De Pompidou il a le passĂ© professionnel dans la banque, de Lecanuet le sourire enjĂŽleur, mais de Giscard le profil du social-dĂ©mocrate, venu de la gauche, tandis que Giscard avait le mĂȘme profil, venu de la droite. Pour l’heure, crĂ©ature de Hollande, c’est lui qui semble tirer « les Macron du feu » pour le plus grand dĂ©pit de Manuel Valls.

La presse se dĂ©lecte de cette nouveautĂ©, rien n’est plus inexact


Macron social-libéral ?

Que veut dire enfin social-libĂ©ral ? On veut signifier par lĂ  que l’homme veut abandonner les vieilles lunes du socialisme, appropriation collective des moyens de production, rĂŽle massif de l’État. Ces oripeaux, la gauche française a toujours eu du mal Ă  s’en dĂ©faire car la France est le pays de l’idĂ©ologie et le dernier pays communiste d’Europe. Un temps, on appela cela la sociale-dĂ©mocratie, terme qui fut longtemps une insulte : se faire traiter ainsi Ă©tait infĂąmant.

À dire vrai, et c’est lĂ  qu’il n’y a pas nouveautĂ©, celle-ci fut inventĂ©e par les Allemands Ă  la fin du XIXe siĂšcle. S’étant aperçu que le capitalisme permettait la redistribution, les socialistes allemands ne voulurent pas tuer la poule aux Ɠufs d’or, d’autant que, pendant ce temps-lĂ , Bismarck, le dirigeant le plus conservateur de l’Europe de cette Ă©poque (1880), inventait ce qu’on appelle l’État providence.

C’est la TroisiĂšme Internationale, fondĂ©e Ă  Moscou en 1919, qui donna quelque poids au socialisme « rĂ©el » (entendez dĂ©sormais communisme) et qui refusait tout compromis avec le capitalisme. En France, malgrĂ© le congrĂšs de Tours en 1920 (sĂ©paration entre socialistes et communistes), la gauche aura beaucoup de mal Ă  ne pas ĂȘtre communiste


Au lendemain de la IIe Guerre mondiale, les Allemands poussent Ă  fond la logique de la Soziale Marktwirtschaft (Ă©conomie sociale de marchĂ©) tandis que la gauche française, jusqu’au Programme commun, restera profondĂ©ment anti social–dĂ©mocrate car dotĂ©e d’un Parti communiste puissant.

Macron fait son congrĂšs de Tours

Au fond, Emmmanuel Macron nous fait son congrĂšs de Tours presqu’un siĂšcle plus tard. Pas vraiment nouveau tout cela ! La bonne nouvelle – et Ă  dire vrai la seule nouveauté ! – tient en ce que c’est la mort du socialisme tel que n’ont cessĂ© de le rĂȘver les socialistes français. Certes il reste l’extrĂȘme gauche, mais on ne voit pas comment pourra dĂ©sormais se faire la Gauche-Unie dont Mitterrand se servit comme d’un marchepied. Macron enterre donc le socialisme et l’union de la gauche ce qui fait beaucoup pour un seul homme.

Tous sociaux libéraux !

En rĂ©alitĂ©, toute la classe politique est social-libĂ©rale avec des nuances de dĂ©tails ; il y a belle lurette que, Keynes aidant, les politiques ont su saigner la bĂȘte capitaliste juste assez pour qu’elle continue de vivre et de prospĂ©rer, la symbiose est totale depuis des dĂ©cennies, et les capitalistes de leur cĂŽtĂ©, ont su se servir du pouvoir politique au mieux de leurs intĂ©rĂȘts. La redistribution est d’ailleurs aujourd’hui le problĂšme et non plus tout Ă  fait la solution puisque mĂȘme le modĂšle allemand est en difficultĂ©. La question est dĂ©sormais de faire maigrir non le capitalisme (mais peut-ĂȘtre aussi celui-ci), mais bel et bien l’État, compte tenu de son endettement et du poids excessif dans l’économie.

La vraie question : le modÚle français face à la mondialisation

Le problĂšme de Macron est qu’il va devoir affronter un pays profondĂ©ment conservateur. La tĂąche sera rude et la rhĂ©torique du ni droite ni gauche s’explique ainsi. Face aux 35 heures, au statut de la fonction publique, au rĂŽle de l’État dans l’économie, il aura contre lui une partie de la gauche, mais aussi une partie de la droite et du Front National, la vĂ©ritable question Ă©tant : peut-on ĂȘtre mondialiste et français toujours ?

Une tactique pas une stratégie

Pour l’heure, la logique Macron permettra de maintenir une partie du PS dans les sphĂšres du pouvoir, sans le socialisme, mais avec les prĂ©bendes qui vont avec. Tactique encore lorsqu’il s’agit de doubler Valls qui est sur le mĂȘme crĂ©neau modernisateur, mais en version autoritaire.

En attendant, le joker du prĂ©sident le plus dĂ©monĂ©tisĂ© de la Ve RĂ©publique, s’il parvenait Ă  lui succĂ©der, sera-t-il condamnĂ© Ă  nous refaire, sous couvert de social libĂ©ralisme, le coup de Giscard ? Celui-ci, au final, augmenta les prĂ©lĂšvements obligatoires et fit, en fait de « libĂ©ralisme avancé », avancer le socialisme. Tout changer pour que rien ne change !

A propos de l'auteur

Olivier Pichon

Olivier Pichon , professeur agrĂ©gĂ© de l'universitĂ©, ancien professeur en prĂ©pa Hec ( Ă©conomie et histoire), conseiller regional d'Île de France 1992-2004, ancien directeur de « Monde et Vie » ; il collabore actuellement Ă  « Nouvelles de France » et dirige l'Ă©mission « Politique et Ă©co » sur TV LibertĂ©s.

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