Un monde nouveau ne peut s’accommoder d’une nostalgie passĂ©e. La nostalgie relĂšve de la sphĂšre privĂ©e, personnelle, comme la religion et les souvenirs d’enfance. La vie des sociĂ©tĂ©s et la politique qui est censĂ©e la structurer, sont en perpĂ©tuelle mouvance que rien ne peut arrĂȘter. Nous sommes entrĂ©s dans un monde nouveau informel et imposĂ©, nĂ© de la mondialisation financiĂšre et des droits de l’Homme, monde nouveau qu’il est urgent de rĂ©organiser sur des fondements nouveaux avalisĂ©s par les peuples. Un monde nouveau Ă  l’initiative des peuples doit succĂ©der Ă  un monde nouveau subi.

La « table rase » chĂšre Ă  nos rĂ©volutionnaires du 4 aoĂ»t 1789 et reprise par EugĂšne Pottier en 1871 dans l’Internationale, s’impose aujourd’hui. Les rĂ©fĂ©rences partisanes, les luttes passĂ©es, les clivages gauche/droite, « le bon vieux temps » ou les « lendemains qui chantent », sont totalement dĂ©passĂ©s et ne correspondent plus aux aspirations du « pays rĂ©el » dans les territoires de l’Europe.

Nietzsche, dans sa « Seconde considĂ©ration intempestive », affirme que l’Histoire n’est nĂ©cessaire que dans la mesure oĂč elle sert Ă  engendrer l’avenir. C’est cela aussi faire table rase du passĂ© en n’en conservant que son utilitĂ© pour façonner un monde nouveau. Vision utilitariste de l’Histoire qui la dĂ©pouille de tous ses aspects nostalgiques, pathologiques ou mĂ©moriels. C’est cette vision qui permet de penser autrement et de surpasser tous les vieux clivages stĂ©riles.

Au fond, seule la civilisation europĂ©enne est fondamentale pour l’avenir. Les peuples europĂ©ens possĂšdent l’Europe en hĂ©ritage et ont le devoir d’en prĂ©server les valeurs. Les partis politiques issus du XIXe siĂšcle, avec le principe des États-Nations, sont moribonds ; leurs rĂ©fĂ©rences d’un autre temps.

Les nouvelles problématiques sont majoritairement transversales que ce soit au plan des questions de société ou politiques.

Que signifie « gauche » ou « droite » aujourd’hui ? « ExtrĂȘme gauche » ou « extrĂȘme droite » ? Les transfuges sont millions, l’électorat d’une volatilitĂ© sans prĂ©cĂ©dent. Les nouveaux points de rupture se situent entre une « guerre de civilisations » et un « dialogue des cultures », mĂȘme si le dĂ©bat peut avoir lieu sur ces deux positions ; entre ceux qui dĂ©fendent la mondialisation comme objectif de vĂ©ritĂ© et de paix, et ceux qui s’accrochent Ă  la souverainetĂ© des États-Nations. Mais on peut aussi contester la mondialisation et dĂ©fendre une autre idĂ©e d’une Europe des nations rĂ©gionales unies.

Le spectacle que donne l’Europe montre les ambiguĂŻtĂ©s, l’hypocrisie et le mal-ĂȘtre de sa construction, fondĂ©e sur les vieux impĂ©ratifs de l’AprĂšs-Guerre. Qu’on en juge : la Hongrie et ses relations souterraines avec la Russie, l’Ukraine Ă  nouveau en guerre civile entre l’est et l’ouest de son territoire, dont le gouvernement corrompu n’est intĂ©ressĂ© que par d’éventuelles mannes europĂ©ennes et une souverainetĂ© de circonstance. La Pologne et l’Autriche qui rĂ©sistent Ă  la pression de l’Europe. La GrĂšce, Ă  nouveau sur le dĂ©part de la zone euro. Seule l’Allemagne, du fait de sa puissance Ă©conomique et financiĂšre, semble encore Ă  l’écart des soubresauts de toute l’Europe. Quand Madame Merkel va-t-elle se dĂ©cider Ă  comprendre que l’Allemagne ne peut se contenter d’ĂȘtre la puissance dominante europĂ©enne sans en assumer les servitudes ? Il faut s’attendre lĂ  aussi Ă  des craquements dans les annĂ©es qui viennent pour cette Allemagne qui n’assure aucune dĂ©pense militaire par exemple – consĂ©quence devenue commode de 1945 –, qui maintient un euro Ă  son seul avantage, qui joue les candides en toutes circonstances. L’Allemagne se moquerait-elle de l’Europe dans une superbe victoire sur son Ă©crasement de 1945 ?

Faisons table rase de tous les passés pour pouvoir construire une Europe fondée sur des critÚres débarrassés des miasmes passéistes.

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A propos de l'auteur

Richard Dessens

Enseignant pendant plusieurs annĂ©es dans une Ă©cole prĂ©paratoire aux concours d’entrĂ©e aux IEP et Écoles de journalisme, Richard Dessens crĂ©e et dirige parallĂšlement une troupe de thĂ©Ăątre dans la rĂ©gion de Montpellier. Docteur en droit, DEA de philosophie et licenciĂ© en histoire, il est l’auteur d’ouvrages de philosophie et d’histoire des idĂ©es politiques, de relations internationale. Son dernier livre paru est "Henri Rochefort ou la vĂ©ritable libertĂ© de la presse" aux Ă©ditions Dualpha.

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