Alexis Arette qui connaüt le sujet qu’il traite jusque dans ses aspects les plus secrets, nous livre un roman – Le temps d’aimer et d’en mourir – que certains pourraient qualifier d’initiation.

Alexis Arette.

Alexis Arette.

Il nous fait pĂ©nĂ©trer le merdier algĂ©rien dans le paquetage d’un jeune bĂ©arnais enthousiaste pour lequel la Patrie, l’Honneur et le Courage ont encore un sens.

L’intĂ©rĂȘt de ce rĂ©cit agrĂ©ablement conduit, permet de mieux comprendre ce que, au lendemain d’une adolescence aussi saine que chaleureuse, un jeune appelĂ© mĂ©tropolitain, pur au sens plein du terme, fidĂšle envers ses amis et sa province natale, dĂ©couvre, en mettant le pied en AlgĂ©rie.

Un humour palois sentencieux et une Ă©motion retenue font le reste. Le lecteur referme le livre persuadĂ© de s’ĂȘtre fait de nouveaux amis en intĂ©grant le clan fraternel des « Morts aux cons ! » et leur improbable repaire du bord du Gave.

Mais le madrĂ© bĂ©arnais, Ă  travers son rĂ©cit, se plaĂźt Ă  semer des petits cailloux, bien polis par les flots impĂ©tueux des torrents pyrĂ©nĂ©ens, pour nous conduire Ă  quelques rĂ©flexions beaucoup plus profondes qu’il n’y paraĂźt, sur la marche du monde et celle de la France en particulier.

Pour ce faire, il met parfois ses pas dans ceux du chroniqueur hercynien qu’était Alexandre Vialatte, pour Ă©voquer les dĂ©viances culturelles mortifĂšres qui conduisent les sociĂ©tĂ©s Ă  leur perte. Ainsi Ă©crit-il : « Cette tendance qui visait Ă  ce que l’on confondĂźt le distinguĂ© avec le bizarre, s’accentua lorsque les vedettes du « show-biz » furent proposĂ©es en permanence Ă  l’adulation des foules par les mĂ©dias, et qu’au-delĂ  de leurs prestations scĂ©niques, on les invita Ă  Ă©taler leur philosophie qui, Ă©tant de nature molle, permit de tartiner les esprits d’autant. »

Il sait aussi recourir au style de Michel Audiard pour monter une sauce béarnaise relevée qui fera passer quelques vérités difficiles à avaler.

Ainsi, Ă©voquant la sĂ©curitĂ© et la justice militaires des annĂ©es 1961-1962 : « Le gaullisme a puisĂ© dans tous les chiottes pour ĂȘtre sĂ»r de tenir ses Ă©missaires. Il n’est pas un officier de la SĂ©curitĂ©, actuellement en poste Ă  Alger qui ne traĂźne une casserole qui le tient dĂ©pendant du rĂ©gime. »

Ou encore, pour mieux Ă©clairer l’échiquier politique en pleine dĂ©composition : « Les putes sont gĂ©nĂ©ralement de droite, parce que, dans le fond, elles se sentent dans l’ordre du dĂ©sordre, quelque chose comme le moindre mal. Tu penses bien que si Saint Louis a lĂ©galisĂ© les bordels, ce n’était pas qu’il fĂ»t portĂ© sur le tagada, non [
] C’est la guerre en puissance. La gesticulation carnassiĂšre. La curĂ©e. Le transport du sperme au cerveau, quoi ! C’est l’ingouvernable ! Et tu as vu la sortie ? Il en ressort presque des philosophies ! Comment veux-tu que les filles qui constatent ce changement par la seule vertu de leur cul, ne se sentent pas les instruments de l’Ordre universel ? Et l’Ordre, c’est la Droite ? »

J’avoue ne pas avoir personnellement envisagĂ© ce problĂšme sous cet angle trĂšs particulier, mais cette approche n’est pas sans fondement.

Consommez donc l’ami Arette sans modĂ©ration. Il vous rĂ©vĂ©lera bien d’autres choses de la vie, tout aussi rĂ©jouissantes. Une contre-indication thĂ©rapeutique s’impose toutefois : coincĂ©s s’abstenir.

Le temps d’aimer et d’en mourir, Alexis Arette, France Libris, 217 pages, 20 euros.

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A propos de l'auteur

Jean-Pierre Brun

NĂ© Ă  Souk Ahras, Jean-Pierre Brun a sillonnĂ© l’AlgĂ©rie. Il a rejoint l’ArmĂ©e SecrĂšte et s’est retrouvĂ© Ă  Paris au sein de l’OAS MĂ©tro Jeunes
 Il est l'auteur de plusieurs livres aux Ă©ditions Dualpha.

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