Nous avons reçu le rĂ©cit de l’expĂ©rience qu’a vĂ©cu Jean-SĂ©bastien, un Canadien installĂ© depuis 10 ans dans les environs de Paris. L’époque oĂč Michel Mallory chantait « Le cowboy d’Aubervilliers » semble bel et bien rĂ©volue.

Son tĂ©moignage nous montre  l’état de dĂ©liquescence de certains territoires français. De tels  territoires vont de plus en plus se multiplier,  et dans toute l’ Europe.

Il n’est plus minuit moins une, mais minuit trente !

Je suis un ressortissant Canadien français de 47 ans, admirant la culture française depuis l’enfance, ce qui m’a poussĂ© Ă  m’y installer en 2003, pour exercer ma profession dans les mĂ©tiers de l’image (montage-vidĂ©os, photographie).

En 2006, j’ai choisi de vivre en Île-de-France, en particulier dans la ville d’Aubervilliers oĂč j’ai trouvĂ© l’espace idĂ©al pour crĂ©er un lieu d’échange d’art et de vie en n’utilisant que des matĂ©riaux innovants sur le plan Ă©cologique, me permettant de m’épanouir personnellement et professionnellement.

En tant que QuĂ©bĂ©cois fraĂźchement arrivĂ©, je ne connaissais ni les codes de classes sociales, ni les problĂ©matiques des banlieues, ni la politique , de la ville d’Aubervilliers qui, Ă  ma plus grande surprise, a qualifiĂ© mon projet de «spĂ©culation immobiliĂšre» alors que mon but Ă©tait d’apporter quelque chose, d’attirer des gens de l’extĂ©rieur, bref d’amener des professionnels de l’image Ă  travailler Ă  Aubervilliers.

Ma vie d’Albertivillarien s’est rapidement transformĂ©e en cauchemar. Depuis 2006, au lieu de consacrer mon Ă©nergie Ă  la rĂ©alisation de mon projet, je passe mon temps Ă  pallier aux graves dysfonctionnements de la ville. On m’avait prĂ©venu qu’il ne fallait pas que je m’installe lĂ . Mais n’ayant jamais Ă©tĂ© confrontĂ© Ă  ces problĂ©matiques au QuĂ©bec, je n’en ai pas pris la juste mesure et cela me pourrit la vie depuis 10 ans. Aubervilliers est une ville Ă  l’abandon, dans une vrai situation de pourrissement, ce qui m’oblige, si je veux y rester, Ă  faire le travail qui incombe normalement Ă  la commune. C’est un travail Ă  temps plein et une tension intĂ©rieure qui ne me permet aucune autre activitĂ©.

Voici les problĂšmes que j’ai rencontrĂ© et les alertes que j’ai donnĂ©es.

Je reste Ă©tonnĂ© qu’une ville qui touche Paris accumule autant de problĂšmes. Pourquoi Aubervilliers se retrouve avec 50 kebabs par rues ? Pourquoi elle ne laisse pas la Police rĂ©gler les problĂšmes ? Pourquoi une ambiance constante d’insĂ©curitĂ© et d’anarchie ? Pourquoi tant de saletĂ© ? Pourquoi les fonctionnaires incompĂ©tents ne sont jamais embĂȘtĂ©s ? Pourquoi durant le mois d’aoĂ»t la ville est laissĂ©e Ă  elle mĂȘme d’oĂč l’impossibilitĂ© de partir en vacance sans laisser une personne chez soi ? Pourquoi la ville compte environ 450 offres d’alcool dont 200 licences IV (40 de trop) ? Pourquoi la Police ne dispose que d’une seule voiture la nuit(1)  ? Pourquoi la ville de Pantin est mieux structurĂ©e face Ă  ces questions ?
J’ai travaillĂ© sans relĂąche sur ces dossiers avec la Police Nationale, la prĂ©fecture de la Seine-Saint-Denis, le PrĂ©fet de Paris, la police municipale et la mairie d’Aubervilliers. Ayant fait 4 ans dans la Marine Canadienne, il est normal pour moi de servir les pouvoirs rĂ©galiens de l’État, mais lĂ , ça fait beaucoup
 !
Au regard de tout ce que j’ai pu voir et expĂ©rimenter, l’avertissement qu’on m’avait donnĂ© Ă  l’époque, de ne pas m’installer Ă  Aubervilliers m’apparaĂźt des plus pertinents. Les gens qui rĂ©flĂ©chissent comme moi, qui ont les mĂȘmes principes que moi, ne veulent pas s’installer ici et je les comprends.

