25 août 2019

Portraits croisés de Drieu

Par Rémi Tremblay

Le temps qui coule érode même les rocs les plus solides et tend à faire disparaître les émotions et l’intérêt portés à un événement ou une personne. Ce truisme connaît comme toute bonne règle ses exceptions et Pierre Drieu la Rochelle en fait partie, lui qui a connu en 2012 une réédition chez la célèbre collection de la Pléiade et dont les œuvres continuent à être rééditées avec un succès qui ne se dément pas. Il faut le dire, tout chez lui fascine, tant l’œuvre que l’homme, et il serait hasardeux de statuer sur lequel suscite plus d’intérêt. Gilles ou Les chiens de paille seraient-ils toujours lus avec autant d’attention s’il n’avait pas été l’auteur d’Avec Doriot et Le socialisme fasciste ?

Drieu fut socialiste, maurrassien, puis fasciste, nationaliste avant de devenir pan-européen, il fut un soldat du front de la « der des ders », un dilettante, un dandy, un homme de tous les plaisirs, de toutes les angoisses, recherchant à travers la multitude, l’unicité. Les conquêtes féminines ne visaient qu’une chose, cesser de conquérir et être finalement conquis. Les paradoxes de cet homme en font un personnage difficile à déchiffrer. Même sa mort, son suicide en trois temps, laisse davantage de questions que de réponses. À l’image de ses livres dans lesquels la conclusion reste ouverte, sa vie fut en un sens inachevée, laissant libre cours à mille et une hypothèses.

Ainsi donc, ni un biographe, ni un critique, n’aurait pu cerner cette ombre éphémère parmi la foule dans laquelle il marchait bien seul entouré de tous, d’où l’intérêt d’Opinions et témoignages, un livre incontournable, et je pèse mes mots, pour quiconque désire comprendre l’auteur de Beloukia.

Le critique Robert Poulet écrivait dans Le caléidoscope qu’un « portrait doit capter nécessairement trois éléments : l’esprit, l’œuvre et le regard ».

Mais dans le cas de Drieu, impossible de réaliser cet exercice d’une seule perspective et justement, cet ouvrage nous donne une vingtaine de points de vue différents. Des proches ou des amateurs de Drieu, comme Robert Poulet, Lucien Combelle ou Paul Morand, ou certains auteurs plus critiques comme François Mauriac, nous donnent ici une vision parfois intimiste, parfois littéraire de l’insaisissable réprouvé.

Lorsque l’on place plusieurs lumières ensemble, il en ressort souvent un faisceau nous donnant une image de ce que l’on cherche à voir. Ici, il en ressort plutôt une mosaïque de lumières, un caléidoscope pour employer la métaphore de Robert Poulet, dans lequel on voit l’ensemble qui forme un tout relativement harmonieux, sans que les différents rayons ne se fondent totalement ensemble, à la façon des pointillistes.

Et pourtant malgré cet apparent manque d’harmonie, la vie de l’écrivain en fut une de fidélité. Non pas à une femme ou un parti, mais d’abord à lui-même, et en politique, cette politique qui vint combler l’absence du grand amour dans sa vie, il fut fidèle à son idée de conjuguer l’amour de la France et de l’Europe, mais aussi à sa vision d’un socialisme naissant et régénérateur, ainsi qu’à son désir de restauration d’une certaine aristocratie et d’une autorité transcendante.

Ces portraits, originellement parus dans La Parisienne de Jacques Laurent, en octobre 1956, dans Défense de l’Occident de Maurice Bardèche, en février 1958, et dans Le Quotidien de Paris, en novembre 1982, ne dissipent donc pas toutes les brumes entourant cet être « plein d’ambiguïté – comme le sont la vie et l’intelligence, » mais nous offrent un portrait global d’un homme au talent indéniable dont le malheur fut d’avoir une vision lucide et prophétique ainsi que d’avoir été frappé de l’incapacité de rester inactif. Il se devait, pour lui-même, de prendre part aux aventures de son siècle, et ce peu importe le prix à payer.

Drieu la Rochelle, Opinions et témoignages, Ars Magna, 2019, 227 p.

Drieu la Rochelle, Opinions et témoignages, Ars Magna.

Drieu la Rochelle, Opinions et témoignages, Ars Magna.

 

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