Des chansonniers malveillants prĂ©tendaient naguĂšre que, le 5 novembre 1757 Ă  Rossbach, lors de la bataille qui l’opposait Ă  l’armĂ©e prussienne de FrĂ©dĂ©ric II, le marĂ©chal de Soubise, une lanterne Ă  bout de bras, courait en vain aprĂšs son armĂ©e qu’il avait malencontreusement Ă©garĂ©e.

Il est fort plausible que le 19 juin 2017, un pendule Ă  la main, oscillant follement au-dessus d’un plan du grand hĂ©micycle de l’AssemblĂ©e Nationale, le tout nouveau prĂ©sident de la RĂ©publique, soit surpris Ă  rechercher une introuvable majoritĂ©, disparue avant mĂȘme d’avoir Ă©tĂ© installĂ©e. FrappĂ© d’une forme d’agnosie spatiale sera-t-il d’ailleurs en mesure de distinguer sa droite de sa gauche ?

Le 2 janvier 1956, les Ă©lections lĂ©gislatives permettaient l’inscription au menu des Français d’une salade dĂ©composĂ©e particuliĂšrement ragoĂ»tante. ImprovisĂ©e Ă  la hĂąte selon une recette relevant de « L’art d’accommoder les restes », elle mĂȘlait les saveurs rances d’une douzaine de vieux lĂ©gumes politiciens et la fragrance d’un hybride encore inconnu dans le potager de la IVe, le poujadisme (Ă  l’origine de la gĂ©nĂ©tique prĂ©tendument populiste qui prĂ©occupe aujourd’hui l’ensemble des dĂ©mocraties europĂ©ennes certifiĂ©es conformes). Certaines crises intestines gouvernementales aigĂŒes durĂšrent mĂȘme plusieurs semaines

En effet, la digestion de ce plat s’avĂ©ra trĂšs vite difficile. Les rĂ©gurgitations et vomissements furent particuliĂšrement nombreux. Mollet, BourgĂšs-Maunoury, Gaillard et Pflimlin furent ainsi Ă©vacuĂ©s sans plus de maniĂšre dans les commoditĂ©s de la RĂ©publique avant que mai 1958 ne tire dĂ©finitivement la chasse sur des institutions diarrhĂ©iques. Rejeté par une population que les palinodies politiciennes Ă©cƓuraient, le systĂšme dĂ©faillant fut abandonnĂ© pour le plus grand triomphe du gĂ©nĂ©ral de Gaulle et de son rĂ©gime prĂ©sidentiel.

Chacun sait que comparaison n’est pas raison. J’en conviens d’autant mieux que, Ă  l’époque, on ne demandait pas au PrĂ©sident Coty de conduire le char de l’État et que les pouvoirs de la communautĂ© europĂ©enne naissante n’étaient qu’embryonnaires alors qu’aujourd’hui
 On ne peut pourtant pas nier quelques similitudes entre les deux pĂ©riodes.

J’imagine que le nouveau prĂ©sident, Ă©lu par la grĂące de partis et de dirigeants se dĂ©testant, ne parviendra jamais Ă  rĂ©aliser la chimĂ©rique synthĂšse d’un gouvernement au centre. Un professeur de mathĂ©matique ami, trĂšs dubitatif quant Ă  la rĂ©alitĂ© d’un tel gouvernement, aimait Ă  rappeler que le centre ne saurait jamais ĂȘtre autre chose qu’un point quasi imaginaire qui, selon le grand Euclide, se dĂ©finit comme « ce qui n’a aucune partie. »

À l’époque des manipulations transgĂ©niques les plus Ă©bouriffantes et de l’implantation quasi chirurgicale de la thĂ©orie du genre dans la sociĂ©tĂ© française, le chef de l’État sera-t-il contraint Ă  tripatouiller les organes reproductifs des partis pour rĂ©aliser ce qui pourrait ĂȘtre considĂ©rĂ© par un zoologiste incrĂ©dule, comme l’accouplement fameux de la carpe et du lapin.

À la place du nouveau PrĂ©sident je m’inquiĂ©terais tout de mĂȘme de l’exaspĂ©ration de la « populace » devant l’apathie des Pouvoirs Publics Ă  prendre le bĂ©lier par les cornes en matiĂšre de sĂ©curitĂ©. En 1958, la colĂšre des lĂ©gions n’avait-elle pas servi de dĂ©tonateur Ă  la « RĂ©volte du 13 mai » et Ă  la chute du rĂ©gime ?

Mais voilà que je gagate
 Chers lecteurs, ne vieillissez pas.

 

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