29 juillet 2023

Le grand écrivain Milan Kundera est mort : acteur témoin, puis opposant au totalitarisme communiste

Par Michel Festivi

Né le 1er avril 1929 à Brno, dans une Tchécoslovaquie tout juste créée – Traité de Versailles 1919 – Milan Kundera est décédé à 94 ans, le 11 juillet 2023 à Paris. Ce très grand écrivain de langue tchèque puis française, connaîtra les affres des totalitarismes européens du XXe siècle, le nazisme d’abord dans sa prime jeunesse, avec le sinistre Reinhard Heydrich, Reich-Protector de Bohême-Moravie, puis surtout le communisme qui s’abat sur son pays en 1948, essentiellement à cause de la lâcheté des « démocraties occidentales » qui laissèrent tout filer, alors que pourtant Yalta avait prévu des « élections libres ».

Un militant communiste tchécoslovaque :

Kundera, communiste depuis 1947, accueillera avec ferveur « le coup de Prague » en 1948, qui installe par la force et pour plus de quatre décennies les communistes au pouvoir. Le pays éprouvera l’un des régimes les plus durs du bloc soviétique. Les procès de Prague en 1952, à l’instar des procès de Moscou des années 1936-1937, purgeront par pendaisons interposées, le PCT. Le film L’aveu, sorti en France en 1969, en retracera un épisode sanglant. Milan Kundera militera ardemment lors de ses études de littérature, puis de cinéma, déclarant : « le communisme m’a captivé autant que Stravinsky, Picasso et le surréalisme ». Dans Le livre du rire et de l’oubli, il avouera : « Moi aussi j’ai dansé dans la ronde ».

Exclu du PCT pour une facétie en 1950, il le réintégrera en 1956, l’année même de l’écrasement de la révolte de Budapest dans le sang par les troupes soviétiques. Américains et européens de l’Ouest se voileront alors les yeux malgré les appels au secours du peuple hongrois. Il ne quittera le Parti qu’en 1970, suite à ses prises de position en faveur du « Printemps de Prague » en 1968.

Un écrivain tchèque :

En 1947, il publie plusieurs recueils de poésie, à cette époque ses références sont marxistes et en phase avec la symbolique communiste tel, Le Dernier Mai.

Au milieu des années soixante, il participe à l’intense activité culturelle praguoise, sous l’impulsion de Vàclav Havel et de Milos Forman. Cela aboutit en janvier 1968 à une certaine libéralisation du régime avec l’arrivée de Dubcek au pouvoir. Ce momentum sera brisé en août 1968, par l’arrivée des chars soviétiques dans les rues de Prague, toujours dans l’indifférence des Chancelleries occidentales. Kundera écrit alors La plaisanterie en 1967, puis Risibles amours en 1968. Ces œuvres romanesques se déroulent dans une Tchécoslovaquie encore stalinienne, et ont pour thèmes entre autres, l’incompréhension et l’impossibilité du contrôle de la réalité.

Auparavant en juin 1967, lors du 4e congrès de l’Union des écrivains tchèques, Kundera avait prononcé un discours d’opposition à la ligne du Parti qui fera date.

En 1970, Kundera définitivement exclu du PCT, perd son poste d’enseignant à l’institut des hautes études cinématographiques et vivote. Mais il publie La vie est ailleurs, qui, en 1973, lui vaudra en France le prix Médicis étranger. La valse aux adieux, titre ô combien prémonitoire, sera son dernier livre écrit et publié dans son pays natal.

Un écrivain français :

En 1975, il reçoit la permission du régime communiste de séjourner temporairement en France. Grâce à Lucie Faure, et à Dominique Fernandez qui lui procure un emploi d’enseignant à l’université de Rennes, il obtient un visa permanent. Avec l’appui de François Furet et de Pierre Nora, il devient en 1979 professeur à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, l’année même où la nationalité tchèque lui est retirée. François Mitterrand lui accordera la nationalité française en 1981.

Il se lance alors dans une nouvelle traduction de ses livres pour les éditions Gallimard, dont La plaisanterie, Risibles amours, La vie est ailleurs, La valse aux adieux, Le livre du rire et de l’oubli, l’insoutenable légèreté de l’être, ces deux derniers ouvrages étant écrits en langue tchèque, puis traduits par lui en français directement.

Dans son roman le plus connu, L’insoutenable légèreté de l’être, publié en 1984, adapté au cinéma en 1988 par Philip Kaufman et Jean Claude Carrière, Kundera reprend le mythe nietzschéen de l’éternel retour, la vie de l’homme ne pouvant se répéter, étant unique, l’homme la vit dans la légèreté, dans le manque absolu de responsabilité.

