Dans un livre coĂ©crit avec HĂ©lĂšne Strohl, le sociologue et philosophe Maffesoli fait le constat de l’épuisement des catĂ©gories de la modernité : le progrĂšs, la vĂ©ritĂ©, la RĂ©publique une et indivisible. Son constat est-il tout Ă  fait exact ? Et est-il aussi rĂ©jouissant que le dit l’auteur ? Une enquĂȘte en 5 Ă©pisodes.

Michel Maffesoli.

Michel Maffesoli.

Du pacte moderne rationnel aux nouveaux liens improvisĂ©s en passant par
 la liquidation de l’État protecteur et l « ubĂ©risation » de la sociĂ©tĂ©.

Dans La Faillite des Ă©lites, Michel Maffesoli avance l’idĂ©e que le peuple fait mentalement sĂ©cession de la politique des partis et de la politique des Ă©lites.

Le peuple se dĂ©barrasse des Ă©lites. Ou il essaie. Il s’en dĂ©barrasse mentalement. Il les laisse tourner Ă  vide. Mais nos auteurs ne voient pas que l’on ne dĂ©barrasse pas si facilement des Ă©lites. Elles continuent de mettre en place leur sociĂ©tĂ© postnationale et liquide.

La rĂ©alitĂ© sociale foisonnante reprend conscience d’elle-mĂȘme, et veut en finir avec les catĂ©gories d’ordre, de raison, de justice, qui descendent de l’État et des Ă©lites rationnelles vers le peuple, comme les vĂ©ritĂ©s religieuses descendaient du ciel vers la terre. Un peuple assujetti devient enfin rebelle. Les instincts reprennent le pas sur la raison. La nature et la surnature (les mythes, l’imaginaire
) prennent le pas sur le culturel et le social normĂ© (les lois, le respect des normes, la convenance
). Ce qui est archĂ©typal (les rĂ©sidus de Pareto) prendrait le pas sur ce qui rationnel (les dĂ©rivations de Pareto), sur ce qui s’objectivise, s’explique, se justifie, y compris les idĂ©ologies se piquant de logique. Les dĂ©rivations, qui sont les idĂ©ologies modernes, sont en train de mourir. L’anthropologie profonde de l’homme, communautaire, aventureuse, jouisseuse, prend sa revanche sur la raison, triste, mĂ©canique, prĂ©visible, travailleuse (trop travailleuse), sĂ©rieuse (trop sĂ©rieuse).

Le plaisir de l’ĂȘtre-ensemble l’emporte sur le devoir-ĂȘtre du vivre-ensemble. Les liens choisis priment sur les liens imposĂ©s, sur les cohabitations forcĂ©es, sur les relations transactionnelles, celles qui reposent sur un contrat juridique. Au contrat social entre individus, succĂšde l’holisme. La socialitĂ© prĂ©cĂšde l’individu. Le feeling supplante le rationnel, et le calculĂ©. L’homme retrouve sa dimension animale, trop oubliĂ©e. L’ĂȘtre humain se rappelle qu’il est un ĂȘtre-avec-autrui, un ĂȘtre en compagnie. Le contrat social explicite cĂšde la place Ă  un pacte implicite, qui est celui des affects.

Le pacte (postmoderne) est fondĂ© sur le consensus, tandis que le contrat (moderne) est fondĂ© sur le compromis. L’écrit cĂšde la place Ă  l’oral. Le contrat Ă©tait tendu vers le long terme, le pacte concerne le court terme, le prĂ©sent. Et il concerne la tribu, ici et maintenant. Le prĂ©sent remplace le projet tout comme il remplace le progrĂšs. MĂȘme la sexualitĂ© change : on s’accouple moins, on se lĂšche davantage.

