Le gouvernement allemand vient d’autoriser l’ouverture d’une enquĂȘte Ă  l’encontre de l’humoriste Jan Böhmermann, en vertu des lois sur la diffamation, aprĂšs un sketch controversĂ© oĂč il s’en prend au dirigeant turc Recep Erdogan
 Son « poĂšme » est certes particuliĂšrement outrageant, puisque ce dernier y est prĂ©sentĂ© comme amateur de galipettes sexuelles avec des partenaires trĂšs en deça de la limite d’ñge judiciairement tolĂ©rĂ©e, et plus encore de pratiques contre-nature avec l’espĂšce caprine


Sa « TĂȘte de Turc » au sens de l’humour qu’on peut comprendre limitĂ© a immĂ©diatement portĂ© plainte en se basant sur un article du code pĂ©nal allemand : insulter le reprĂ©sentant d’un État Ă©tranger est en effet un dĂ©lit passible de trois ans de prison.

Le Monde nous rappelle que « certes l’article remonte Ă  1871. Son objectif Ă©tait d’éviter une escalade qui pourrait dĂ©boucher sur un conflit armĂ©, ce qui n’est plus d’actualité », mais qu’il n’a plus servi depuis les annĂ©es 70 du siĂšcle dernier, en l’occurrence Ă  la demande du chah d’Iran et du gĂ©nĂ©ral Pinochet


Il fallait toutefois que le gouvernement allemand donne son feu vert Ă  la justice pour qu’elle entre en jeu. Ne pas s’y rĂ©soudre aurait pu dĂ©boucher sur une crise diplomatique certaine. Celle-ci est donc Ă©vitĂ©e. Pas la crise politique, puisque le parti social-dĂ©mocrate (SPD) a immĂ©diatement dĂ©savouĂ© publiquement cette dĂ©cision de la chanceliĂšre : une premiĂšre depuis l’entrĂ©e en fonction de l’actuel gouvernement en dĂ©cembre 2013 !

Angela Merkel a tenu Ă  prĂ©ciser, pour justifier la dĂ©cision de son gouvernement, que « dans un État de droit, il ne revient pas au gouvernement, mais au procureur et au juge d’évaluer le droit de la personne par rapport Ă  la libertĂ© de la presse et de l’art
 »

Et auparavant, elle avait Ă©galement rappelĂ© son engagement « à ce que des droits fondamentaux comme la libertĂ© d’opinion, la libertĂ© artistique ou la libertĂ© de la presse soient respectĂ©s (et qu’elle exigeait) aussi ce respect et cette protection de la part de la Turquie  »

Elle n’en apparaĂźt pas moins dĂ©sormais comme celle qui a cĂ©dĂ© aux ordres du MaĂźtre d’Ankara, connu pour limiter de façon souvent brutale la libertĂ© d’expression dans son propre pays


Si tous les goĂ»ts sont dans la nature, l’humour n’a donc pas tous les droits dans l’espace public allemand, en tout cas pas davantage que dans le nĂŽtre, l’humoriste DieudonnĂ© l’ayant appris Ă  ses dĂ©pends, bien avant son confrĂšre teuton


A propos de l'auteur

Philippe Randa

Directeur du site EuroLibertĂ©s. Ancien auditeur de l’Institut des Hautes Études de DĂ©fense Nationale, chroniqueur politique, Ă©diteur (Ă©ditions Dualpha, DĂ©terna et L'Æncre) et auteur de plus d’une centaine de livres. SociĂ©taire de l’émission « Bistrot LibertĂ© » sur TVLibertĂ©s, il co-anime avec Roland HĂ©lie l'Ă©mission « SynthĂšse » sur Radio LibertĂ©s tous les jeudi. Ses chroniques politiques sont publiĂ©es chaque annĂ©e en recueil sous le titre : « Chroniques barbares ».

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