Les Ă©chĂ©ances prĂ©sidentielles et lĂ©gislatives de 2017, se profilant, je dĂ©cidai de me rendre auprĂšs du professeur Schnock, spĂ©cialiste en pathologie citoyenne, pour faire renouveler mon permis d’électeur au terme de ce que je croyais ĂȘtre un examen clinique de routine.

AprĂšs qu’il m’eĂ»t demandĂ© comment je me sentais et devant ma rĂ©ponse pleinement rassurante, il laissa tomber une remarque qui aurait dĂ» me mettre la puce Ă  l’oreille :

— Vous devriez pourtant savoir que tout citoyen bien portant est un Ă©lecteur malade qui s’ignore.

Pour le rassurer je lui confiai que, dans mon comportement, je retrouvais depuis quelques semaines comme des élans de jeunesse :

— Tenez, ce n’est qu’un dĂ©tail, le matin sous la douche, je me surprends Ă  chanter


— « L’hymne Ă  la joie » peut-ĂȘtre ?

— Non des chansons anciennes comme « Douce France » par exemple.

Son regard s’assombrit soudain :

— Je suis dĂ©solĂ© mais je dois vous soumettre Ă  une batterie de tests. Suivez-moi.

Il me fit allonger sur un divan de consultation oĂč il me posa une avalanche de questions sur mes goĂ»ts artistiques et gastronomiques, mes apprĂ©ciations sur l’état du Cosmos et de la « PlanĂšte » en gĂ©nĂ©ral et de l’Europe en particulier. Les items Ă©puisĂ©s (moi de mĂȘme, dois-je l’avouer), il me scruta d’un regard suspicieux avant d’exprimer ce qui me parut ĂȘtre un diagnostic :

— Aucun doute n’est possible. Vous ĂȘtes anarchosceptique !

— Sceptique, je n’en disconviens pas, mais « anarcho » 

— Vous refusez et dĂ©truisez les structures qui concourent Ă  l’édification du monde nouveau. Que vous faut-il de plus ?

— J’admets ne pas m’y sentir totalement Ă  l’aise, mais de lĂ  Ă  me qualifier d’anarcho
 D’ailleurs, en quoi le scepticisme est-il une pathologie ? En philosophie, c’est une doctrine selon laquelle la pensĂ©e humaine ne peut dĂ©terminer la vĂ©ritĂ© avec certitude. Dans la vie courante, le sceptique est celui qui n’est pas convaincu de la justesse d’une idĂ©e, d’un concept, qu’on tente de lui imposer. N’est-ce pas lĂ , au contraire, le signe d’une bonne santĂ© mentale ?

— Vous confondez le doute philosophique et le scepticisme rĂ©actionnaire, s’emporta Schnock. À vous entendre, on en viendrait Ă  contester le bien-fondĂ© de la loi sur la gravitation universelle.

— Pyrrhon, Timon, Montaigne, Russell, revenus parmi nous, vous suivraient-il dans cette affirmation ? Permettez-moi d’en douter
 si j’ose encore le faire. Avec votre grille d’évaluation ils ne seraient pas Ă  la veille d’ĂȘtre reconnus « aptes Ă  voter ».

Le bonhomme ayant recouvrĂ© ce calme pontifiant qui sied si bien aux praticiens, justifia les raisons de ses conclusions par le faisceau de symptĂŽmes qui l’y conduisait.

— Cher Monsieur, vous ĂȘtes atteint de ce mal qui sĂ©vit aujourd’hui du Cap Nord au Rocher de Gibraltar et de l’Atlantique Ă  l’Oural. Il se caractĂ©rise principalement par un repli sur soi-mĂȘme, un Ă©gocentrisme tĂ©tanique et des poussĂ©es de fiĂšvre obsidionale. Les mĂ©tastases se multiplient, de l’euroscepticisme au climatoscepticisme, de l’islamoscepticisme au mondialoscepticisme. Je ne parlerais mĂȘme pas de ses effets secondaires, la mĂ©diaphobie, l’agoraphobie. Croyez-moi, je n’irai pas par quatre chemins, cette affection qui menace l’évolution de nos institutions au risque de les emporter, ne peut conduire qu’à une scepticĂ©mie gĂ©nĂ©ralisĂ©e.

Cher lecteur acrophobe aspirĂ© irrĂ©sistiblement par la vertigineuse « fosse sceptique » qui s’ouvre Ă  vos pieds, permettez-moi ce conseil : fuyez ! Si l’on admet bien sĂ»r qu’il n’y a que « les foies » qui sauvent.

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