J’ai souvent eu l’occasion de m’exprimer, tout Ă  fait incidemment d’ailleurs, sur l’humour sans pour autant m’étendre sur la vraie nature et sur les effets bienfaisants de cette forme d’esprit. Qu’est-ce que l’humour ? Tout lycĂ©en de classe terminale en donnait naguĂšre la dĂ©finition suivante : « L’humour est la politesse du dĂ©sespoir » 

AttribuĂ©e Ă  Boris Vian, il semble pourtant qu’elle lui soit antĂ©rieure. Il en dĂ©coule tout naturellement que « le manque d’humour est l’impolitesse de l’espoir. »

Ionesco clĂŽt le dĂ©bat impĂ©rieusement : « OĂč il n’y a pas d’humour, il n’y a pas d’humanitĂ©. »

À bon entendeur, salut !

Harold Mac Millan

Harold Mac Millan

Quoi qu’il en soit, l’erreur Ă  ne pas commettre est de le confondre avec l’esprit ou l’ironie. Prenons l’exemple de Charles de Gaulle auquel certains de ses proches reconnaissaient ce trait. Pour Harold Mac Millan, Premier ministre de sa Gracieuse MajestĂ©, « De Gaulle avait de l’esprit, mais pas d’humour. »

Pour Jean Cau le polĂ©miste, l’ironie Ă©tait sous-jacente : « L’humour de de Gaulle est un humour royal. Je veux dire qu’il tombe de haut, ne souffre pas la rĂ©plique et assomme la victime. »

L’humour est parfois enfant de poĂšme, ainsi pour Jacques PrĂ©vert « l’humour est enfant de nos haines ». DĂšs lors, oĂč mieux que dans le monde politique cet Ă©trange constat est-il le plus rĂ©vĂ©lateur ?

DĂ©jĂ  Danton maĂźtrisait brillamment l’exercice pour moquer ses vices tout en taquinant le vertueux Maximilien : « Moi vendu ? Les hommes de ma trempe sont impayables. »

Ne dit-on pas encore aujourd’hui que dans les eaux troubles parlementaires « un parfait honnĂȘte homme, c’est quelqu’un qui n’a jamais Ă©tĂ© pris en flagrant dĂ©lit », ou encore que l’« on rencontre beaucoup de bandits de grand chemin sur les sentiers de la rĂ©ussite ». Ce qui permet d’affirmer que « dans le domaine judiciaire, si les prĂ©venus l’étaient Ă  temps, le banc des accusĂ©s serait souvent vide. »

Face aux palinodies politiciennes (quelques participations surprenantes au premier gouvernement de l’ùre Macron, telles celles des de Sarnez, Bayrou, Darmanin, Philippe et autres
 en constituent un concentrĂ© aussi pimentĂ© qu’exemplaire) je comprends mieux que jamais ce coquin d’Edgar Faure qui confessait benoĂźtement : « Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent. »

De l’incorruptible Ă  l’insubmersible, il y a un pas que Churchill franchit allĂ©grement : « Le succĂšs consiste Ă  aller d’échec en Ă©chec sans perdre son enthousiasme » (ce qui me fait irrĂ©sistiblement penser Ă  un de nos contemporains bĂ©arnais, pas vous ?).

Encore que quelque poissard ne s’en relĂšvera jamais : « Il Ă©tait considĂ©rĂ© comme un « has been » sans jamais avoir rien Ă©tĂ©. Ce fut sa seule rĂ©ussite. »

Mais Ă  en croire l’humoriste, tout n’est pas perdu car « la vie est un brouillon que les nĂ©crologies mettent au propre. »

Et justement pour traiter aimablement des fins derniĂšres de l’homme sur notre vieille terre, qui mieux qu’Alexandre Vialatte ? « L’homme n’est que poussiĂšre. On voit lĂ  l’importance du plumeau. »

L’humour est aussi une thĂ©rapie dans la mesure oĂč, traitĂ© avec philosophie, il contribue Ă  Ă©liminer les humeurs atrabilaires causĂ©es par autrui. Montesquieu en savait quelque chose lui qui affirmait : « Moi, j’aime l’humanitĂ© parce que cela me permet de haĂŻr mon voisin. »

Pour Courteline, un maĂźtre en la matiĂšre, « passer pour un idiot aux yeux d’un imbĂ©cile est une voluptĂ© de fin gourmet », ou encore « s’il fallait tolĂ©rer aux autres tout ce qu’on se permet Ă  soi-mĂȘme, la vie ne serait plus tenable. »

Il est un trait d’humour que j’ai fait mien Ă  chaque publication des listes des nouveaux promus dans l’ordre de la LĂ©gion d’honneur : « Les honneurs, c’est comme les bombes, ça tombe rarement sur ceux qui les mĂ©ritent. »

Michel Audiard l’exprimait Ă  sa façon : « Une paella sans coquillages, c’est un gigot sans ail, un escroc sans rosette. »

Aujourd’hui, la pratique de l’humour est sĂ©vĂšrement encadrĂ©e et des esprits retors comme Desproges trembleraient pour leur matricule : « Les lois de l’humour sont trĂšs sĂ©vĂšres : on ne peut pas se moquer des victimes, des noirs, des homos, des musulmans, des juifs, des handicapĂ©s. Moi je dis, de qui se moque-t-on ? »

Personnellement devant le spectacle que nous offre notre sociĂ©tĂ©, je me rassure par ce truisme et ce sera le mot de la fin : « À quoi servirait l’intelligence si l’imbĂ©cillitĂ© n’existait pas ? »

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