En parcourant tout Ă  fait incidemment Le Figaro, je dĂ©couvre que, selon un sondage, 64 % des Français se disent favorables Ă  la procrĂ©ation mĂ©dicalement assistĂ©e. Je n’irai pas jusqu’à dire que cela me fait un bel utĂ©rus, mais une belle jambe certainement (encore que, de mon passĂ© cycliste, il me reste des mollets prĂ©sentables, j’ose l’avouer sans fausse modestie). Il ne s’agit pourtant pas pour moi de mettre en cause les mĂ©thodes des instituts spĂ©cialisĂ©s dans ce type d’opĂ©ration, mais l’inconstance, la volatilitĂ© (et je suis aimable) de cette opinion publique qu’ils prĂ©tendent cerner.

C’est en fait ce vieil Édouard (Daladier) qui m’a mis la puce Ă  l’oreille. Alors qu’il rentre de Munich et qu’une foule bruyante fait le pied de grue prĂšs de la piste d’atterrissage du Bourget, il s’attend Ă  ĂȘtre huĂ© pour avoir lĂąchĂ© l’essentiel Ă  l’oncle Adolf et ainsi grandement contribuĂ© Ă  la mise en perce sinon en biĂšre de l’Europe (l’Oktoberfest bavaroise remonte Ă  des temps quasi immĂ©moriaux). Or il se voit acclamĂ© au titre de sauveur de la Paix. C’est ce qui le conduit Ă  profĂ©rer cette exclamation devenue historique : « Ah ! les cons ! S’ils savaient ! »

Quelques accointances et deux caveaux de famille Ă  Nancy m’ont aidĂ© Ă  mesurer les limites de la confiance Ă  accorder aux Ă©lans populaires. Le 26 mai 1944 le marĂ©chal PĂ©tain est accueilli Ă  l’hĂŽtel de ville par une foule enthousiaste qui dĂ©borde largement la vaste place Stanislas. On parlera mĂȘme d’une rĂ©ception « marĂ©chalissime ». Le 29 septembre 1944, le gĂ©nĂ©ral de Gaulle est accueilli Ă  l’hĂŽtel de ville par une foule enthousiaste qui dĂ©borde largement une place Stanislas toujours aussi vaste. On aurait mĂȘme pu parler de rĂ©ception « gĂ©nĂ©ralissime », mais c’eut Ă©tĂ© inconvenant.

1944, 26 mai, visite de Pétain. La place Stanislas est toujours occupée par un vaste public. Pétain parle en tribune, du balcon. (http://www.jourdan.ens.fr/).

1944, 26 mai, visite de Pétain. La place Stanislas est toujours occupée par un vaste public. Pétain parle en tribune, du balcon. (http://www.jourdan.ens.fr/).

1944, 25 septembre, visite du général de Gaulle. Idem : il parle en tribune, du balcon. (http://www.jourdan.ens.fr/)

1944, 25 septembre, visite du général de Gaulle. Idem : il parle en tribune, du balcon. (http://www.jourdan.ens.fr/).

C’est ce mĂȘme mouvement de population qui avait permis au cardinal Suhard, archevĂȘque de Paris, d’affirmer que sa bonne ville comptait quatre millions d’habitants et non deux comme le prĂ©tendait le dernier recensement.

En effet, le 28 avril 1944, deux millions de Parisiens s’étaient pressĂ©s dans les rues de la capitale pour acclamer PĂ©tain et le 26 aoĂ»t suivant deux millions de parisiens faisaient de mĂȘme pour acclamer de Gaulle. CQFD, comme l’aurait soulignĂ© d’un trait de craie rageur, le professeur Cosinus.

Qui peut dĂšs lors s’étonner que des esprits malveillants puissent traiter l’opinion publique de femelle au motif qu’elle est prĂȘte Ă  se donner Ă  n’importe qui, pour peu qu’elle se sente caressĂ©e dans le bon sens du poil. Pourquoi, pendant qu’ils y sont, ne pas la traiter de nymphomane ?

Le gĂ©nĂ©ral de Gaulle, un prĂ©curseur en matiĂšre de communication et surtout un habile praticien des mĂ©dias, avouait : « Pour presque tous les journalistes, l’opinion publique est sacro-sainte. Il faut caresser ses instincts les moins nobles, parfois les plus bas et surtout, ne pas les heurter pour ne pas l’avoir contre soi. En cela la majoritĂ© des journalistes ressemblent Ă  la majoritĂ© des hommes politiques. »

Et de complĂ©ter le tableau par un aveu soulignant toute l’importance du savoir-faire dans l’art de la façonner, mais surtout celle des moyens mis Ă  disposition pour l’appliquer : « Il est vrai qu’en 1946 j’avais beau avoir sauvĂ© la France, je n’avais pas la tĂ©lĂ©vision. »

Perdu dans de profondes rĂ©flexions sur les grandeurs et les servitudes de sa mission, lui qui se devait de veiller sans relĂąche sur cet immense troupeau de veaux aux comportements tellement folĂątres, il se laissait aller Ă  un rĂȘve combien inaccessible : « Ah que la France serait belle sans les Français ! »

Opinion toute personnelle qui n’a rien de publique et qui n’engage que sa Grandeur.

Laissons donc aux instituts spĂ©cialisĂ©s le soin de sonder cette masse aussi mouvante que primesautiĂšre qu’est l’opinion.

Pour ma part, je replonge dans les pages de L’Équipe et me glisse dans les abysses, prĂ©cisĂ©ment insondables, dans lesquelles s’enfoncent le « sport-business » et son jumeau le « sport spectacle ». Vous ne voyez Ă©videmment pas le rapport et pourtant
 On sonde n’importe quoi et seulement ce que l’on peut !

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