Ce livre sous-titré : « du terrorisme jihadiste Ă  l’islamiquement correct » dĂ©crit prĂ©cisĂ©ment la stratĂ©gie de conquĂȘte de l’islam, en s’appuyant sur une documentation variĂ©e, riche et complĂšte. Docteur en histoire contemporaine, Alexandre Del Valle – nom de plume de Marc d’Anna(1) – nous propose une vĂ©ritable enquĂȘte loin des clichĂ©s, des poncifs et de la confusion entretenus par les mĂ©dias officiels.

La stratĂ©gie de l’intimidation par Alexandre Del Valle (Éd. L'artilleur, 560 pages).

La stratĂ©gie de l’intimidation par Alexandre Del Valle (Éd. L’artilleur, 560 pages).

DĂšs les premiĂšres lignes, nous lisons sans grand Ă©tonnement une analyse pertinente : « cette expression Allah ouakbar (Dieu est le plus grand), alors qu’elle est utilisĂ©e pour l’appel Ă  la priĂšre quotidienne des musulmans, est surtout devenue familiĂšre pour le public occidental depuis qu’à chaque attentat terroriste (Paris, Bruxelles, Manhattan, Londres, Barcelone, Berlin, Nice, Manchester etc.), elle est scandĂ©e par les agresseurs comme le cri de ralliement au jihad contre les ennemis de l’islam ». Cependant, il est important de s’interroger sur les motivations de ces combattants et de comprendre rĂ©ellement leurs parcours de vie. À ce titre, l’auteur Ă©crit : « les jihadistes-martyrs sont avant tout des idĂ©alistes, des idĂ©alistes sanguinaires au sens prosĂ©lyte et extrĂȘme du terme, certes, mais dont la fanatisation idĂ©ologique est si forte qu’elle les pousse Ă  sacrifier leur vie. »

L’expĂ©rience montre et dĂ©montre que ces terroristes furent trĂšs souvent des dĂ©linquants sans envergure, attachĂ©s aux plaisirs terrestres, avant de devenir des combattants d’Allah. En dĂ©finitive, ils profitaient pleinement de la vie et baignaient joyeusement dans cette sociĂ©tĂ© de consommation, qu’ils dĂ©noncent avec virulence et de maniĂšre caricaturale une fois devenus musulmans. Del Valle poursuit son analyse : « Un simple voyou qui aime profiter des plaisirs ici-bas avec le fruit de ses braquages ne songe pas Ă  se faire sauter et il ne renonce pas naturellement aux plaisirs terrestres issus de la juteuse manne des trafics. Le fait mĂȘme que des jeunes, dĂ©sƓuvrĂ©s ou pas, meurent pour l’islam prouve qu’ils ont Ă©tĂ© idĂ©ologisĂ©s et que la vision d’un monde qui les pousse Ă  l’acte dont on ne revient pas est trĂšs puissante. »

De fait et selon l’auteur, il convient de ne pas cloisonner le jihadisme et l’islamisme. En effet, il Ă©crit : « pour se convaincre que le jihadisme n’est pas sĂ©parable de l’islamisme, y compris « respectable », il suffit de reprendre les paroles mĂȘme de Hassan al-Banna, fondateur des FrĂšres Musulmans (organisation prĂ©sentĂ©e aujourd’hui, par contraste avec Al-QuaĂŻda et Daesh, comme une voie modĂ©rĂ©e de l’islamisme) : l’islam est idĂ©ologie et foi, patrie et nationalitĂ©, religion et État, esprit et action, livre et Ă©pĂ©e. Dieu est notre but. Le Coran est notre loi. La guerre sainte est notre chemin. Le martyre est notre dĂ©sir » (2). De plus, Del Valle prend le soin de rappeler que leur devise (celle des FrĂšres Musulmans) rejoint celle des jihadistes d’aujourd’hui : « la mort est un art. Le Coran a ordonnĂ© d’aimer la mort plus que la vie ». Sans aucun doute possible, les combattants musulmans appliquent cette maxime Ă  la lettre, partout oĂč ils commettent leurs mĂ©faits.

Pour Del Valle, il est clair que « terrorisme est une continuation de la religion et de la politique par d’autres moyens pour paraphraser Clausewitz ». Le vrai problĂšme pour l’auteur est que « cette idĂ©ologie suprĂ©maciste fondĂ©e sur le rĂšgne de la charia et du Califat planĂ©taire qui soumettra de grĂ© ou de force l’HumanitĂ©, est portĂ©e depuis des dĂ©cennies par les grands pĂŽles Ă©tatiques et institutionnels de l’islamisme : l’UniversitĂ© sunnite d’Al-Azar en Égypte, l’Arabie saoudite, gardienne des Lieux Saints, le Pakistan cofondateur d’Al-QuaĂŻda et des Talibans, le Quatar, parrain du Hamas et des FrĂšres Musulmans, mais aussi la Ligue islamique mondiale, l’Organisation de la CoopĂ©ration islamique, “l’ONU des musulmans”, l’Organisation islamique pour l’Éducation, les Sciences et la Culture (ISESCO), ou mĂȘme la Turquie nĂ©o-ottomane de Recep Tayyip Erdogan ». L’auteur prouve avec de nombreuses sources Ă  l’appui – l’une des grandes forces du livre – qu’ils mettent en place une stratĂ©gie globale et offensive en dĂ©pit de divergences de façade. Nous y reviendrons.

