Contrairement aux idĂ©es reçues, finance et politique forment un excellent duo. Aux temps de la Rome antique, les patriciens de la RĂ©publique se dĂ©diaient aux affaires publiques tandis que leurs esclaves les plus dĂ©vouĂ©s, en hommes de paille avisĂ©s, faisaient du nĂ©goce. Au Moyen Âge et Ă  la Renaissance, les citĂ©s italiennes ou celles de la Ligue HansĂ©atique dans le Saint Empire romain germanique Ă©taient le thĂ©Ăątre de vives confrontations entre de vieilles lignĂ©es terriennes de l’aristocratie et les jeunes bourgeoisies enrichies par le commerce et la banque (les MĂ©dicis Ă  Florence).

Si l’élection de Donald Trump Ă  la prĂ©sidence des États-Unis est une grande surprise pour le XXIe siĂšcle, sa rĂ©ussite repose sur quelques prĂ©cĂ©dents. Il y a 25 ans, le milliardaire texan indĂ©pendant Ross Perot que Trump soutint un moment recueillait 18,9 % des suffrages, empĂȘchait la rĂ©Ă©lection de George Bush pĂšre et favorisait indirectement l’élection de Bill Clinton. Quatre ans plus tard, toujours candidat sur des thĂšmes protectionnistes et hostiles au libre-Ă©change, Perot n’obtenait que 8,4 %, dĂ©passĂ© par un Clinton, grand sĂ©ducteur d’électeurs, vĂ©ritables Monica Lewinski politiques.

Sur cette terre par excellence du progressisme, de la modernitĂ© et de l’individualisme que sont les États-Unis, Donald Trump reprĂ©sente aux yeux de ses compatriotes le « rĂȘve amĂ©ricain », le self-made-man, dur au travail, qui s’est bĂąti une vie prospĂšre grĂące Ă  l’alchimie dĂ©licate d’une farouche volontĂ©, d’un toupet extraordinaire et d’une chance inouĂŻe. Longtemps, des gĂ©nĂ©raux victorieux, George Washington (1789-1797), Andrew Jackson (1829-1837), vainqueur des Britanniques Ă  La Nouvelle-OrlĂ©ans en 1815, Zachary Taylor (1849-1850), Ulysses Grant (1869-1877) qui triompha de la Guerre de SĂ©cession, ou Dwight Eisenhower (1953-1961), occupĂšrent le Bureau ovale. Aujourd’hui, la guerre ayant pris une tournure Ă©conomique, c’est au tour des hommes d’affaires, surtout si leur notoriĂ©tĂ© s’alimente d’articles de presse people et d’une intĂ©gration – ancienne et remarquable – au « mĂ©diacosme ».

Homme d’argent, Donald Trump est aussi un homme d’images. Avant d’ĂȘtre une vedette de la tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ©, il figura dans des Ă©pisodes de feuilletons tĂ©lĂ©visĂ©s (Le Prince de Bel-Air, Spin City, Sex and the City, etc.) ou fut citĂ© dans certains films tels Retour vers le futur 2 sous les traits du mĂ©chant Biff Tannen ou dans Gremlins 2 ; La nouvelle gĂ©nĂ©ration en tant que Daniel Clamp, voire en jouant son propre rĂŽle truculent (Maman, j’ai encore ratĂ© l’avion, Zoolander ou L’Amour sans prĂ©avis). S’affranchissant de tous les codes, Donald Trump rejoint le pĂ©core Mister Smith, cet idĂ©aliste novice en politique, Ă  la diffĂ©rence toutefois que le prĂ©sident Ă©lu connaĂźt fort bien le marigot politicien.

Le 7 novembre dernier, Arte diffusait d’ailleurs en soirĂ©e Monsieur Smith au SĂ©nat, la satire fĂ©roce des mƓurs politiques de Washington rĂ©alisĂ©e par Frank Capra en 1939. À l’insu de son plein grĂ©, la chaĂźne franco-allemande annonçait le sĂ©isme planĂ©taire du lendemain.

Bonjour chez vous !

Cette Chronique hebdomadaire du Village planétaire N° 9 a été diffusée sur Radio Libertés, le 18 novembre 2016.

Vous avez aimé cet article ?

EuroLibertĂ©s n’est pas qu’un simple blog qui pourra se contenter ad vitam aeternam de bonnes volontĂ©s aussi dĂ©vouĂ©es soient elles
 Sa promotion, son dĂ©veloppement, sa gestion, les contacts avec les auteurs nĂ©cessitent une Ă©quipe de collaborateurs compĂ©tents et disponibles et donc des ressources financiĂšres, mĂȘme si EuroLibertĂ©s n’a pas de vocation commerciale
 C’est pourquoi, je lance un appel Ă  nos lecteurs : NOUS AVONS BESOIN DE VOUS DÈS MAINTENANT car je doute que George Soros, David Rockefeller, la Carnegie Corporation, la Fondation Ford et autres Goldman-Sachs ne soient prĂȘts Ă  nous aider ; il faut dire qu’ils sont trĂšs sollicitĂ©s par les medias institutionnels
 et, comment dire, j’ai comme l’impression qu’EuroLibertĂ©s et eux, c’est assez incompatible !
 En revanche, avec vous, chers lecteurs, je prends le pari contraire ! Trois solutions pour nous soutenir : cliquez ici.

Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.