CrĂ©Ă© en 1905 avec comme objectif l’indĂ©pendance de l’Irlande face Ă  l’envahisseur anglais, le Sinn FĂ©in, qui signifie en gaĂ©lique « Nous-mĂȘmes », est un mouvement nationaliste, comme son nom l’indique, et catholique, la religion Ă©tant ici comme ailleurs souvent, un vecteur politique d’identitĂ©, face Ă  des Britanniques protestants.

Attentats, violences, affrontements armĂ©s, reprĂ©sailles terribles, ponctuent les annĂ©es de l’indĂ©pendance jusqu’en 1921. Les noms d’Arthur Griffith, fondateur du Sinn FĂ©in, et d’Eamon de Valera, irrĂ©dentiste refusant la partition de l’Irlande de 1921, sont les symboles d’une histoire mouvementĂ©e et douloureuse. Histoire qui recĂšle par ailleurs une tentative de fondation d’une monarchie irlandaise Ă  l’initiative d’une partie du Sinn FĂ©in jusqu’en 1932.

L’évolution du Sinn FĂ©in repose sur la recherche exclusive des intĂ©rĂȘts, Ă  ses yeux, de l’Irlande, quelle que soit la situation politique du XXe siĂšcle. Pendant la Ire Guerre mondiale, le Sinn FĂ©in se rapproche de l’Allemagne, certains de ses membres en feront de mĂȘme avant la IIe Guerre mondiale. Quiconque s’oppose Ă  l’Anglais honni peut ĂȘtre un alliĂ©. La lutte d’une part pour une indĂ©pendance souveraine de l’Irlande du Sud, acquise en 1949, et d’autre part, pour le rattachement de l’Irlande du Nord, ne cessera pour les six comtĂ©s de l’Ulster, qu’en 1998. Entre 1969 et 1998, elle causera 3 500 morts.

Le Sinn FĂ©in et son Ă©manation armĂ©e, l’Irish Republican Army (IRA), vĂ©hicule une odeur de soufre, de secrets, et aussi en mĂȘme temps une passion charnelle et romantique, parfaitement retransmise dans le film de John Ford, L’homme tranquille.

En 1970, une scission de l’IRA entraĂźne celle du Sinn FĂ©in. Les uns, l’IRA « Provisoire », partisans de la lutte armĂ©e, les autres, l’IRA « Officielle », plus consensuels et obĂ©issant Ă  la direction de Dublin. Entre autres paramĂštres, une marxisation de l’IRA depuis les annĂ©es soixante n’est pas neutre et marque un inflĂ©chissement politique de l’IRA en mĂȘme temps qu’un abandon de ses valeurs originelles, comme l’ont connu Ă  la mĂȘme Ă©poque le FLB (loin du traditionnel Breiz Atao, « Bretagne toujours ») et l’ETA (Euskadi Ta Askatasuma, « Pays Basque et Liberté »).

En 1998, les accords du « Vendredi saint » mettent fin au conflit armĂ© entre Catholiques nationalistes de l’IRA et Protestants unionistes. Ces accords, fragiles et complexes, imposent une collaboration gouvernementale proportionnelle Ă  la reprĂ©sentation du Parlement, entre Nationalistes et Unionistes. Un art difficile qui connaĂźt bien des embĂ»ches et mĂȘme une carence gouvernementale pendant cinq ans. Les Ă©lections d’Irlande du Nord de 2016 voient le succĂšs du DUP (Unionistes) et de l’UUP (Unionistes modĂ©rĂ©s) malgrĂ© une poussĂ©e du Sinn FĂ©in Ă  28 dĂ©putĂ©s sur 108 (le DUP en obtient 38 Ă  lui seul).

Un conflit opposant la PremiĂšre Ministre unioniste, Madame ArlĂšne Foster, accusĂ©e de corruption Ă  propos de subventions pour les Ă©nergies renouvelables, et le Sinn FĂ©in, provoque la dĂ©mission de Martin Mac Guiness, leader du Sinn FĂ©in au Parlement. Cette dĂ©mission entraĂźne automatiquement celle de Madame Foster, conformĂ©ment aux accords de 1998, et l’organisation de nouvelles Ă©lections le 2 mars 2017.

Le Sinn FĂ©in obtient 27 dĂ©putĂ©s (sur 90 et non plus 108) et 27 % des voix. Un record, alors que le DUP n’en obtient que 28 et l’UUP, 10, contre 12 au Parti social-dĂ©mocrate (SDLP), proche du Sinn FĂ©in.

Cet imbroglio repose sur une situation traditionnelle de bras de fer entre Unionistes et Nationalistes, mais aussi sur un autre enjeu : l’intĂ©gration europĂ©enne.

Si l’Irlande du Nord reste rattachĂ©e au Royaume-Uni, ce que veulent les Unionistes, elle fait donc partie du Brexit. En revanche, si le Sinn FĂ©in entretient un climat politique conflictuel favorable, semble-t-il, Ă  ses idĂ©es, et devient majoritaire avec le SDLP, un rattachement Ă  Dublin est envisageable, et avec lui un « retour » dans l’Union EuropĂ©enne, porteuse d’une manne financiĂšre pour une Irlande du Nord en difficultĂ©s.

DĂ©cidĂ©ment, le Sinn FĂ©in est devenu un mouvement « comme les autres » qui ne pense qu’à se fondre dans les miasmes de l’UE, peut-ĂȘtre simplement parce que la Grande Bretagne n’en veut plus


DĂ©gĂąt collatĂ©ral du Brexit, la situation de l’Irlande du Nord n’en finit pas de se normaliser dans la confusion. Triste Sinn FĂ©in.

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Philippe Randa,
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A propos de l'auteur

Richard Dessens

Enseignant pendant plusieurs annĂ©es dans une Ă©cole prĂ©paratoire aux concours d’entrĂ©e aux IEP et Écoles de journalisme, Richard Dessens crĂ©e et dirige parallĂšlement une troupe de thĂ©Ăątre dans la rĂ©gion de Montpellier. Docteur en droit, DEA de philosophie et licenciĂ© en histoire, il est l’auteur d’ouvrages de philosophie et d’histoire des idĂ©es politiques, de relations internationale. Son dernier livre paru est "Henri Rochefort ou la vĂ©ritable libertĂ© de la presse" aux Ă©ditions Dualpha.

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