L’autre point marquant soulevĂ© par ce livre reste la diffĂ©rence de traitement entre l’islam et le catholicisme en France par le gouvernement, les mĂ©dias et toutes les institutions plus ou moins officielles. Del Valle Ă©crit : « les blasphĂ©mateurs bouffecurĂ©s dont la RĂ©publique française laĂŻcarde regorge sont bien plus convaincus par les demandes des lobbies islamiques qui exigent qu’on arrĂȘte d’offenser les musulmans que par les requĂȘtes polies des clercs catholiques qui luttent contre la christianophobie et les attaques contre l’Église ». Cependant la gentillesse et la politesse ne suffisent pas Ă  l’Église Catholique pour se dĂ©fendre car « celle-ci ne peut se prĂ©valoir en effet d’aucun effet dissuasif comparable Ă  celui des pĂŽles islamistes ». Ainsi, il n’est guĂšre Ă©tonnant que le catholicisme soit le plus attaquĂ© en France (et dans bien d’autres pays du monde) pour la simple raison que « si les blasphĂ©mateurs se moquent bien plus massivement des prĂȘtres, des Papes et de JĂ©sus, si les profanateurs s’en prennent chaque jour mille fois plus aux lieux de culte et symboles chrĂ©tiens qu’à leurs Ă©quivalents musulmans c’est parce que ceci est mille fois moins dangereux pour leur intĂ©gritĂ© physique ».

Del Valle revient Ă©galement sur le mensonge historique fabulant que l’Occident chrĂ©tien serait redevable Ă  l’islam pour la transmission des savoirs de l’Antiquité (3). Il explique avec arguments et faits circonstanciĂ©s que les savants en « terre d’islam » parlaient arabe, car il s’agissait de la langue du conquĂ©rant. Toutefois et en rĂ©alitĂ©, ils Ă©taient pour la trĂšs grande majoritĂ© de religion chrĂ©tienne et surtout non arabes (perses, syriens, maronites, amorrites chaldĂ©ens, juifs etc.). Il prĂ©cise Ă©galement que les opposants Ă  l’islam sont pris entre deux feux : « les coupeurs de tĂȘtes » (islamo-terroristes) et « les coupeurs de langues (lobbies anti-islamophobes). Il conclut en dĂ©veloppant une idĂ©e sĂ©duisante : « le fil rouge du prĂ©sent essai est que mĂȘme si elles font des choix tactiques divergents, les forces islamistes (jihadistes minoritaires ou pĂŽles institutionnels majoritaires) se nourrissent mutuellement ». Sa dĂ©monstration vise Ă  prouver que le jihadisme et l’islamiquement correct fonctionnent main dans la main. La grande idĂ©e du livre est la suivante : « plus on tue au nom d’Allah, plus l’Occident combat l’islamophobie et plus on parle en bien de l’islam pour ne pas faire d’amalgame. »

Le syndrome de Stockholm – encouragĂ© et entretenu par les mĂ©dias dominants – a malheureusement encore de beaux jours devant lui.

Notes

(1) En 1997, il publie son premier ouvrage Islamisme et États-Unis sous le pseudonyme « Alexandre del Valle ». Il dit alors que del Valle est le nom de sa mĂšre et Alexandre un nom de plume, qu’il a dĂ» prendre pour respecter son devoir de rĂ©serve de fonctionnaire.

(2) Un martyr (du grec ancien ÎŒÎŹÏÏ„Ï…Ï‚/mĂĄrtus, « tĂ©moin ») est une personne qui va jusqu’à se laisser tuer en tĂ©moignage de sa foi, plutĂŽt que d’abjurer. « Martyr » appartient essentiellement, et Ă  l’origine, Ă  la terminologie chrĂ©tienne. De fait, le catholique ne doit pas chercher ou provoquer le martyr en tuant ou en provoquant sa propre mort. Le martyr ne se suicide pas mais accepte les sĂ©vices et la souffrance causĂ©s par ses ennemis en haine de la foi catholique.

(3) Lire Aristote au Mont-Saint-Michel : les racines grecques de l’Europe chrĂ©tienne, essai de Sylvain Gouguenheim, historien mĂ©diĂ©viste français.

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A propos de l'auteur

Franck Abed

Franck Abed est catholique et royaliste. Ses thĂšmes de prĂ©dilection sont : l’histoire, l’histoire des idĂ©es politiques, la philosophie, la mĂ©tapolitique et la culture. Il a co-fondĂ© une web radio historique : FrĂ©quence Histoire. Vous pouvez retrouver son parcours et ses analyses dans son site personnel www.franckabed.com .

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