Pour nombre d’avis autorisĂ©s, adeptes du « mainstream » mondialisĂ©, le chaos d’un Frexit serait jugĂ© pire que la chute de Lehman Brothers ! Rien de moins !

Selon cette thĂšse, qui ne fait pas l’unanimitĂ©, est rejetĂ©e par divers experts, dont deux prix Nobel d’économie, l’incertitude qui pĂšse sur les partis traditionnels et le risque qu’ils connaissent une dĂ©route Ă©lectorale Ă  la prĂ©sidentielle, favorise le dĂ©bat autour du Frexit. Cette hypothĂšse en alarme plus d’un, ne craignant ni plus ni moins qu’un « arrĂȘt cardiaque » de la finance mondiale et une facture particuliĂšrement lourde pour les plus pauvres.

Ce sujet majeur de politique Ă©trangĂšre et europĂ©enne, est assez peu dĂ©battu en France et comme le fait justement remarquer le prĂ©sident du think-tank, IFRI, l’Institut Français des Relations internationales, Thierry de Montbrial, alors qu’il engage de façon majeure notre avenir et celui de nos enfants. Selon l’agence de notation Moody, ce risque de Frexit, mĂȘme s’il ne paraĂźt pas s’imposer, est de plus en plus prĂ©gnant, croissant.

Les candidats de droite, du centre et de la gauche, n’envisagent pas une sortie de l’Europe, alors que le Front national, mais aussi d’autres tendances d’extrĂȘme droite, ainsi que la gauche radicale de Jean-Luc MĂ©lenchon retiennent cette option, en plan B. Rappelons que l’argument principal des partisans du Frexit est que la France retrouverait sa souverainetĂ©, diluĂ©e par la construction europĂ©enne.

Le retour vers la Grandeur du passé

Les partisans du Frexit, non sans argumentation valide, articulent leur pensée autour de quelques éléments forts :

– « Small is beautiful », disent-ils, Ă  l’instar de Singapour : une Ă©conomie, mĂȘme petite, avec sa propre monnaie, peut ĂȘtre florissante ;

– L’or, dans le cadre de l’établissement d’une monnaie commune, serait la rĂ©fĂ©rence physique Ă  partir de laquelle les monnaies Ă©volueraient et se rĂ©ajusteraient ;

– La sortie de l’Euro se traduirait certes dans un premier temps par une baisse de l’épargne, une rĂ©gression du PIB, mais l’importance de tels effets doit ĂȘtre inscrite dans la durĂ©e et serait aussi fonction des politiques de relance de la croissance, de la consommation, des Ă©changes commerciaux et pour tout dire de la confiance ;

– La dette pourrait certes, dans un premier temps, augmenter de 10 %, mais en revenant sur la lĂ©gislation de 1973, la France pourrait se la rĂ©approprier (alors mĂȘme qu’aujourd’hui 66 % de la dette est dĂ©tenue par des intĂ©rĂȘts Ă©trangers) et ce faisant, par l’alimentation de celle-ci par le TrĂ©sor par des Ă©missions Ă  taux zĂ©ro, ĂȘtre gĂ©rĂ©e dans l’intĂ©rĂȘt des Français, alors que le remboursement du capital pourrait lui aussi commencer ;

– La France est un contributeur net au budget de l’Union europĂ©enne depuis 2000, Ă  concurrence de 8 milliards d’euros et cette somme pourrait ĂȘtre rĂ©cupĂ©rĂ©e et rĂ©orientĂ©e vers des secteurs prioritaires tels que l’agriculture.

Frexit ou renégociation ?

Dans la campagne du Front national, qui ne cesse d’attaquer l’Europe, le thĂšme du Frexit est paradoxalement prĂ©sent mais discret. Est-ce Ă  dire qu’à l’approche du pouvoir, les choses seraient perçues telles quelles sont, c’est-Ă -dire de maniĂšre plus complexe ?

Ainsi, lors d’une confĂ©rence de presse sur la monnaie, dĂ©but mars, Marine Le Pen n’a pas prononcĂ© le mot Frexit, mais a prĂ©fĂ©rĂ© insister sur le retour Ă  l’indĂ©pendance monĂ©taire. Mais paradoxalement, si le Frexit n’est pas son thĂšme de prĂ©dilection, c’est elle qui capitalise le plus sur ce thĂšme en raison d’une assise Ă©lectorale plus large que les autres candidats, et de la stratĂ©gie de victimisation permanente dans laquelle le FN se place : l’Europe et l’euro sont accusĂ©s de tous les maux, alors que les Français sont les victimes.

Une attitude pragmatique, ouverte Ă  l’avenir, pourrait peut-ĂȘtre consister Ă  s’orienter sans provocation et sans promesse intenable, vers la rĂ©activation de l’or comme « monnaie » pivot de rĂ©fĂ©rence entre les monnaies, lors de leurs rĂ©Ă©valuations/dĂ©valuations, tout en s’interrogeant sur le bien-fondĂ© de la crĂ©ation d’un FME, d’un Fonds MonĂ©taire EuropĂ©en, qui Ă  l’instar du FMI avec les DTS, pourrait Ă©mettre une nouvelle unitĂ© de rĂ©fĂ©rence, composĂ©e de diffĂ©rentes monnaies europĂ©ennes ; il pourrait aussi, en cas de maintien de la France dans l’euro, ĂȘtre appuyĂ© sur cette monnaie.

Enfin en matiĂšre monĂ©taire, comme ailleurs, posons-nous la question de savoir s’il ne vaut pas mieux une souverainetĂ© partagĂ©e, mais rĂ©elle, plutĂŽt qu’une souverainetĂ© retrouvĂ©e, mais largement virtuelle, compte tenu des contraintes ?

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