De nos jours, l’honnĂȘte homme ne saurait goĂ»ter Ă  une dĂ©tente digne de ce nom, sans s’envoler Ă  des milliers de kilomĂštres de chez lui pour, au mieux, dĂ©couvrir les merveilles de civilisations inconnues qui lui ont pourtant Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©es maintes fois sur les 1 614 chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision dĂ©sormais Ă  sa disposition.

C’est ce qui a permis Ă  Alexandre Vialatte de constater qu’aujourd’hui « l’homme ne descend plus du singe, mais de l’avion ». DĂ©couvrir le monde, c’est bien ; connaĂźtre son pays c’est mieux. Pouvoir vanter les voiles de l’opĂ©ra de Sydney, c’est certainement gratifiant, mais ignorer absides et absidioles de Notre Dame du Port de Clermont-Ferrand ou de Notre Dame d’Orcival, c’est regrettable. S’attarder sur la plastique des dĂ©esses de la fĂ©conditĂ© africaines, c’est louable, mais ignorer les Vierges Noires d’Auvergne !!!

Il faut visiter l’Auvergne, ses volcans, ses lacs, ses Ă©glises romanes et que sais-je encore, tant cette province est riche.

N’étant pas moi-mĂȘme auvergnat je prĂ©fĂšre laisser au susnommĂ© Vialatte le soin de vous faire dĂ©couvrir les subtilitĂ©s de ce pays avant que vous n’y dĂ©barquiez. Et permettez-moi d’accorder une totale confiance Ă  cet autochtone qui affirme que « sauf erreur, il ne se trompe jamais. »

Je me dois toutefois de rappeler que ce bon Alexandre, Ă©crivain et chroniqueur au quotidien La Montagne, a fait preuve tout au long de sa vie professionnelle, d’une modestie hercynienne qui lui permettait de se prĂ©senter comme « un Ă©crivain notoirement inconnu ». À ce titre, il pratiquait la grammaire comme d’autres la gymnastique suĂ©doise, au point de confesser ce vice sans aucune pudeur : « Que serait la vie sans l’imparfait du subjonctif ! »

HonnĂȘte jusqu’au bout de son « arvernstock » (piolet local), il n’écoutera rien d’autre que sa conscience pour vous informer (ne disait-il pas que « la conscience, comme l’appendice, ne sert Ă  rien sauf Ă  rendre l’homme malade. »)

Suivons donc notre guide sur les routes sinueuses de cette belle province qu’il chĂ©rit Ă  l’image de son « pays » le grand Blaise (« Pascal aimait tellement l’Auvergne qu’il naquit Ă  Clermont-Ferrand ».), mais surtout Ă©coutons-le.

Avant de commencer l’excursion, il est indispensable de rappeler que si « les vacances datent de la plus haute antiquitĂ©, elles se composent rĂ©guliĂšrement de pluies fines coupĂ©es d’orages plus importants. »

La vie au grand air dans ces reliefs imprĂ©visibles nĂ©cessite donc quelques prĂ©cautions : « Munissez-vous toujours de lainages lorsque vous allez en Auvergne. Tout y est aigrelet, le fond de l’air, le fromage, le vin, le son de la vielle »  Ici, complĂšte-t-il, si « le fond de l’air est frais, sa surface l’est aussi. »

Les adeptes du cyclotourisme ne devront pas oublier qu’« en Auvergne, il y a plus de montĂ©es que de descentes. »

Concernant la pratique de sports nautiques, il convient de souligner que « la mer peut ĂȘtre agitĂ©e Ă  trĂšs agitĂ©e, sauf dans le Massif Central. »

Sous la houlette rassurante de l’original Alexandre le Bienheureux, toujours soucieux de la faune locale, on apprendra, par exemple, que, Ă  Massiac sur les berges de l’Alagnon, « l’escargot est naturellement hĂ©roĂŻque car il ne recule jamais ». De mĂȘme, la frĂ©quentation des troupeaux de « Salers » et de leurs bergers, lui permet d’affirmer que « ce qu’il y a de meilleur dans l’homme, c’est le chien. »

Au grĂ© des excursions, vous dĂ©couvrirez encore les atouts Ă©conomiques de la province : « L’Auvergne produit des ministres, des fromages et des volcans. »

Le soir, Ă  l’étape, devant une assiette de tripoux, vous pourrez Ă©voquer avec votre cicĂ©rone son passĂ© imaginaire d’ethnologue et ses expĂ©riences africaines virtuelles. Il vous transmettra volontiers les enseignements recueillis dans les tribus les plus reculĂ©es.

On peut en citer quelques-uns, pour Ă©veiller votre curiositĂ©. « On n’imagine pas le mal que l’élĂ©phant donna Ă  NoĂ© pour calculer la gĂźte ». Ou concernant encore l’élĂ©phant : « Dieu l’a fait gris, dit Bernardin de Saint-Pierre, pour qu’on ne le confonde pas avec la fraise des bois. »

Son souci de l’éradication de l’anthropophagie pratiquĂ©e par certains, lui a inspirĂ© ce prĂ©cepte : « Si tu ne digĂšres pas la soutane, ne mange pas le missionnaire. »

Impitoyable quant Ă  l’évolution de la sociĂ©tĂ© occidentale, il ne manquera pas de souligner que « la civilisation fait rage » et que « nous vivons une Ă©poque oĂč l’on se figure qu’on pense dĂšs qu’on emploie un mot nouveau. »

De son statut de chroniqueur, aussi inébranlable que La Montagne qui le lui a octroyé, et de son observation du monde de la politique, il vous délivrera, si vous le souhaitez, quelques-unes de ces remarques acidulées dont il est friand.

Elles peuvent trouver leur origine dans le procĂšs de Riom, dans celui d’un enfant de Chateldon (que la biensĂ©ance m’interdit de nommer), ou dans les effets secondaires du rĂ©gime de Vichy la bourbonnaise.

« Les accusĂ©s, d’une façon gĂ©nĂ©rale, doivent se mĂ©fier des tĂ©moins Ă  dĂ©charge. Ce sont toujours eux qui mettent les pieds dans le plat. »

Ou encore : « Le vent de l’esprit souffle oĂč il veut, le vent debout oĂč l’on ne veut pas, et le vent de l’Histoire oĂč on l’amĂšne. »

Et pourquoi pas : « Qui sĂšme les casques bleus rĂ©colte la tempĂȘte. »

Votre pĂ©riple terminĂ©, Alexandre Vialatte, toujours aussi gĂ©nĂ©reux, vous offrira quelques-unes de ses plus riches pensĂ©es comme : « Le bonheur date de la plus haute antiquitĂ©, il est quand mĂȘme tout neuf car il a peu servi. »

Vous pourrez ainsi les assimiler sur le chemin du retour avant de les ruminer les longues soirĂ©es d’hiver venues devant un verre de gentiane.

Et c’est ainsi que Allah est grand ! 

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