pratique il y a des cercles d’intérêts qui priment largement sur les besoins et désirs populaires dans le processus de décision politique. Des lobbys puissants et très fortunés en général qui exercent un poids considérable sur le système politique avec pour résultat une désaffection de plus en plus grande de la part des citoyens à l’égard de la démocratie parlementaire. Ils se sentent floués et bernés par le système en place.
Au nveau économique il y a un phénomène similaire qui se produit. La vie économique dans les pays qui adhèrent au libéralisme économique est fortement et largement accaparée par une élite ploutocratique dont la seule motivation est la réalisation du profit maximum. La rentabilité est érigée en veau d’or dans notre système économique. Ce qui ne veut pas dire que nous devrions nous tourner vers le socialisme et le communisme, comme le prônent les marxistes invétérés qui existent encore de nos jours malgré l’effondrement du bloc soviétique. Les grandes entreprises et leurs dirigeants ont un pouvoir énorme entre leurs mains, notamment à cause des emplois crées et aussi avec l’argent qu’ils possèdent, qui représentent des milliards d’actifs. Les grands entrepreneurs, que l’on appelle aussi capitalistes, sont généralement très proches de la classe politique et bon nombre de politiciens sont issus du milieu des affaires. Il y a en quelque sorte une interrelation très étroite entre ces deux groupes. C’est sans aucun doute ce qui explique le poids que les grands chefs d’entreprise et les banquiers exercent sur le processus de décision politique.
Ce phénomène n’est pas nouveau du tout. En effet le Pape XI, de regrettée mémoire, en parlait déjà dans sa célèbre encyclique sur la question sociale Quadragesimo Anno en 1931. « Ce pouvoir est surtout considérable chez ceux qui, détenteurs et maîtres absolus de l’argent, gouvernent le crédit et le dispensent selon leur bon plaisir. Par là, ils distribuent le sang à l’organisme économique, dont ils tiennent la vie entre leurs mains, si bien que sans leur consentement, nul ne peut plus respirer. »
Cette citation est l’une des plus célèbres de cette encyclique. Le Saint-Père allait même jusqu’à dire que le fameux libre marché dont nos dirigeants politiques et économiques se targuent tant a été remplacé par une sorte de dictature économique. Il n’y a donc pas que les marxistes et les socialistes de tout acabit qui dénoncent les dérives du libéralisme économique, car la doctrine sociale de l’Église le fait très clairement depuis 1891, année de la publication de l’encyclique Rerum Novarum par le pape Léon XIII. La dichotomie marxisme/libéralisme qui est souvent présentée dans les médias pour résumer les courants économiques concurrents mérite fortement d’être nuancée pour ce qui a trait au fonctionnement de l’économie. Le pape Jean-Paul II a déclaré lors d’un voyage en Suisse: « En tant que société démocratique, veillez attentivement à tout ce qui se passe dans ce puissant monde de l’argent ! Le monde de la finance est aussi un monde humain, notre monde, soumis à la conscience de nous tous ; pour lui aussi il y a des principes éthiques. Veillez donc surtout à ce que vous apportiez une contribution au service de la paix du monde avec votre économie et vos banques et non une contribution — peut-être indirecte — à la guerre et à l’injustice ! » Les papes ne se sont jamais réclamés du libéralisme ni du marxisme bien sûr et leur conception de l’économie tire sa source des Évangiles et de la notion thomiste du bien commun.
A la lumière de tout ça, il y a donc une nécessité de démocratiser le système économique en atténuant forment l’emprise et le pouvoir des intérêts financiers et des multinationales. Le marxisme a lamentablement échoué en la matière, entre autres parce qu’il s’est contenté de remplacer le pouvoir détenu par les entreprises privées et les banques par celui d’un État tout-puissant. L’étatisation de l’économie n’est en rien une garantie de sa démocratisation et favorise encore plus le développement du totalitarisme. L’État devient ainsi le patron suprême et entrave les légitimes initiatives individuelles et le droit de propriété en supprimant la propriété privée. De plus l’État n’est aucunement à l’abri de la corruption, comme on peut voir un peu partout dans le monde avec tous les scandales politiques. Par contre l’intervention étatique n’est pas à rejeter du revers de la main en toutes circonstances, ce que font bien souvent les libertariens ou adeptes du laisser-faire économique. Une nuance s’impose donc en la matière.
