Max Weber formule au dĂ©but du XXe siĂšcle sa fameuse dĂ©finition de l’État, comme possĂ©dant « le monopole de la violence lĂ©gitime ». C’est une dĂ©finition de « l’État de droit » telle qu’on le dĂ©crivait en thĂ©orie.

Défense et illustration de la civilisation européenne

Défense et illustration de la civilisation européenne

Mais quid des thĂ©ories du « droit de rĂ©sistance » Ă  la loi injuste ? Tout le problĂšme rĂ©side alors dans l’acception du mot « lĂ©gitime ». Ce mot vague est l’antipode de celui de « lĂ©galité », mĂȘme si, idĂ©alement, lĂ©galitĂ© et lĂ©gitimitĂ© doivent se confondre dans un systĂšme juridique naturel ou d’essence divine. Mais depuis que les LumiĂšres et Kant nous ont expliquĂ© que la loi est l’expression de la volontĂ© autonome de l’homme, la loi n’est plus qu’une vellĂ©itĂ© humaine, changeante, partisane, imparfaite, Ă  la lĂ©gitimitĂ© douteuse. Dans ces conditions, au nom de quoi doit-on la respecter absolument ? La souverainetĂ© populaire incarnĂ©e par neuf cents dĂ©putĂ©s et sĂ©nateurs Ă©lus dans des conditions plus que discutables en termes de lĂ©gitimité ? LĂ  encore la justification n’est plus crĂ©dible.

Partout en Europe cette question fondamentale se pose, Ă  des degrĂ©s divers, dans des pays, et notamment la France, qui se proclament les champions internationaux de la dĂ©mocratie et de l’ordre rĂ©publicain.

Or, le « droit de rĂ©sistance » Ă  la loi injuste, c’est-Ă -dire illĂ©gitime aux yeux des intellectuels et des Ă©lites, s’accompagne d’un glissement parallĂšle du monopole de la violence dans la sociĂ©tĂ©. C’est la dĂ©mission des États, leur perte de Pouvoir voulue au fil des 70 derniĂšres annĂ©es, qui a conduit Ă  transfĂ©rer aux sociĂ©tĂ©s un nouveau monopole de la violence, c’est-Ă -dire du droit d’imposer par la force, quelle qu’elle soit.

Cette nouvelle violence, accompagnĂ©e directement ou indirectement par nos Ă©lites, derriĂšre leurs dĂ©nĂ©gations indignĂ©es, est-elle pour autant « lĂ©gitime » ? Encore moins que la violence d’État qui s’accroche au moins Ă  la lĂ©gitimitĂ© d’élections prĂ©tendument dĂ©mocratiques. Et d’autant moins que cette nouvelle violence camoufle ses instigateurs dans des nĂ©buleuses que personne ne veut dĂ©voiler. Toutefois, elle n’est pratiquement pas rĂ©primĂ©e car elle est devenue supĂ©rieure Ă  celle, dĂ©naturĂ©e, des États moribonds.

Violence de la rue, violence des diktats des élites, violence des décideurs économiques et grands financiers synarques, violences sociales de toutes sortes : pauvreté, désinformation, éducation primarisée, images dégradantes ou dénigrantes des codes de la communication sociétale, etc.

Tel est le tableau d’une Europe suicidaire en destruction, mais sans que ses effets soient encore suffisamment palpables par les peuples.

Ce nouveau monopole de la violence de ce que certains appellent la « sociĂ©tĂ© civile », comme s’il existait plusieurs « sociĂ©tĂ©s » ou « castes » dans une nation unitaire, sans consistance, autoproclamĂ©e, lĂ©gitimĂ©e par une poignĂ©e d’élites et d’intellectuels mĂ©diatisĂ©s, reprĂ©sente un danger imminent pour les sociĂ©tĂ©s europĂ©ennes. Cette « lĂ©gitimité » nouvelle censĂ©e accompagner la sociĂ©tĂ© civile est un leurre aux consĂ©quences incalculables, car il s’agit en rĂ©alitĂ© d’une lĂ©gitimitĂ© idĂ©ologique destructrice de nos valeurs europĂ©ennes.

Redonner Ă  l’État national, mais aussi europĂ©en dans une autre vision de l’Europe, son « auctoritas » et sa « potestas », sans complexe et contre les pressions des Ă©lites de tous poils, est peut-ĂȘtre devenu une gageure. Mais c’est peut-ĂȘtre aussi le signe de la fin des États-Nations qui doivent faire place Ă  un État europĂ©en capable de faire de l’Europe un terreau de reconquĂȘte et de fiertĂ© de son identitĂ©.

Vous avez aimé cet article ?

EuroLibertĂ©s n’est pas qu’un simple blog qui pourra se contenter ad vitam aeternam de bonnes volontĂ©s aussi dĂ©vouĂ©es soient elles
 Sa promotion, son dĂ©veloppement, sa gestion, les contacts avec les auteurs nĂ©cessitent une Ă©quipe de collaborateurs compĂ©tents et disponibles et donc des ressources financiĂšres, mĂȘme si EuroLibertĂ©s n’a pas de vocation commerciale
 C’est pourquoi, je lance un appel Ă  nos lecteurs : NOUS AVONS BESOIN DE VOUS DÈS MAINTENANT car je doute que George Soros, David Rockefeller, la Carnegie Corporation, la Fondation Ford et autres Goldman-Sachs ne soient prĂȘts Ă  nous aider ; il faut dire qu’ils sont trĂšs sollicitĂ©s par les medias institutionnels
 et, comment dire, j’ai comme l’impression qu’EuroLibertĂ©s et eux, c’est assez incompatible !
 En revanche, avec vous, chers lecteurs, je prends le pari contraire ! Trois solutions pour nous soutenir : cliquez ici.

Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

A propos de l'auteur

Richard Dessens

Enseignant pendant plusieurs annĂ©es dans une Ă©cole prĂ©paratoire aux concours d’entrĂ©e aux IEP et Écoles de journalisme, Richard Dessens crĂ©e et dirige parallĂšlement une troupe de thĂ©Ăątre dans la rĂ©gion de Montpellier. Docteur en droit, DEA de philosophie et licenciĂ© en histoire, il est l’auteur d’ouvrages de philosophie et d’histoire des idĂ©es politiques, de relations internationale. Son dernier livre paru est "Henri Rochefort ou la vĂ©ritable libertĂ© de la presse" aux Ă©ditions Dualpha.

Articles similaires