Norbert Hofer, candidat de la formation populiste FPÖ, a raté de très peu la présidence de l’Autriche. EuroLibertés, conformément à sa vocation, souhaite faire connaitre les réactions de journalistes, d’essayistes et d’hommes politiques sur les répercussions de ce résultat extrêmement significatif au sein d’un pays de l’Union européenne.

Quelles répercussions pour l’Autriche ?

Je me félicite d’abord du magnifique résultat enregistré au deuxième tour par candidat patriote en Autriche : certes. Norbert Hofer ne l’a pas emporté, mais cet échec est relatif si l’on considère que le candidat du FPÖ a dû affronter, seul contre tous, les forces coalisées de LrPs locale ainsi que les principaux médias. Compte tenu du socle électoral inédit enregistré par Norbert Hofer, qui place le FPÖ comme première force politique en Autriche, cette défaite est plus qu’honorable : en un mot comme en cent, le capital électoral ainsi engrangé par le parti patriote augure à mes yeux de futures victoires électorales des patriotes. 

Le niveau jamais atteint dans les urnes par le FPÖ va fortement « droitiser » le débat politique dans les mois à venir : les questions migratoire, identitaire et celle liée au poids excessif des institutions européennes, – qui ont toutes dominées la campagne des présidentielles –, seront désormais au centre de l’actualité politique autrichienne. Plus concrètement, au plan intérieur comme au plan européen, le chancelier ne pourra ignorer, dans la mise en œuvre de la politique gouvernementale autrichienne, les logiques idéologiques qui ont été à l’œuvre à l’occasion de ce vote.

Quelles répercussions pour l’Union européenne ?

Depuis plusieurs mois, je ne cesse de prédire la montée en puissance d’un bloc eurosceptique sur notre continent : des pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, Tchéquie, Slovaquie) à la Suisse, en passant par la Grande-Bretagne, je constate l’ampleur d’un vent nouveau qui souffle sur l’Europe : un courant politique souverainiste au plan institutionnel, conservateur au plan sociétal et « libéral » au plan économique. Avec l’excellent résultat enregistré par Norbert Hofer lors des élections à la présidence de la République autrichienne, ce bloc eurosceptique pèsera encore davantage dans le rapport de force qui l’oppose, à Bruxelles, au bloc européiste piloté depuis toujours par l’Allemagne avec, à ses flancs, les pays du Bénélux et certains pays scandinaves.

Cette conviction personnelle s’est renforcée depuis mes récents déplacements, voici dix jours, à Prague et à Dresde, à l’occasion desquels j’ai participé, au nom du SIEL, à la fondation de « Forteresse Europe », un mouvement pan-européen de lutte contre le chaos migratoire et de sauvegarde de notre civilisation européenne : de nombreux partis européens étaient présents à l’occasion de cet événement, tous animés par un même élan, une même combativité, une même espérance…

Quelles répercussions sur l’élection présidentielle française de l’année prochaine ?

Le poids du candidat patriote dans les urnes autrichiennes, lors de ces présidentielles, va accroître considérablement la légitimité en France de la ligne politique de Marine Le Pen (dont le parti siège au Parlement européen dans le même groupe que le FPÖ) sur les questions migratoires et européennes, au détriment des projets défendus par le PS et LR, dont les frères jumeaux social-démocrate et conservateur ont été, rappelons-le, éliminés dès le premier tour en Autriche… Cette perspective politique prendra encore davantage consistance si les électeurs britanniques font le choix le 23 juin prochain, avec le Brexit, de voter pour la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne.

Quelles autres répercussions envisagez-vous ?

La politique est à mes yeux un rapport de force perpétuel. Considérant que l’avenir de la France doit se conjuguer avec un idéal européen, je vois avec bonheur un basculement idéologique historique des Européens en faveur d’un modèle de construction confédéral qui tournerait définitivement le dos au processus d’intégration uniforme et autoritaire imposé actuellement par l’Union européenne, laquelle vise au fond à anéantir les États et à dissoudre l’identité des peuples. Le paradigme national-identitaire a déjà gagné la bataille des idées ; avec la « quasi-victoire » de Norbert Hofer, il est en passe de remporter celle de urnes partout en Europe. Prochains rendez-vous pour confirmer cette intuition : le Brexit en juin prochain outre-Manche et les élections présidentielles françaises en 2017…