De Barcelone, la photo de Mark Zuckerberg cheminant en baskets au milieu de colonnes d’imbĂ©ciles dotĂ©s du masque numĂ©rique de Samsung a fait le tour de notre pauvre monde. Le triomphe des corporations sur ces idiots visuels dĂ©connectĂ©s de toute rĂ©alitĂ© spirituelle devient intĂ©gral. On voit alors se manifester la dictature numĂ©rique : un milliard de quidams se plongeant nuit et jour dans le monde virtuel. Au Dr Faust bradant son Ăąme succĂšde le zombi.

Le citoyen n’est mĂȘme plus soumis, il est froidement aspirĂ© par l’écran. Et les benĂȘts consentants de se ruer ensuite sur Facebook pour se plaindre du nouvel ordre mondial


Dans son Ɠuvre maĂźtresse rĂ©digĂ©e vers 1545, le jeune Étienne de la BoĂ©tie se demande : « D’oĂč a-t-il pris tant d’yeux, dont il vous Ă©pie, si vous ne les lui baillez ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s’il ne les prend de vous ? Les pieds dont il foule vos citĂ©s, d’oĂč les a-t-il, s’ils ne sont des vĂŽtres ? Comment n’a-t-il aucun pouvoir sur vous, que par vous ? Comment vous oserait-il courir sus, s’il n’avait intelligence avec vous ? Que vous pourrait-il faire, si vous n’étiez receleurs du larron qui vous pille, complices du meurtrier qui vous tue et traĂźtres Ă  vous-mĂȘmes ? »

Les impîts, les contrîles, les guerres, le terrorisme, les nouvelles invasions, nous acceptons tout sans broncher – parce que tout est devenu virtuel – ou tout au moins nous le croyons.

Nous collaborons alors activement Ă  notre esclavage par cette passivitĂ©. Ni les Allemands ni les Grecs ne rĂ©agissent aux vagues de rĂ©fugiĂ©s coordonnĂ©es sur Facebook, et nos rĂąleurs de Français se prĂ©parent Ă  adouber Alain JuppĂ© et les AmĂ©ricains Ă  revoter Clinton, parce que l’ordre nouveau et numĂ©rique leur sommera tel jour de le faire.

Le Personal Computer porte les initiales de notre Politiquement Correct. Sans effort, aujourd’hui, on maintient des myriades d’ĂȘtres dits humains devant des Ă©crans dont ils ne s’arrachent plus. Neuf heures par jour, dit-on souvent en AmĂ©rique.

Internet réalise la société aliénée qui comme dans la tyrannie antique repose sur le spectacle, les jeux, la consommation. La Boétie toujours :

« Les thĂ©Ăątres, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bĂȘtes Ă©tranges, les mĂ©dailles, les tableaux et autres telles drogueries, c’étaient aux peuples anciens les appĂąts de la servitude, le prix de leur libertĂ©, les outils de la tyrannie. »

Voyez Youtube et la Lady Gaga dont chaque trĂ©moussement dĂ©sossĂ© et baphomĂ©tique suscite un million de commentaires, et vous saurez de qui vous ĂȘtes entourĂ©s, naĂŻfs.

Il peut se déhancher de bonheur, le jeune Zuckerberg, dont la montagne de sucre numérique a mythifié et dépossédé de leur ùme des milliards de crétins. Ce ne sont pas ceux-là qui descendront un jour dans la rue pour remettre en cause un systÚme de plus en plus toqué ; ce ne sont pas ceux-là non plus qui adresseront une parole, trouveront un travail, fonderont une famille, défendront leur patrie.

A propos de l'auteur

Nicolas Bonnal

Essayiste et chroniqueur politique, Nicolas Bonnal est l’auteur d’une quinzaine de livres sur la politique, l’identitĂ©, l’initiation et le cinĂ©ma
 Derniers livres parus aux Éditions Dualpha : Le paganisme au cinĂ©ma ; La chevalerie hyperborĂ©enne ; le Graal et Donald Trump, le candidat du chaos. Il est le correspondant d'EuroLibertĂ©s en Espagne.

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