Quand héros et héroïnes ne sont plus ce qu’ils ont été
« On peut dire que le respect que l’on a pour les héros augmente à mesure qu’ils s’éloignent de nous », a écrit le dramaturge Racine, mais parfois le respect de l’héroïsme ne s’éloigne-t-il pas quand l’usage de ce terme est galvaudé ?
C’était il y a… un tiers de siècle ! En 1995, plus précisément, en pleine guerre du Kossovo. Le 30 août, un avion de l’Armée de l’air française parti bombarder l’armée Serbe en Bosnie, quelques heures seulement après le déclenchement de la campagne d’agression de l’OTAN, était abattu… Les deux pilotes à bord parvinrent à s’éjecter, mais se cassèrent chacun une jambe en se réceptionnant au sol. Faits prisonniers, ils furent soignés, emprisonnés… et libérés trois mois plus tard. Tant mieux pour eux, évidemment. On ne pû que s’en réjouir.
À leur retour en France, ils furent salués et fêtés comme des « héros ». Je me rappelle en avoir été à l’époque assez étonné. J’étais bien évidemment heureux qu’ils aient non seulement survécus, été soignés comme il fallait et soient revenus sains et saufs en la mère patrie. Mais en quoi avaient-ils été « héroïques » ? Qu’un avion soit abattu en plein ciel en pleine guerre peut arriver aux meilleurs et l’on ne saurait les en blâmer, mais « subir » n’est en rien « vaillant » et la mésaventure des deux pilotes ne cochait aucun des quatre piliers de l’héroïsme, selon la définition du Larousse, soit le courage, la compassion, l’altruisme et la loyauté…
Des années plus tard, un fait-divers (de plus en plus répétitif en France) : un policier se fait agresser, si mes souvenirs sont bons, par des racailles dans un compartiment de RER. Passé à tabac, il expliquera ensuite qu’il n’avait pas volontairement sorti son arme de service pour se défendre. Les commentaires de nombre de médias me stupéfièrent avec, à nouveau, ce qualificatif dont ils le gratifièrent : quel héros il était !
Sa décision lui avait appartenu, certes, et s’il avait décidé de se laisser humilier, pour des raisons qui le regardait, dont acte ! Bien qu’on puisse tout de même juger que c’était là encourager l’incivilité, la haine, la violence. Il survécut et ce fut tant mieux pour lui. Évidemment (bis repetita) et à nouveau on ne pû que s’en réjouir.
Mais en quoi ce policier avait-il été « héroïque » ?
D’autres années plus tard, en 2020, le martyr de Gisèle Pelicot défraya la chronique judiciaire ; rappelons qu’après l’arrestation de son époux taré (euphémisme) qui tentait de photographier sous les jupes des femmes dans les escalators d’une grande surface et la découverte de centaines de photos et de vidéos pornographiques dans son téléphone mobile, la police l’informa qu’elle avait été livrée sexuellement par son mari à plusieurs individus aussi tarés que lui et ce, durant plusieures années. Ce dont elle ne s’était jamais doutée puisqu’elle avait été chaque fois droguée.
En 2024, une pétition la proposa comme candidate au prix Nobel de la paix au motif que… « personne ne mérite plus que Pelicot le prix Nobel de la paix ». Quel rapport entre son sort, certes dramatique, et la paix dans le monde pour lequel ce prix est attribué depuis sa création ? On ne peut que rester dubitatif.
En 2025, Gisèle Pelicot fut décorée de la Légion d’honneur… Sachant que celle-ci est remise « à titre exceptionnel (…) pour récompenser des personnes qui ont réalisé un acte de bravoure ponctuel ou qui ont exposé leur vie dans l’exercice de leur fonction », on ne peut à nouveau que s’interroger : dans le sort tragique de cette dame, où se trouve l’« acte de bravoure » d’avoir été, à son insu, un objet sexuel ? Où a-t-elle « exposée sa vie »… qui n’a jamais été mise en danger, contrairement à son honneur ?
Désormais officiellement grattifiée du titre de « symbole du combat des femmes contre les violences sexuelles », elle publie en ce début d’année 2026 un livre. C’est parfaitement son droit et pourquoi pas !
Mais là encore, le qualificatif d’« héroïne » est utilisé à son intention : « Une héroïne à travers le monde » : Gisèle Pelicot parmi les femmes de l’année 2025 pour le magazine américain Time, titrait l’année dernière Le Nouvel Observateur.
À nouveau, cette question, répétitive : en quoi cette malheureuse a-t-elle bien pu être « héroïque », alors qu’elle n’était consciente de rien durant son calvaire (et heureusement, d’ailleurs) ?
En refusant, paraît-il, le « huis-clos » lors du procès qui vit la condamnation de son ex-mari à vingt ans de réclusion criminelle et à 50 autres déchets de l’humanité âgés de 27 à 74 ans, d’écoper de peines s’échelonnant entre trois et quinze ans de prison ?
Qu’est-ce qu’un huis-clos aurait apporté de moins ? On ne peut à nouveau que s’interroger car les journalistes présents ou les avocats restent rarement muets face aux micros dont ils sont généralement assez friands et se font rarement prier pour apporter autant de commentaires que désirés…
Ces trois exemples, s’échellonnant sur près d’un quart de siècle, sont édifiants, me semble-t-il, d’un usage assez douteux du mot « héroïsme » qui, à force d’être ainsi utilisé à tort et à travers, perd forcément de sa justification, celle d’une mise en valeur d’un « courage exceptionnel », d’une « grandeur d’âme hors du commun » selon la définition, cette fois, du Robert.
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