La doctrine économique du Crédit social, élaborée par le major et ingénieur britannique Clifford Hugh Douglas à partir de 1917 et ensuite par Louis Even qui fonda le journal Vers Demain au Québec en 1939 (1). Une de ses propositions principales est de retirer l’émission de la monnaie aux banques privées et de la remettre entre les mains des différents gouvernements nationaux. Ceux-ci émettraient alors l’argent en se basant sur les niveaux de production et de consommation existants dans leurs pays respectifs. Comme le disait Louis Even dans un de ses innombrables articles sur le sujet: « Aujourd’hui, l’argent est fait par les banques, pour le profit des banques, et en endettant les gouvernements et l’industrie. Cette manière de faire et d’émettre l’argent confère aux banques un pouvoir de contrôle sur toute la société. Le Crédit Social veut que la société elle-même émette l’argent, tout l’argent dont elle a besoin pour que la production se fasse et se vende ». Peu importe ce que l’on pense de cette proposition, il faut admettre que c’est très troublant de voir que les banques, qui ne sont pas les créatrices des richesses de la société, puissent détenir un aussi grand pouvoir économique et endetter les gouvernements pour leur plus grand profit. C’est une forme de parasitisme qui est un obstacle majeur à un développement économique sain. Il y a aussi le dividende social qui est un autre principe majeur et fondamental du Crédit Social. Un revenu garanti distribué à tous les citoyens comme héritage des richesses naturelles et du progrès technologique qui constituent un capital social communautaire appartenant à la société toute entière. Ce sont des mesures qui pourraient contribuer à la démocratisation de la vie économique si nécessaire de nos jours avec le développement incessant de la mondialisation et des accords de libre-échange.L’idéologie mondialiste, qui a une dimension économique, est un rouleau compresseur qui écrasent les identités et les cultures nationales.
Le pouvoir économique tient donc une place fondamentale au sein de toute société et ne doit jamais être dissocié du pouvoir politique quand on aborde le sujet de la démocratie. Tous les systèmes économiques, de droite comme de gauche, étatiste ou libertarien (peu ou pas d’intervention étatique dans l’économie) sont affligés par un profond déficit démocratique. C’est ce que cet article a tenté de démontrer. Il ne s’agit pas d’adhérer à des théories dite « conspirationnistes », mais plutôt de voir la réalité de notre dépossession collective au profit d’intérêts puissants qui tiennent les cordons de la bourse. Le XXème siècle a été marqué tragiquement par le totalitarisme poltique, responsable de monstrueux génocides qui causèrent la mort de dizaines de millions de personnes, voire plus de cent millions. Le totalitarisme économique existe encore et même s’il a été moins meurtrier que son pendant politique, il a quand même causé bien des dégâts et des souffrances considérables qui perdurent toujours. Les diktats de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International qui imposent des plans d’ajustement structurel draconiens aux pays qui ont des difficultés à rembourser leurs dettes sont un exemple éclatant de cette tyrannie économique. C’est aussi une atteinte à leur souveraineté économique, qui fait partie intégrante d’une saine et authentique démocratie économique. Il faut que le peuple puisse exercer un certain contrôle sur les décisions économiques qui le concernent et qu’il ne soit plus un spectateur passif. C’est sans doute plus facile à dire qu’à faire, mais notre système économique a besoin d’une réforme en profondeur pour se sortir de la crise dans laquelle il s’enfonce toujours davantage.
- https://www.versdemain.org/public/index.php/les-75-ans-de-vers-demain
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