Oui, comme Dutronc le chantait avec sa nonchalance communicative, j’aime les filles
 mais pas n’importe lesquelles. Puisque je lui emprunte ce titre, je me dois de souligner ma considĂ©ration distinguĂ©e pour son Ă©pouse, Françoise. Au milieu d’un parterre de minettes stĂ©rĂ©otypĂ©es Ă©levĂ©es sous serre et hors-sol dans les pĂ©piniĂšres d’un Barclay ou d’un Stark, les Borel et Tricatel de la chanson française, elle incarnait dĂ©jĂ  la grĂące, lâ€˜Ă©lĂ©gance, la sensibilitĂ© et l’intelligence que ni l’ñge ni la maladie ne devaient altĂ©rer.

Salut les filles

Eh oui, j’aime les filles intelligentes et « classieuses » comme les qualifient mes petits-enfants. Par leur indĂ©pendance d’esprit, elles font tache sur une scĂšne mĂ©diatique tristement unicolore, lamentablement vulgaire.

J’aime cette artiste qu’est Gabrielle Cluzel. JoailliĂšre des mots, elle vous cisĂšle une formule qui, mieux qu’une dĂ©monstration fastidieuse, pulvĂ©rise en un instant un travers ou une quelconque idĂ©e reçue. Quelques exemples ? DĂ©nonçant la relĂ©gation du travail, de la famille et de la patrie au plus profond des magasins nationaux, elle propose une nouvelle devise pour la rĂ©publique française : « hĂ©donisme, individualisme, mondialisme ». Bien vu, non ? Analysant le phĂ©nomĂšne social que constitue le mouvement des « gilets jaunes » et reprenant une raillerie macronienne visant Ă  les mĂ©priser, elle imagine une opposition entre une « gauche caviar » parisienne et une « bourgeoisie blanquette de veau » provinciale. Et de rappeler que « plat prĂ©fĂ©rĂ© du commissaire Maigret, la blanquette de veau sent la France pompidolienne, tranquille et prospĂšre ». Et devant l’impossible dialogue entre le pouvoir et ces Français « moyens », elle formule cette vĂ©ritĂ© premiĂšre : « C’est que cette France-lĂ  ne sait pas faire la rĂ©volution, elle n’est pas du grand soir, mais du petit matin, l’heure Ă  laquelle on se retrousse les manches ». Avouez que cela a de la gueule…

J’aime cette chipie de Charlotte d’Ornellas et son insatiable appĂ©tit lorsqu’on lui sert sur un plateau (de tĂ©lĂ©vision bien sĂ»r) une brochette de veaux (sous l’amer) issues des meilleurs Ă©levages de la politologie nationale. Que dire encore lorsque cette sacrĂ©e gamine devient mangouste pour affronter quelque cobra prĂ©tentieux sorti pour la circonstance du vivarium du MusĂ©um national de la pensĂ©e unique. Il comprend trĂšs vite, Ă  ses dĂ©pens, que ce petit animal apparemment inoffensif a, curieusement, les canines plutĂŽt incisives.

J’aime BĂ©rĂ©nice Levet cette trĂšs acadĂ©mique philosophe nĂ©anmoins d’un drĂŽle de genre, surtout quand elle en conteste la thĂ©orie. J’aime son effronterie lorsqu’elle Ă©crit « à l’attention des hommes qui aiment les femmes et des femmes qui aiment les hommes ». À se demander oĂč elle puise ses sources. J’aime l’entendre inviter les femmes Ă  se libĂ©rer du fĂ©minisme. Lorsque, pour ce faire, elle en appelle Ă  « la nation française, courtoise, galante et libertine » pour qu’elle ne se renie pas, je biche comme le vieux pou que je suis devenu. J’aime quand elle rappelle que « la confiance entre les hommes et les femmes est un acquis magnifique de la civilisation, et singuliĂšrement de la civilisation française, pays de la mixitĂ© et de la complicitĂ© des sexes ». LibĂ©rĂ© de ses servitudes sexuelles, Tarik Ramadan oserait-il la contredire?

J’aime AgnĂšs Verdier-MoliniĂ© quand, sur quelque barreau d’une voliĂšre tĂ©lĂ©visuelle, son regard d’aigle guettant sa proie, elle salive dĂ©jĂ  avant de fondre sur un ara imprudent, pour en dĂ©pecer les arguments fallacieux Ă  grand renfort de chiffres et de statistiques que ne sauraient contester les sentencieux grands-ducs de la Cour des comptes, victimes expiatoires de pouvoirs publics vellĂ©itaires, impuissants Ă  maĂźtriser les incohĂ©rences de leurs politiques budgĂ©taires. Ce qui d’ailleurs, malgrĂ© les coups de bec en rafale de l’oiselle, ne les empĂȘche malheureusement pas de prĂ©sider, impuissants, Ă  l’interminable naufrage des finances publiques.

J’aime Sandrine Sarroche, son sens aigu de l’observation clĂ© de ses irrĂ©sistibles parodies, son incomparable aptitude Ă  se glisser dans la peau des autres pour adapter quelques « classiques » de la chanson française Ă  l’actualitĂ©. Elle est en outre le rĂ©vĂ©lateur de la mĂ©diocritĂ© sinon de la nullitĂ© de la plupart de ses consƓurs et confrĂšres qui osent se rĂ©clamer de l’humour sans en avoir la moindre finesse. HypokhĂągneuse et juriste de formation, en excellente avocate qu’elle fut, elle dĂ©fend avec talent cette nation française courtoise, galante et libertine Ă©voquĂ©e ci-dessus.

Vous noterez, du moins je l’espĂšre, que cette attirance ne doit rien Ă  l’ovale de leur visage, Ă  l’angĂ©lisme de leur sourire, Ă  la gracilitĂ© de leur cou, Ă  leur regard ensorceleur, encore moins Ă  leur anatomie plastique de dĂ©esse grecque. Ce qui m’attire chez ces filles, c’est leur approche trĂšs fĂ©minine des questions, leur rigueur intellectuelle qui nous fait souvent dĂ©faut, leur impertinence piquante, leur insolence discrĂšte et leur humour subtil qui valent certainement mieux que notre ironie trop mordante et nos emportements verbaux
 sabre au clair.

Vous devinez pourquoi rien ne me sĂ©duit chez Martine Aubry, Roselyne Bachelot, Marine Le Pen ou MarlĂšne Schiappa. Ne parlons mĂȘme pas de Christiane Taubira ou de Sibeth N’Diaye. Mais qui invoque aujourd’hui les trois grĂąces, ces dĂ©esses du charme, de la beautĂ© et de la crĂ©ativité ?

Quand je pense que certains me collent l’étiquette de « macho » du fait de mes origines ultra-mĂ©diterranĂ©ennes


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