par Olivier Bault.

Les trois partis de la grande coalition en place depuis 2013 – la CDU d’Angela Merkel, son parti frĂšre bavarois CSU et le SPD social-dĂ©mocrate sous la houlette de Martin Schulz – sont parvenus mercredi Ă  un accord pour continuer de gouverner ensemble.

Avec moins de 33 % des voix pour la CDU-CSU et moins de 21 % pour le SPD aux Ă©lections fĂ©dĂ©rales du 24 septembre dernier, ces partis avaient rĂ©alisĂ© leur plus mauvais score de l’aprĂšs-guerre.

C’est malgrĂ© tout le SPD qui sort gagnant de ces nĂ©gociations, en obtenant le ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres pour l’ancien prĂ©sident du Parlement europĂ©en Martin Schulz. Schulz est un europĂ©iste convaincu qui a surtout laissĂ© Ă  Strasbourg et Bruxelles le souvenir d’un gauchiste sectaire. Il va donc abandonner ses fonctions de prĂ©sident du SPD. Le SPD prendra aussi la tĂȘte du ministĂšre des Finances et du ministĂšre du Travail. Martin Schulz s’est rĂ©jouit de cet accord en y voyant l’occasion pour l’Allemagne de reprendre son leadership au sein de l’Union europĂ©enne. L’ex-trotskyste français Pierre Moscovici, commissaire europĂ©en aux affaires Ă©conomiques et monĂ©taires, voit aussi dans cet accord une bonne nouvelle pour l’Europe. RĂ©action enthousiaste aussi du prĂ©sident du Parti populaire europĂ©en (PPE), le groupe politique auquel appartiennent Les RĂ©publicains français : l’Allemand Manfred Weber parle d’un gouvernement allemand « prĂȘt Ă  contribuer Ă  une Europe plus forte et meilleure » et qui « est une rĂ©ponse aux populistes ». Schulz, qui dit avoir souvent parlĂ© au prĂ©sident français Emmanuel Macron au tĂ©lĂ©phone, a dĂ©clarĂ© vouloir « une Europe meilleure et plus juste » qu’il compte construire en partenariat avec Paris. Il est vrai qu’avec une telle coalition de gouvernement Ă  Berlin et de tels ministĂšres aux mains du SPD, Macron peut espĂ©rer un soutien de l’Allemagne Ă  son projet de fĂ©dĂ©ralisation d’une partie de l’Union europĂ©enne, dans le cadre d’une UE Ă  deux vitesses.

Le SPD à 17% d’intentions de vote

Le journal allemand Bild parle du premier gouvernement SPD dirigĂ© par un chancelier de la CDU. Le Frankfurter Allgemeine Zeitung estime qu’il ne reste de la CDU plus que
 Merkel et affirme que l’inquiĂ©tude est grande au sein du parti de la chanceliĂšre de voir lui Ă©chapper les Finances au profit du SPD. En compensation, le ministĂšre de l’IntĂ©rieur reviendra au chef de la CSU et ministre-prĂ©sident de BaviĂšre, Horst Seehofer, afin sans doute de donner quelques garanties en matiĂšre de maĂźtrise de l’immigration. La CSU et Seehofer demandent depuis longtemps des politiques plus strictes dans ce domaine. La CDU devra se consoler avec, outre bien sĂ»r la chancellerie, le ministĂšre de l’Économie et d’autres ministĂšres de moindre importance.

Le SPD doit nĂ©anmoins encore consulter sa base sur cet accord de gouvernement, ce qui prendra jusqu’au 2 mars. C’est sans doute parce que le rĂ©sultat de la consultation est incertain que ce parti, qui n’est plus donnĂ© qu’à 17 % des intentions de vote, a pu obtenir des concessions majeures Ă  la fois en termes de ministĂšres et de programme de gouvernement.

Article paru dans les colonnes du quotidien Présent.

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