Il écrira en 1981 une pièce, Jacques et son maître, en référence à Jacques le fataliste et son maître de Diderot, puis L’immortalité, publiée en 1990. Et en 1995 paraîtra son premier roman écrit totalement en français, La lenteur, une critique de la civilisation occidentale. Suivront, L’identité en 1998, L’ignorance, en 2003. En 2011, ses romans entreront au catalogue de la Bibliothèque de la Pléiade, fait rarissime du vivant de l’auteur. En 2014 sort La fête de l’insignifiance. Enfin, pour clore la boucle, le gouvernement tchèque lui restituera sa citoyenneté en 2019.

Pour résumer, l’œuvre de Kundera accorde une place centrale à la notion de hasard : « Tantôt énigme à déchiffrer, tantôt facteur responsable de rencontres ou d’accidents, il est autant un ressort narratif qu’un élément central de la démarche ludique de l’auteur » (cf Thierry Parent, Le hasard à l’œuvre chez Kundera, Études Françaises, 2005).

Une vie malmenée par le totalitarisme communiste :

Si Kundera a été dans sa jeunesse un adhérent communiste actif, sa vie a été aussi fracassée, bouleversée par cette idéologie totalitaire. En 2008, une vieille affaire datant de l’année 1950 resurgit. On parle du « dossier Dvoracek ». Alors étudiant à Prague, vivant en cité universitaire, Kundera aurait dénoncé à la police un dénommé Miroslav Dvoracek, ancien déserteur de l’armée tchécoslovaque et qui d’Allemagne de l’Ouest était revenu dans son pays et avait été de passage dans cette même résidence. Arrêté, cet homme passera 14 ans en prison et dans des mines d’uranium. Pour plus de détails, le lecteur peut se reporter à l’excellent papier de Jérôme Dupuis journaliste à l’Express publié le 20 octobre 2008 : « Enquête à Prague sur l’affaire Kundera », ou encore au site de Radio Prague International, un entretien en date du 11 mai 2010 d’Adam Hradilek et Petr Tresnàk, les auteurs de l’article publié en 2008 dans l’hebdomadaire tchèque Respeckt

Car c’est ce jeune chercheur tchèque Hradilek qui a exhumé ce rapport de police archivé à l’Institut d’Études des régimes totalitaires, et qui, après avoir vainement demandé des explications à Kundera, a publié ce document dans cet hebdomadaire dont tous s’accordent à reconnaître le sérieux.

Jérôme Dupuis rapporte que cette main courante de police, de quelques lignes, en date du 14 mars 1950, est parfaitement authentique, après analyse par les services de la Sécurité tchèque faite à la demande de l’Institut. Kundera a toujours vivement contesté être à l’origine de cette dénonciation. Cependant, malgré les cris d’orfraies de nos intellectuels parisiens germanopratins, que regrette Tresnàk, ces faits semblent probables, mais sont surtout un projecteur orienté sur les régimes totalitaires, où tout le monde surveillait tout le monde et tout le monde dénonçait tout le monde. Le film, La vie des autres, sorti en 2006, a parfaitement illustré, s’agissant des pratiques de la Stasi en RDA, les contrôles et les pistages généralisés mis en place notamment dans les milieux intellectuels. N’a-t-on pas vu ainsi des enfants moucharder jusqu’à leurs propres parents dans la Russie soviétique, ce qui était de surcroît magnifié par la propagande du régime.

En réalité Kundera, à son corps défendant, comme des millions d’autres personnes vivant sous le joug communiste, a été broyé dans le maelstrom de cette tyrannie, qui sévit toujours dans bon nombre de pays, la Corée du Nord ou la Chine en étant des exemples emblématiques.

Du reste, l’ouverture des archives tchèques, après la chute du communisme, prouvera que Kundera avait été en France, jusqu’en 1989, sous la surveillance de la police secrète tchécoslovaque la StB, courroie de transmission du KGB.

Mais Kundera, qui était revenu du communisme, tout comme André Gide ou Arthur Koestler, avait publié en 1983 Un Occident kidnappé chez Gallimard, « où il abordait sans complexe la nécessité de l’identité nationale » (cf Eugénie Bastié, Le Figaro-Histoire de décembre 2021).

Il rappelait dans ces textes, et à l’opposé de nos intellectuels mondialisés, que « La petite nation est celle dont l’existence… peut disparaître, et qui le sait… Toutes les nations européennes risquent de devenir bientôt de petites nations et de subir leur sort ». Ces petites nations dont parle Kundera sont les nations de l’est de l’Europe, affirmant leurs valeurs culturelles uniques et qui contrairement aux nations de l’Ouest, n’ont pas encore abdiqué leur culture spécifique qui en fait leur fondement. Comme le souligne Pierre Nora dans un entretien au Figaro du 14 juillet 2023 : « Dans ce texte… il affirme que l’Occident négligeait cette Europe Centrale qu’il considère comme une partie de l’Union soviétique (ou de la Russie, N.d.A), alors que c’est le ferment le plus abouti de la culture européenne mondiale ». Nora rappelle cette phrase de Kundera : « L’Europe Centrale, le maximum de diversité dans le minimum d’espace. »

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