Les Ă©lections d’octobre 2019 en Thuringe avaient consacrĂ© la victoire de l’AfD, comme dans tous les Lander de l’est allemand. Le 5 fĂ©vrier, l’élection du PrĂ©sident du Land a provoquĂ© un « sĂ©isme » selon le terme consacrĂ©, alors que l’AfD a mĂȘlĂ© ses voix Ă  celles de la CDU pour faire Ă©lire un PrĂ©sident libĂ©ral. Vade retro Satanas ! s’exclama la classe politique allemande (et de toute l’Europe libĂ©rale, l’Autriche – c’est le comble – en tĂȘte !).

Thomas Kemmerich (FDP) et Björn Höcke (AfD) .

Thomas Kemmerich (FDP) et Björn Höcke (AfD) .

Et patatras, le PrĂ©sident nouvellement Ă©lu dĂ©missionne et appelle Ă  de nouvelles Ă©lections ; le prĂ©sident de la CDU de Thuringe dĂ©missionne dans la foulĂ©e, la tĂȘte couverte de honte. Et, cerise sur le gĂąteau, Annegret Kramp-Karrenbauer, prĂ©sidente (contestĂ©e) de la CDU et dauphine (contestĂ©e) d’Angela Merkel dĂ©missionne aussi de son poste et de sa succession programmĂ©e Ă  Angela Merkel.

Elle dĂ©clare : « Pas de rapprochement et pas de coopĂ©ration avec l’AfD et Die Linke. L’AfD est antinomique avec tout ce que reprĂ©sente la CDU. Tout rapprochement avec l’AfD affaiblit la CDU. Je reste attachĂ©e Ă  une CDU qui rejette toute forme de coopĂ©ration directe ou indirecte avec l’AfD ».

Des rĂ©actions outrĂ©es Ă  Bruxelles, dont celle de Guy Verhofstadt, le prĂ©sident du groupe des LibĂ©raux au Parlement europĂ©en, qui dĂ©nonce une Ă©lection « inacceptable » et fait, photo Ă  l’appui, un parallĂšle avec Hitler et l’Allemagne des annĂ©es 1930 : « What happened in Thuringen is totally unacceptable. My response ? Not in our name ! » Pitoyable !

À Berlin, des manifestants ont criĂ© leur colĂšre « Ensemble pour faire barrage au fascisme et aux nazis ». L’alliance inĂ©dite en Allemagne provoque des hurlements indignĂ©s et anachroniques.

En 2018, Steven Levitsky et Daniel Ziblatt, deux politologues de Harvard ont publiĂ© La Mort des dĂ©mocraties dĂ©crivant, en le dĂ©nonçant, le processus qui partout dans le monde selon eux, mĂšne les « adversaires de la dĂ©mocratie » au pouvoir en s’alliant avec les partis de droite, comme Hitler l’avait fait entre 1930 et 1933, pour les Ă©clipser dĂšs le pouvoir obtenu. L’Histoire bĂ©gayerait donc au point de reproduire les mĂȘmes effets Ă  prĂšs d’un siĂšcle de distance !

L’AfD, le FPÖ, la Ligue du Nord, le Rassemblement National, Vox et tous les autres seraient donc des partis nazis et leurs dirigeants des Hitler en puissance. Quels errements faciles, primaires et provocateurs


L’alliance, mortifĂšre pour la droite, entre la droite classique et l’« extrĂȘme droite » ne recouvre en rĂ©alitĂ© qu’un sursaut des droites en dĂ©liquescence pour tenter de se maintenir au pouvoir d’une maniĂšre ou d’une autre. Ces « alliances » sont la consĂ©quence d’un glissement d’une partie de l’électorat de droite vers l’« extrĂȘme droite » que tentent d’endiguer les dirigeants d’une droite dĂ©jĂ  vidĂ©e de ses forces vives. Dans tous ces cas, en effet, l’alliance maudite dĂ©bouche sur une disparition de l’aile la plus faible de l’alliance.

Pourtant, et Annegret Kramp-Karrenbauer a parfaitement raison, une alliance entre la droite et les extrĂȘmes droites dans toutes leurs variantes, est contre nature parce que leurs valeurs respectives sont en effet antinomiques. Si l’adversaire principal des Populistes est la droite libĂ©rale, celui de la droite libĂ©rale a toujours Ă©tĂ© aussi le populisme. Les alliances faussement tactiques entre ces deux courants ne peuvent mener aujourd’hui qu’à des impasses et des Ă©checs. D’abord parce que la droite d’aujourd’hui n’est pas la droite des annĂ©es 30 ; ensuite les courants fasciste et national-socialiste, fruit d’une lente maturation initiĂ©e dĂšs la fin du XIXe siĂšcle, n’ont aucune commune mesure avec les mouvements flous populistes du XXe siĂšcle, aux enjeux si diffĂ©rents de ceux des annĂ©es 1920 et des suites de la guerre de 14-18, et dans des sociĂ©tĂ©s si distinctes.

Que les mouvements populistes ponctionnent une partie des voix de la droite est une chose, qu’ils s’allient avec la droite en est une autre Ă  Ă©carter absolument.

Que la droite n’ait plus d’espace politique entre le populisme et l’« extrĂȘme centrisme » est devenu une rĂ©alitĂ©. Comme pour la gauche d’ailleurs qui est Ă©cartelĂ©e aussi entre un centre radical « à la Macron » et une extrĂȘme gauche « à la MĂ©lenchon ».

C’est en fait acter que la vie politique europĂ©enne se renouvelle sur un axe nouveau autour duquel de nouvelles valeurs se structurent, liĂ©es aux enjeux du XXIe siĂšcle : Europe libĂ©rale mondialiste ou Europe des peuples ? Europe ouverte ou Europe sĂ©curisĂ©e ? Europe jusqu’à l’Oural ou Russie Ă©cartĂ©e ? IdentitĂ© europĂ©enne ou mixitĂ© cosmopolite droit-de-l’hommienne ? États-Nations ou Europe rĂ©gionalisĂ©e ? États de droit ou États de justice ? Individualisme ou intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral et loi naturelle ? Autant de thĂšmes qui constituent autant de fractions Ă  l’intĂ©rieur des vieilles idĂ©ologies dĂ©passĂ©es auxquelles s’accrochent les restes des idĂ©ologues de la droite, de la gauche et les fous furieux d’un prĂ©tendu nazisme ou fascisme renaissant.

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A propos de l'auteur

Richard Dessens

Enseignant pendant plusieurs annĂ©es dans une Ă©cole prĂ©paratoire aux concours d’entrĂ©e aux IEP et Écoles de journalisme, Richard Dessens crĂ©e et dirige parallĂšlement une troupe de thĂ©Ăątre dans la rĂ©gion de Montpellier. Docteur en droit, DEA de philosophie et licenciĂ© en histoire, il est l’auteur d’ouvrages de philosophie et d’histoire des idĂ©es politiques, de relations internationale. Il a entres autres livres publiĂ© aux Ă©ditions Dualpha "Henri Rochefort ou la vĂ©ritable libertĂ© de la presse", "La dĂ©mocratie interdite" et "Histoire et formation de la pensĂ©e politique".

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