Je suis arrivĂ© avec un Ă©tat d’esprit de tolĂ©rance il y a 15 ans. Aujourd’hui, je glisse dans l’intolĂ©rance de l’autre par rapport Ă  certaines populations trĂšs mal Ă©duquĂ©es. J’en viens Ă  espĂ©rer la pluie chaque jour Ă  cause des dealers, voyous, et badauds insignifiants qui occupent la voie publique et font hurler leurs radios de voiture toutes les nuits du printemps Ă  l’automne. La France m’a rendu trĂšs mĂ©fiant des pouvoirs rĂ©galiens, choses que j’aurais aimĂ© ne pas connaĂźtre. Il y a pourtant des ressources en France. La ville d’Aubervilliers a un trĂšs fort potentiel mais on ne donne peut ĂȘtre pas les moyens aux bonnes personnes pour agir, ce qui est incomprĂ©hensible. La ville changera peut ĂȘtre par des actions individuelles un peu comme la mienne mais multipliĂ©es Ă  l’ensemble des citoyens.

C’est pourquoi, je vous confie mon histoire, celle d’un homme qui aime la France pour sa richesse culturelle et ses savoirs faire, mais la dĂ©teste Ă  cause de sa mollesse due Ă  une politique immorale et suicidaire.

(1) « Il est de notoriĂ©tĂ© gĂ©nĂ©rale que l’efficacitĂ© de la police n’est pas la mĂȘme dans les beaux quartiers de l’ouest de la capitale, oĂč le moindre dĂ©lit fait l’objet d’une enquĂȘte minutieuse, et les arrondissements moins aisĂ©s du Nord-Est, oĂč la force publique tolĂšre un certain nombre de trafics (drogues, prostitution) ainsi que des actes violents (dont les «guerres» entre bandes). La puissance publique porte aussi une lourde responsabilitĂ© du fait de ses nombreuses inerties et renoncements dans tous les domaines, rĂ©vĂ©lateur d’une crise plus globale de l’autoritĂ© de l’État 2» (Le Figaro, Laurent Chalard, mai 2016).

.
ANNEXES

1 – L’immeuble voisin sur ma droite

– Signaler les 3 ateliers clandestins qui s’y trouvaient, y faire aussi cesser la mĂ©canique sauvage et les dĂ©gradations, affronter les violences physiques et verbales.

– Signaler, rĂ©guliĂšrement et durant 5 ans aux services les dĂ©poses sauvages devant chez moi. Endurer insultes et menaces lorsque je demandais au marchand de sommeil de ne pas laisser ses gravats devant l’immeuble, sans que jamais celui-ci ne soit verbalisĂ©.

– Signaler, aux services de l’hygiĂšne de la dĂ©crĂ©pitude des bĂątiments. Une rĂ©habilitation des 2 deux Ă©difices a finalement Ă©tĂ© proposĂ©e, contraignant le marchand de sommeil Ă  faire des travaux
 À cette occasion j’ai Ă©tĂ© gratifiĂ© de 10 jours d’ITT et blessures volontaire de la part du marchand de sommeil, sans que celui-ci ne soit poursuivi. La petite phrase rĂ©currente du marchant de sommeil Ă©tait : « Si t’as un problĂšme va voir la mairie ! » laissant sous entendre qu’il Ă©tait couvert


2 – Le bñtiment voisin sur ma gauche

– Un promoteur du 16e arr. de Paris, s’est vu accorder par la mairie l’autorisation de crĂ©er 4 logements sociaux, alors mĂȘme que le bĂątiment n’était pas en zone d’habitation, construits sans isolation phonique, carrelage Ă  mĂȘme le bĂ©ton, sans fenĂȘtres, avec seulement des vĂ©lux en toiture pour les entrĂ©es de lumiĂšre et d’air frais, je ne comprends toujours pas pourquoi de tels logements existent et pourquoi la mairie a laissĂ© faire.

