L’immigration extra-europĂ©enne est redevenue, si tant est qu’elle n’a jamais cessĂ©e de l’ĂȘtre, le problĂšme majeur de notre continent depuis l’arrivĂ©e massive d’un million de migrants en 2015
 Tous ceux qui tentaient jusqu’alors de minimiser le problĂšme migratoire ou encore de le fantasmer comme une « chance » pour son avenir ont perdu toute crĂ©dibilité  ou font face Ă  de sĂ©vĂšres contestations jusque dans leur propre camp politique Ă  l’image de la chanceliĂšre allemande Angela Merkel


À l’exception de groupes extrĂ©mistes reconvertis dans la manipulation des migrants, la quasi-totalitĂ© des responsables politiques est aujourd’hui unanime Ă  vouloir endiguer les flots migratoires Ă  venir
 sans toutefois proposer quoi que ce soit de concret pour cela.

Et si, pourtant, nous allions assister au tarissement de l’invasion migratoire dans les annĂ©es Ă  venir ? Non par l’inaction affichĂ©e des dirigeants de l’Union europĂ©enne, mais parce que les candidats potentiels Ă  l’immigration prenaient conscience de l’imposture de cet Eldorado europĂ©en dans lequel on les a encouragĂ©s Ă  croire ? Et renonçaient eux-mĂȘmes dans le futur Ă  abandonner leurs pays d’origine ?

Ce qui peut apparaĂźtre comme un vƓu pieu pour beaucoup est peut-ĂȘtre toutefois en passe de devenir une rĂ©alitĂ© grĂące au cauchemar humain baptisĂ© – jusqu’au lundi 29 fĂ©vrier 2016, premier jour de son Ă©radication – la « jungle de Calais ».

L’Europe, pire que l’Afghanistan des Talibans ? Pire que la Syrie en guerre ? Pire que l’esclavage avĂ©rĂ© au Quatar ? Pire que les petits boulots au Koweit ?

Edouard de Mareschal a recueilli pour Le Figaro des tĂ©moignages Ă©difiants de migrants avant et pendant le dĂ©mantĂšlement de ce no man’s land de violences et de dĂ©sespĂ©rance
 Au-delĂ  des jugements lapidaires – « On est traitĂ©s comme des animaux », « J’ai perdu une annĂ©e de ma vie dans cette foutue jungle » –, on dĂ©couvre ainsi l’autre rĂ©alitĂ© de ces demandeurs d’asile pour beaucoup Ă©conomiques
 et pour beaucoup sans illusion aucune dĂ©sormais sur une vie meilleur en Occident qu’en Orient.

Tous savaient ce qu’ils voulaient quitter, mais ont Ă©tĂ© tragiquement sur trompĂ©s ce qu’ils ont trouvé !

Ainsi Hussein, syrien d’Homs, photographiĂ© dans une caravane, qui reconnaĂźt qu’il avait un travail au Koweit oĂč il envisage de retourner, n’ayant pas dĂ©couvert la fortune espĂ©rĂ©e en Europe
 ou encore cet Afghan, Nasarat, qui « prĂ©fĂšre encore retourner dans (son) village, malgrĂ© les talibans
 »

Si l’enfer est pavĂ© de bonnes intentions, les tragĂ©dies peuvent parfois arracher des sourires ironiques lorsqu’on apprend que l’Europe est mauvais pour la santĂ© grĂące Ă  l’aveu d’Amarkhan, Afghan de 24 ans, qui n’aura trouvĂ© ni Ă©ducation, ni maison, ni travail, mais une addiction Ă  l’alcool et au tabac : « Aujourd’hui, je fume un paquet par jour ». Vu le prix du tabac en incessante augmentation, on ne peut que compatir
 tout en se demandant tout de mĂȘme comment il a pu assurer financiĂšrement sa consommation ; gageons qu’il est prĂ©fĂ©rable de l’ignorer pour ne pas heurter les esprits trop sensibles !

Les cas citĂ©s par le journaliste du Figaro ne semblent pas ĂȘtre exceptionnels, comme le confirme le directeur de l’OFII (L’Office français de l’immigration et de l’intĂ©gration) ; les dossiers d’aide au retour sont en progression et « c’est un mouvement qui s’observe dans plusieurs pays d’Europe
 »

Ces dossiers concernent des Afghans (à 75 %), des Pakistanais, des Iraniens et des Soudanais, pays sans guerre civile, à ce qu’on sache (en tout cas depuis 2005 en ce qui concerne le Soudan).

La jungle de Calais, monstruositĂ© humanitaire, ce que personne ne songe Ă  contester, aura-t-elle permis une prise de conscience, Ă  la fois par les EuropĂ©ens – car images dĂ©sastreuses et tĂ©moignages poignants des riverains autant que des clandestins ont Ă©tĂ© largement diffusĂ©s Ă  travers le continent – mais surtout par les Ă©ventuels candidats Ă  l’immigration : il est Ă  espĂ©rer que ceux qui retourneront chez eux rapporteront ce qu’ils ont vĂ©cus
 Ă©vitant ainsi Ă  leurs compatriotes les mĂȘmes tourments.

L’Eldorado europĂ©en apparaĂźtra-t-il dĂ©sormais comme ce qu’il est, soit un miroir aux alouettes, aux yeux des populations du tiers-monde ? Et celles-ci dĂ©cideront-elles enfin de prendre leur destin en main
 plutĂŽt que de tendre celle-ci comme certains manipulateurs sans scrupules, les ont incitĂ©s Ă  faire pour leur plus grand malheur et le nĂŽtre ?

A propos de l'auteur

Philippe Randa

Directeur du site EuroLibertĂ©s. Ancien auditeur de l’Institut des Hautes Études de DĂ©fense Nationale, chroniqueur politique, Ă©diteur (Ă©ditions Dualpha, DĂ©terna et L'Æncre) et auteur de plus d’une centaine de livres. SociĂ©taire de l’émission « Bistrot LibertĂ© » sur TVLibertĂ©s, il co-anime avec Roland HĂ©lie l'Ă©mission « SynthĂšse » sur Radio LibertĂ©s tous les jeudi. Ses chroniques politiques sont publiĂ©es chaque annĂ©e en recueil sous le titre : « Chroniques barbares ».

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