Donc cessez le feu ! Magnifique. Mais les Israéliens enragent et poussent à la reprise des attaques, notamment contre les infrastructures nucléaires. Ceci mérite que l’on s’y arrête.
Formalisé en 1977 à l’initiative du comité international de la Croix-Rouge un principe de droit international est adopté avec les articles 52, 56 et 15 du Protocole additionnel aux Conventions de Genève, condamnant les attaques contre les infrastructures civiles, dont les centrales nucléaires. Autant de réserves considérées comme scélérates par les militaires pour lesquels pouvoir bombarder sans modération est toujours un gage d’efficacité et qui font remarquer qu’accessoirement, il est plus moral de bombarder les infrastructures plutôt que les populations. Ça fait moins d’histoires. Alors pourquoi s’en priver, finalement ?
Dès Reagan, les États-Unis considèrent inacceptables ces freins à la destruction vertueuse. Car après tout une fois le pays détruit par les US, qui va le reconstruire sinon les entreprises US ? La guerre est aussi un produit commercial. D’où l’article 52 qui dispose que toute installation peut être attaquée elle si elle est utilisée à l’appui d’opérations militaires. Forts de cette dérogation Russes et ukrainiens vont donc s’atteler à un concours de démolitions avec enthousiasme : sabotage des gazoducs Nord Stream par les Ukrainiens, casse de la centrale de Zaporijjia par les Russes, du pont de Crimée par les Ukrainiens et du barrage de Kakhova en 2023 par les Russes. Donc pour les centrales nucléaires, destruction possible dès lors qu’on leur prête des objectifs militaires. D’où l’importance d’évaluer correctement la finalité des dites infrastructures. C’était justement le rôle de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie nucléaire) et de ses experts, effectivement très compétents, mais qui dérangent tout le monde car à toujours vouloir attaquer les autres en se réclamant de Dieu, de la morale et de la destinée manifeste, le pays le plus dangereux du monde se doit tout de même d’y mettre un minimum de formes.
2003 : Pour justifier la seconde guerre d’Irak, manipulé par Dick Cheney, le malheureux Powell produit des preuves falsifiées devant l’ONU expliquant que les experts de l’AIEA n’avaient rien vu.
2018 : l’ineffable Donald Trump manipulé par les israéliens et contre l’avis des iraniens qui voyaient venir le coup, annonce le retrait des États-Unis de l’accord de Vienne et donc des inspections, Pour rappel, début 2017, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) avait validé les engagements iraniens et les assurances réitérées du « Guide suprême » réservant le nucléaire au seul usage civil en acceptant les inspections. Elles valaient ce qu’elles valaient, mais elles existaient. Ce retrait des inspections permettait à Israël et aux USA d’affirmer sans risque d’être contredit que l’Iran joue double jeu et donc d’avoir les mains libres pour se réclamer de l’article 52 et de la destruction légitime. Quand on veut tuer son chien, on l’accuse de la rage.
C’est ainsi la stratégie militaire des Israéliens et, quoique nettement plus difficile à discerner, celle de Trump. Faisons le tour de ces installations iraniennes désormais toutes considérées comme objectifs militaires légitimes à neutraliser sans attendre. Bushehr, et son réacteur à eau légère VVER de 915 mégawatts de construction russe. Le confinement en béton armé ne peut pas résister aux frappes militaires. Natanz, Fordow, Ispahan, Minzadehei, Parchin-Taleghan, Ardakan et le mystérieux site de Chaloos obligent à disperser les frappes et brouillent les cartes. Côté iranien, ils peuvent atteindre la centrale nucléaire de Barakah, aux Émirats arabes unis, de l’autre côté du Golfe et ont répliqué contre le site israélien de Dimona usine de production du plutonium de qualité militaire, mais en s’abstenant de viser directement la centrale.
Attaquer ses installations ne fait sens que si l’Iran n’avait pas encore centrifugé des quantités suffisantes d’uranium proches de la qualité militaire. Or ces stocks ont été répartis et sont intacts.
Autre manque de bol, l’Iran dont le régime n’est certes pas sympathique, résiste contre toutes prévisions. Les Iraniens appelés à témoigner sur les plateaux télé, par définition hostiles au régime, ont supputé qu’il allait tomber en persuadant l’opinion avec des chiffres affolants, mais résultant du bouche à oreille et aucunement vérifiés. Les manifestations dans la rue prouvent le contraire. Ce qui était sans doute possible en 2017 pour contrôler le nucléaire iranien avec l’AIEA ne l’est en tout cas plus aujourd’hui. Dans mon article du 10 juillet 2025, je rappelais que l’ONG canadienne « échec à la guerre » a pu enquêter en 2024, mais en Iran et non sur les plateaux télé. Sur 2280 Iraniens Plus de 69 % appuyaient désormais le développement d’armes nucléaires. Les attaques ont donc surtout comme effet de ressouder les Iraniens autour de la théocratie qui utilisera la dissimulation et tous les moyens dilatoires pour éviter une contrainte sur la production d’armes nucléaires devenue sûrement à l’heure d’aujourd’hui le but recherché.
N’ayons pas d’illusions : L’Iran possède toujours environ 450 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 %. 4 % suffisent à une centrale nucléaire simple. Pour arriver à ce que l’on appelle masse critique et en faire une bombe, il faut un enrichissement à 90 % pour 50 kg. En dessous, Il est possible de fabriquer des armes atomiques mais la masse critique nécessaire devient alors colossale. Avec le déplacement de ces stocks d’uranium déjà enrichis, avec l’importance donnée à la formation de scientifiques et d’ingénieurs, avec la résilience du régime, sauf à envahir l’Iran, ce qui n’est pas gagné, leur programme nucléaire est retardé, certainement pas détruit. L’accord de Vienne avait mobilisé un aréopage de juristes, de techniciens, d’ingénieurs spécialisés de très haut niveau. Au Pakistan je prends le pari que c’est une équipe agressive et purement politique de pieds nickelés d’une indigence crasse en matière nucléaire qui vont prétendre arbitrer la sécurité du monde. Le débat se réduira à un rapport de forces entre Israël qui poussera au feu et les rodomontades de Trump qui ne sait plus comment se sortir de ce merdier.
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Inspecteur, puis Directeur départemental au Ministère de la Jeunesse et des Sports. Titulaire d’un DEST de biologie du Conservatoire National des Arts et Métiers, il est également ancien auditeur de l’Institut des Hautes Études de la Défense Nationale et a fait partie d’un groupe ministériel de lutte contre les sectes… Il est l'auteur des livres “Les Extrafrançais” et "Les corruptions religieuses" aux éditions Dualpha.