– À cause des travaux entrepris par le promoteur, le mur que nous avions en mitoyennetĂ© s’est effondrĂ© sur notre verriĂšre. Nous avons Ă©tĂ© Ă©vacuĂ© par les pompiers, ma femme et moi, en pleine nuit en janvier 2007. Le propriĂ©taire n’avait pas encore son permis de construire, il n’a pas Ă©tĂ© inquiĂ©tĂ© par la mairie. Nous sommes restĂ©s deux ans sans toiture, le temps que les assurances nous permettent la rĂ©paration. Je ne pouvais pas travailler. Le manque Ă  gagner a Ă©tĂ© trĂšs important.

– Le promoteur des logements sociaux a crĂ©Ă© au rez-de-chaussĂ©e un local commercial, exploitĂ© successivement par des restaurants et une association religieuse africaine. Une hotte d’extraction des fumĂ©es nocives a Ă©tĂ© installĂ©e en dĂ©pit de tout bon sens. Celle-ci pollue les locataires (et notre habitation) puisqu’elle donne directement sur les vĂ©lux. MalgrĂ© mes nombreux signalements Ă  la mairie durant 5 ans, j’ai toujours Ă©tĂ© renvoyĂ© au privĂ© (les services d’hygiĂšne de la mairie m’ont simplement offert une Ă©tude de qualitĂ© de l’air intĂ©rieur de mon habitation, ce que j’ai refusĂ©).

– J’ai dĂ» lutter plusieurs annĂ©es pour faire dĂ©loger l’association religieuse africaine (violence volontaire Ă  mon encontre de la part du gardien, condamnĂ© Ă  une amende de 300 euros) et les 2 bars-restaurants africains (prĂ©cĂ©dant et suivant l’association religieuse) qui causaient des nuisances incessantes dans une zone comptant dĂ©jĂ  5 offres d’alcool (dans un rayon de 50 mĂštres d’une synagogue !)
 Je n’ai toujours pas compris pourquoi la mairie a octroyĂ© 2 licences III Ă  cet endroit, malgrĂ© la loi et mes mises en gardes Ă  rĂ©pĂ©tition 
 (article de loi, + loi Royale-Guigou)
– J’ai assistĂ©, impuissant, Ă  la spoliation d’une voisine sans dĂ©fense, le promoteur du 16e ayant obtenu le droit de crĂ©er une ouverture sur sa cour, sur simple dĂ©claration de travaux
 Il faut voir aujourd’hui dans quel Ă©tat de dĂ©crĂ©pitude est l’ouverture !
Ce propriĂ©taire s’est permis cette petite phrase : « On n’est pas au Canada ici. »

3 – Le quartier

– Agression sur ma femme en 2007, devant un bar sur ma rue, par deux jeunes en scooter. Elle est trainĂ©e sur le bitume plusieurs mĂštres par les cheveux. La Bac arrive, le gĂ©rant du bar et les badauds donnent des indications contraires aux policiers et s’en amusent
 Ce bar est fermĂ© depuis 1 mois et exproprié  aprĂšs 5 ans de procĂ©dures et d’enquĂȘtes policiĂšres.

– CernĂ© par les 5 offres d’alcools, je ne peux entrer et sortir librement de mon garage. Les stationnements abusifs, les incivilitĂ©s et agressions verbales et menaces physique font que j’ai dĂ©cidĂ© de stationner mon vĂ©hicule devant mon garage (bateau construit Ă  mes frais). Pendant ces annĂ©es, la police municipale nous verbalise.

– J’ai alertĂ© la police municipale de l’installation d’un camp de roms, sur un terrain vague juxtaposant d’une synagogue Ă  16 mĂštres de notre habitation. Fait dans les temps (dans les 72 heures), l’expulsion a pu se faire.

