On croit avoir tout lu d’un auteur et soudainement, un Ă©diteur publie une collection d’articles qui avaient Ă©tĂ© dissĂ©minĂ©s ici et lĂ  qui nous donne une nouvelle perspective sur l’auteur en question. C’est ce qui m’est rĂ©cemment arrivĂ© avec la publication des Chroniques des annĂ©es 30 de Pierre Drieu La Rochelle, ouvrage regroupant trente-deux textes publiĂ©s originellement dans une kyrielle de publications comme Le Figaro, Marianne, Nouvelles LittĂ©raires, la Revue EuropĂ©enne et Écrits Nouveaux entre mai 1928 et mars 1941.

Ils furent rĂ©unis et sont prĂ©sentĂ©s par Christian Dedet, Ă©pris trĂšs jeune de l’Ɠuvre de Drieu, et ce, bien avant que l’auteur rĂ©prouvĂ© ne soit partiellement rĂ©habilitĂ©. Pour Dedet, Drieu se classe parmi les plus grands Ă©crivains du XXe siĂšcle, non pour des raisons politiques, mais pour ce qui fait la grandeur d’un auteur, soit la beautĂ© de son Ɠuvre.

Alors que plusieurs de ces textes sont inĂ©dits depuis leur parution originelle, certains en reconnaĂźtront quelques-uns dĂ©jĂ  publiĂ©s dans les Cahiers de l’Herne et dans Pierre Drieu La Rochelle – Textes politiques 1919 – 1945 publiĂ© chez Krisis.

Au fil des textes, on dĂ©couvre Drieu journaliste et chroniqueur, non pas le pamphlĂ©taire de L’Émancipation Nationale prĂ©sentĂ© par Gallimard dĂšs 1937, mais celui qui disserte sur la vie citadine, la justice, l’esthĂ©tisme, les voyages, les femmes et encore les femmes. Les sujets sont variĂ©s, voire hĂ©tĂ©roclites, mais on y dĂ©couvre ou redĂ©couvre plutĂŽt l’amant Ă  l’amour Ă©phĂ©mĂšre fait certes pour le plaisir et la beautĂ©, mais surtout pour les hauteurs, Ă  la maniĂšre d’un Lindbergh qui lui aussi est restĂ© jeune Ă  jamais dans nos mĂ©moires, dĂ©fiant ainsi l’inĂ©vitable vieillesse et la dĂ©cadence.

Paradoxalement, l’homme qui s’éprend de la beautĂ© des corps, qu’il aimerait voir sculptĂ©s et chevaleresques, est en quĂȘte d’immortalitĂ© et de transcendance. Cette beautĂ© et cet idĂ©al surpassant tout, cette rĂ©ponse dĂ©finitive, ce fil d’Ariane qui relie ces textes disparates, n’est-ce d’ailleurs pas l’Europe ?

Son talent de conteur, comme on dit ici en Nouvelle-France (le Canada), lui permet de transformer en petit chef-d’Ɠuvre quelque chose d’aussi banal qu’une entrĂ©e en cour pour un procĂšs ou une discussion avec un ouvrier socialiste. Lyrique, mais analytique, expression qu’il emploie lui-mĂȘme pour parler d’un de ses amis, il dĂ©nonce certains traits de la sociĂ©tĂ©. Comme le veut l’expression consacrĂ©e, cette critique est toujours actuelle, puisque, depuis l’époque de Drieu, plutĂŽt que d’ĂȘtre corrigĂ©s, ces traits furent amplifiĂ©s et prĂ©sentĂ©s comme des vertus Ă  entretenir.

Il est lucide et parvient par un tour de force Ă  toujours s’intĂ©resser tant Ă  l’arbre qu’à la forĂȘt qui l’entoure, Ă  l’individu et la masse dont il est indissociable.

En finissant ce recueil, on ne peut espĂ©rer qu’une chose ; qu’une autre surprise de ce genre survienne, qu’un autre Ă©diteur parvienne Ă  trouver de nouveaux inĂ©dits qui seraient Ă  ce jour passĂ©s sous le radar.

Pierre Drieu La Rochelle, Chroniques des années 30, Les éditions de Paris, 142 p, 2016.

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