Il serait toutefois raisonnable de ne pas en faire trop. Que les tribus libertines et clubs Ă©changistes « participent Ă  la cohĂ©sion sociale », comme l’affirment nos auteurs (p. 144), c’est tout de mĂȘme beaucoup leur prĂȘter. Par principe, il est trĂšs bien que chacun puisse vivre ce qu’il a envie de vivre entre adultes consentants. Mais de lĂ  Ă  en faire une opĂ©ration de salut public de la cohĂ©sion sociale, c’est certainement excessif. On aurait plutĂŽt vu, dans ce rĂŽle de facteur de cohĂ©sion sociale les retraitĂ©s, souvent de milieu populaire, qui donnent gratuitement leur temps Ă  des associations de soutien scolaire de quartiers HLM.

Le bonheur postmoderne continue d’ĂȘtre dĂ©clinĂ© par les auteurs : le commerce des biens, le commerce des idĂ©es et le commerce amoureux se rejoignent et se fondent en un seul ensemble. À son petit Moi, l’homme prĂ©fĂšre le bain dans une communautĂ©, le « Moi commun », le « moi transcendant » dont parle Novalis, c’est-Ă -dire le moi qui nous porte au-delĂ  du moi, la communautĂ© comme immersion entre pairs. « La perfection n’est pas dans un ‘’moi’’ tout-puissant, mais dans un ‘’nous’’ ouvert, en constante Ă©volution ». C’est la communautĂ© comme Ă©largissement du soi.

L’individu n’étant plus seul, il n’est plus assujetti Ă  un principe unique, incarnĂ© par l’État. C’est ce qu’Alain Bihr a appelĂ© « le crĂ©puscule des États-nations ». À l’État providence, vertical, succĂšde une solidaritĂ© horizontale : co-location, co-working, co-voiturage, etc. Tout cela rĂ©jouit Maffesoli. Ce sont bel et bien le retour Ă  des partages horizontaux, choisis, parfois fraternels. Parfois. Car il y a des exclus de cet Eden communautaire. Le jardin des dĂ©lices des uns peut ĂȘtre le jardin des supplices des autres. Et la jouissance des uns peut ĂȘtre cruelle, comme le rappelle Dany-Robert Dufour.

Les trĂšs pauvres, et en particulier les dĂ©munis en bagage culturel, ne bĂ©nĂ©ficient pas de tels outils, les co-ceci et autres ubĂ©risations plus ou moins marchandes, qui supposent maĂźtrise de l’informatique, d’internet, de l’anglais basique. Ces coopĂ©rations horizontales entre pairs excluent, par principe, les non pairs, les isolĂ©s, et l’isolĂ© n’est pas le cadre cĂ©libataire de centre-ville, c’est le retraitĂ© dans un village sans commerces, c’est le banlieusard d’un quartier difficile, c’est l’habitant de la citĂ© Charles Hermitte Ă  Paris, porte de la Chapelle, dans un quartier que tout le monde Ă©vite du fait de la prĂ©sence de camps de migrants et de l’insĂ©curitĂ©. La rĂ©duction de plus en plus nette des moyens de la politique sociale, et de l’État providence, qu’il serait plus juste d’appeler État protecteur (qui protĂšge matĂ©riellement des accidents de la vie) laisse toute une part de la population, surtout française, sans aides, sans soutien, car, justement, tous n’ont pas accĂšs aux solidaritĂ©s horizontales, organiques. Les Français sont souvent plus dĂ©socialisĂ©s que les immigrĂ©s, dont la culture traditionnelle inclut une fratrie Ă©largie, des solidaritĂ©s de village, etc. Nous sommes plus dĂ©socialisĂ©s car plus modernes. DĂ©clin de l’État protecteur : pourquoi ? Bien sĂ»r parce que la prioritĂ© de nos sociĂ©tĂ©s est le profit de grands groupes. Mais pas uniquement. Cette rĂ©duction des moyens de la politique sociale, surtout par rapport Ă  l’explosion de la prĂ©caritĂ©, vient de l’immigration, car c’est elle qui rend inĂ©puisables les besoins sociaux. La poursuite de l’immigration, c’est forcĂ©ment plus d’insĂ©curitĂ© sociale pour les Français, et pour les immigrĂ©s les plus intĂ©grĂ©s, c’est-Ă -dire ceux qui travaillent.