– J’ai signalĂ© les barbecues sauvages qui s’installaient chaque week-end durant juillet et aoĂ»t sur le terrain de foot Ă  50 mĂštres de chez moi. Ils urinaient sur la voie publique, enfumaient le quartier et faisaient du bruit toute la nuit (musique, hurlements, etc.). Le terrain de foot va ĂȘtre dĂ©placĂ© et remplacĂ© par un ensemble d’immeubles.

– SignalĂ© aussi les stationnement en triple files et les accidents Ă  rĂ©pĂ©tition (quasi hebdomadaires) Ă  l’intersection de ma rue (une anarchie qui existait depuis 1984). J’ai pu obtenir plus tĂŽt que prĂ©vu le rĂ©amĂ©nagement de l’intersection. La situation s’est nettement amĂ©liorĂ©e.

– SignalĂ© encore les auvents de commerces fermĂ©s depuis longtemps, dont certains rouillĂ©s et cassĂ©s volent au vent et peuvent prĂ©senter des dangers pour les passants. La mairie nous envoie au privé  Normalement les commerces sont tenus de payer quelque chose Ă  la mairie pour les auvents. Apparemment pas Ă  Aubervilliers. Pourtant la mairie avait lancĂ©e en 2013, une charte d’embellissement des façade des commerces de la ville


– J’alerte aujourd’hui la police de la confiscation de l’espace public par des dealers qui se croient au pied d’une citĂ© alors que ce n’est pas le cas. DotĂ©s de chiens Pitbulls sans museliĂšre ni laisse, ils cherchent Ă  imposer leur loi en nous menaçant. Ces gamins nous proposent leur protection


4 – La ville

– Pour avoir la fibre optique, j’ai dĂ» mandatĂ© un installateur privĂ© (avec facture de 4000 euros). L’implantation de la fibre sur la ville est trĂšs en retard en comparaison avec Paris. L’OPHLM avait laissĂ© trainĂ© les dossiers avec les opĂ©rateurs historique (SFR, Orange, Free)


– Intimidation du personnel de la Mairie qui ne se privent pas de nous dire que si nous les dĂ©rangeons, ils nous chercherons des ennuis « Omerta » un sentiment pesant d’impunitĂ© sur la ville d’Aubervilliers, quelques « anciens » Ă©lus considĂšrent qu’ils ne doivent pas collaborer avec la Police Nationale
 rejet du droit de propriĂ©tĂ© ;

– J’avais personnellement insistĂ© auprĂšs de la rĂ©dactrice en chef du journal local l’Aubermensuel pour faire parler du projet Impulse (un projet EuropĂ©en de rapprochement police/population) ;

– La ville fait face Ă  des incivilitĂ©s constantes, violences, abus de pouvoir, spoliations , incompĂ©tences, vols Ă  la portiĂšre, prĂ©dations, dĂ©prĂ©dations, populations rĂ©signĂ©es qui ont abandonnĂ© tout combat.

Jean-SĂ©bastien

Publié également sur Riposte Laïque

Vous avez aimé cet article ?

EuroLibertĂ©s n’est pas qu’un simple blog qui pourra se contenter ad vitam aeternam de bonnes volontĂ©s aussi dĂ©vouĂ©es soient elles
 Sa promotion, son dĂ©veloppement, sa gestion, les contacts avec les auteurs nĂ©cessitent une Ă©quipe de collaborateurs compĂ©tents et disponibles et donc des ressources financiĂšres, mĂȘme si EuroLibertĂ©s n’a pas de vocation commerciale
 C’est pourquoi, je lance un appel Ă  nos lecteurs : NOUS AVONS BESOIN DE VOUS DÈS MAINTENANT car je doute que George Soros, David Rockefeller, la Carnegie Corporation, la Fondation Ford et autres Goldman-Sachs ne soient prĂȘts Ă  nous aider ; il faut dire qu’ils sont trĂšs sollicitĂ©s par les medias institutionnels
 et, comment dire, j’ai comme l’impression qu’EuroLibertĂ©s et eux, c’est assez incompatible !
 En revanche, avec vous, chers lecteurs, je prends le pari contraire ! Trois solutions pour nous soutenir : cliquez ici.

Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.