Un rapport sénatorial fait état d’un fait que la ministre Najat Vallaud-Belkacem s’est bien gardée de diffuser : la démission massive des candidats au poste d’instituteur et de professeur. Que sont donc devenus les avantages de la fonction publique ? Ils auraient pourtant été bien au chaud dans cette carrière en cette période de chômage de masse… Les impétrants semblent préférer l’inconnu plutôt que l’enfer pédagogique. Inutile de préciser que les démissionnaires sont très éloignés des hussards noirs et même de l’apostolat pédagogico-antiraciste des années 1990/2000.

Une désertion en rase campagne donc, de ceux-là mêmes que le président normal voulut massivement recruter au début de son mandat : « Nous partîmes 60 000 (en fait le chiffre ne fut jamais atteint) et nous fûmes beaucoup moins en arrivant en ZEP » pour plagier Corneille…

Un objectif soviétoïde

En réalité, le phénomène s’explique parfaitement : les 60 000 postes étaient un objectif planifié quantitatif (et non qualitatif) tel un objectif de plan soviétique ; on recruta massivement sans sélection véritable le tout-venant, sans vocation ni compétence et, confrontés à l’apprentissage exigeant et à un minimum de connaissances, même avant le « lâcher sur zone », les uns révélèrent une incapacité cognitive, tandis que les autres se découragèrent face à l’ampleur de la tâche. Ils attestaient en creux la grandeur et la noblesse du métier. L’objectif était politique et électoral, il s’agissait de perpétuer l’image d’une gauche « intellectuelle », (alors que la fonction enseignante est frappée par la désintellectualisation du métier), d’une gauche sociale (qui crée des emplois budgétaires) et d’une gauche dont la clientèle est traditionnellement les fonctionnaires. Las ! Les études montrent que la fonction publique bascule de plus en plus à droite !

Échec sur toute la ligne et, face à un tel spectacle, on cherche vainement l’excellence dans ce grand corps malade.

L’excellence méconnue

Tout d’abord dire que celle-ci se maintient tant bien que mal dans le secteur des classes préparatoires, secteur que les ministres de droite et de gauche n’ont cessé de vouloir faire disparaître.

Une anecdote témoigne de l’effroyable impéritie de ce ministère qui, à vrai dire, n’est plus gouverné et ne connaît même pas ce qui se passe en son sein : un jeune professeur de classe prépa demande une inspection pour avancer dans la carrière (c’est la règle). Après un assez long délai se présente l’inspecteur, professeur en faculté, et connu pour ses travaux, personne parfaitement respectable et très éloignée de la pensée de gauche (la gauche ne domine plus intellectuellement l’université).

L’inspection se présente donc sous les meilleurs auspices. Mais voilà que face aux prestations de l’intéressé, cours magistral, colles de synthèse avec corrigé individuel, et contenus de cours aux antipodes de la spécialisation universitaire, l’inspecteur, totalement désarçonné, découvre une réalité inconnue qui lui fait poser des questions sur ce monde étrange des prépas qu’il est en train de découvrir.

Bien embarrassé pour la notation, il se range finalement à l’avis de l’inspecté pour convenir que c’est sans doute bien tout cela.

Ce petit fait témoigne que, manifestement, le navire n’a plus de capitaine et, sans gouvernail, navigue au fil de l’eau à grands frais budgétaires. L’échouage ou les récifs, c’est pour bientôt, il est inévitable et même nécessaire, mais fera des victimes, les enfants et le pays au premier rang.

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Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertés.

A propos de l'auteur

Olivier Pichon

Olivier Pichon , professeur agrégé de l'université, ancien professeur en prépa Hec ( économie et histoire), conseiller regional d'Île de France 1992-2004, ancien directeur de « Monde et Vie » ; il collabore actuellement à « Nouvelles de France » et dirige l'émission « Politique et éco » sur TV Libertés.

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