En ce sens l’État social, l’État protecteur a bien des dĂ©fauts mais son principal dĂ©faut serait de ne pas exister, c’est-Ă -dire de laisser la place Ă  la loi de la jungle de la sociĂ©tĂ© de marchĂ©. Et ce n’est qu’en recentrant cet État protecteur sur la base d’une prĂ©fĂ©rence nationale, dissuasive de l’immigration, qu’il peut ĂȘtre sauvĂ©, ainsi qu’en Ă©dictant des contreparties entre droits et devoirs.

Les auteurs de La faillite des Ă©lites, croyant faire un constat, disent des vĂ©ritĂ©s, mais des vĂ©ritĂ©s partielles, Ils avancent masquĂ©s. Ils ont un projet idĂ©ologique. C’est leur droit. Mais ce projet n’est pas affichĂ©. Ils nous disent : Ă  l’unitĂ© ontologique succĂšde un pluralisme ontologique. « Tout coule. Rien n’est jamais Ă  la mĂȘme place. Mais le flot est incessant ». Pour ĂȘtre trĂšs concret, un pluralisme des valeurs succĂšde Ă  une unicitĂ© des valeurs, celles incarnĂ©es par la sociĂ©tĂ© et par l’État, garant de celle-ci. Une sorte de polythĂ©isme vĂ©cu, pratique, reviendrait, sans doute dans le prolongement inconscient du christianisme mĂ©diĂ©val et du culte pluriel des saints, tant il est vrai, comme disait Joseph de Maistre, que le christianisme – on comprend qu’il s’agit ici du catholicisme – est un « polythĂ©isme raisonné ».

EuroLibertĂ©s : toujours mieux vous rĂ©-informer 
 GRÂCE À VOUS !

Ne financez pas le systÚme ! Financez EuroLibertés !

EuroLibertĂ©s rĂ©-informe parce qu’EuroLibertĂ©s est un mĂ©dia qui ne dĂ©pend ni du SystĂšme, ni des banques, ni des lobbies et qui est dĂ©gagĂ© de tout politiquement correct.

Fort d’une audience grandissante avec 60 000 visiteurs uniques par mois, EuroLibertĂ©s est un acteur incontournable de dissection des politiques europĂ©ennes menĂ©es dans les États europĂ©ens membres ou non de l’Union europĂ©enne.

Ne bĂ©nĂ©ficiant d’aucune subvention, Ă  la diffĂ©rence des mĂ©dias du systĂšme, et intĂ©gralement animĂ© par des bĂ©nĂ©voles, EuroLibertĂ©s a nĂ©anmoins un coĂ»t qui englobe les frais de crĂ©ation et d’administration du site, les mailings de promotion et enfin les dĂ©placements indispensables pour la rĂ©alisation d’interviews.

EuroLibertĂ©s est un organe de presse d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. Chaque don ouvre droit à une dĂ©duction fiscale Ă  hauteur de 66 %. À titre d’exemple, un don de 100 euros offre une dĂ©duction fiscale de 66 euros. Ainsi, votre don ne vous coĂ»te en rĂ©alitĂ© que 34 euros.

Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

Quatre solutions pour nous soutenir :

1 : Faire un don par virement bancaire

Titulaire du compte (Account Owner) : EURO LIBERTES
Domiciliation : CIC FOUESNANT
IBAN (International Bank Account Number) :
FR76 3004 7140 6700 0202 0390 185
BIC (Bank Identifier Code) : CMCIFRPP

2 : Faire un don par paypal (paiement sécurisé SSL)

Sur le site EuroLibertĂ©s (www.eurolibertes.com), en cliquant, vous serez alors redirigĂ© vers le site de paiement en ligne PayPal. Transaction 100 % sĂ©curisĂ©e.‹ 

3 : Faire un don par chĂšque bancaire Ă  l’ordre d’EuroLibertĂ©s

à retourner à : EuroLibertés
BP 400 35 – 94271 Le Kremlin-BicĂȘtre cedex – France

4 : Faire un don par carte bancaire

Pour cela, téléphonez à Marie-France Marceau au 06 77 60 24  99