FocalisĂ©s par la campagne prĂ©sidentielle française, les commentateurs politiques ne se sont pas intĂ©ressĂ©s aux Ă©lections provinciales survenues en Inde ce printemps. À tort ! Cinq provinces (l’Uttar Pradesh, Goa, Manipur, le Pendjab et l’Uttarakhand) renouvelaient leur parlement local. L’enjeu Ă©tait de taille pour le Premier ministre fĂ©dĂ©ral, le nationaliste Narendra Modi. D’abord, avec 220 millions d’habitants, l’Uttar Pradesh est l’État le plus peuplĂ© de l’Union indienne, ce qui donne une indication fiable de l’opinion publique.

Ensuite, en novembre 2016, afin de lutter contre la corruption, l’enrichissement mafieux et le travail au noir, Modi ordonna le retrait immĂ©diat des grosses coupures alors que 98 % des transactions financiĂšres se rĂ©alisent par des paiements liquides, provoquant ainsi un incroyable chaos Ă©conomique et monĂ©taire. Enfin, ces Ă©lections avaient valeur de test national pour le BJP (Parti du peuple hindou) au pouvoir depuis juin 2014. À la surprise gĂ©nĂ©rale, le BJP de Modi a remportĂ© quatre provinces sur cinq, seul le Pendjab est revenu Ă  l’opposition (le Parti du CongrĂšs). En Uttar Pradesh, le scrutin majoritaire uninominal Ă  un tour accorde au BJP prĂšs de 310 siĂšges sur 403 !

CrĂ©Ă© en 1980, le BJP obtint quatre ans plus tard 7,74 % et deux siĂšges de dĂ©putĂ©s fĂ©dĂ©raux. Au pouvoir entre 1998 et 2004 dans le cadre de l’Alliance dĂ©mocratique nationale (ADN) qui fĂ©dĂšre vingt-quatre partis dont le Shiv Shena du Maharashtra et l’étonnant Parti socialiste rĂ©volutionnaire bolchevik au KĂ©rala, le BJP conforte son assise Ă©lectorale pour les Ă©chĂ©ances de 2019 et renforce la popularitĂ© de son chef. En fin politique, Narendra Modi a choisi comme Ministre en chef (Premier ministre rĂ©gional) de l’Uttar Pradesh un sadhu, un ascĂšte hindou. Ancien dĂ©putĂ© fĂ©dĂ©ral de 44 ans, Shri Yogi Adityanah souhaite interdire l’abattage des vaches au nom de l’Hindutva (l’hindouitĂ©).

Poursuivi dans dix-huit affaires judiciaires pour incitation Ă  la haine et un temps emprisonnĂ© pour incitation Ă  la violence, le nouvel homme fort de l’Uttar Pradesh s’oppose avec force aux deux religions Ă©trangĂšres qui menacent l’identitĂ© spirituelle indienne : l’islam (les musulmans sont 138 millions, soit 13,4 %) et les diffĂ©rents prosĂ©lytismes chrĂ©tiens.

Il est regrettable de ne pas s’intĂ©resser Ă  l’Inde, car une vĂ©ritable rĂ©volution nationale s’opĂšre dans ce pays qui, en 2050, sera le plus peuplĂ© au monde.

Bonjour chez vous !

Cette chronique hebdomadaire du Village planétaire a été diffusée sur Radio-Libertés le 9 juin 2017.

Les derniĂšres annĂ©es de l’Inde française (Éd. DĂ©terna)

Les derniĂšres annĂ©es de l’Inde française (Éd. DĂ©terna)

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