Le PrĂ©sident amĂ©ricain l’avait promis durant sa campagne, et jusqu’à prĂ©sent il a tenu sa promesse. Chose rare en politique, tant les Ă©lecteurs sont habituĂ©s Ă  voter pour un programme et Ă  en subir un autre tout Ă  fait diffĂ©rent durant le mandat (rappelez-vous N. Sarkozy et son fameux « Karcher »).

John Bolton.

John Bolton.

Donald Trump avait critiquĂ© les interventions amĂ©ricaines en Afghanistan et surtout en Irak, interventions qui avaient selon lui aggravĂ© les problĂšmes de l’instabilitĂ© au Moyen-Orient, augmentĂ© le terrorisme, tuĂ© des soldats amĂ©ricains et fait tĂąche sur l’image des USA dans le monde. Il avait affirmĂ© que s’il Ă©tait Ă©lu, il adopterait une position plus tournĂ©e vers le dialogue, et moins vers les interventions musclĂ©es. Et c’est ce qu’il a fait !

Trois ans aprĂšs son Ă©lection, Donald Trump a tenu sa promesse et a dĂ©cidĂ© de ne pas s’aventurer dans des guerres inutiles et coĂ»teuses en termes humain, matĂ©riel et Ă©conomique. Pourtant, les mĂ©dias amĂ©ricains avaient affirmĂ© qu’avec Donald Trump aux commandes ce serait bientĂŽt la TroisiĂšme Guerre Mondiale, contre la CorĂ©e du Nord, contre la Chine, contre la Russie, contre le monde islamique, contre l’Iran, contre Dieu sait qui
 Donald Trump, lui, a prĂ©fĂ©rĂ© montrer la poitrine Ă  la CorĂ©e du Nord, pour ensuite nĂ©gocier. Il maintient des relations courtoises avec Poutine, et a dĂ©cidĂ© de ne pas trop empiĂ©ter sur la zone eurasiatique russe. Il a aussi balayĂ© l’idĂ©e d’une intervention en Syrie ou au Venezuela.

Mais les choses auraient pu se corser avec l’arrivĂ©e de John Bolton aux relations externes. Ce nĂ©o-conservateur, interventionniste de la ligne dure, n’avait qu’une idĂ©e en tĂȘte, Ă©craser toutes les nations qui s’opposeraient aux USA. Comme bon nĂ©o-conservateur il avait appuyĂ© l’intervention en Irak, malgrĂ© l’avis contraire de certains politiciens et leaders militaires amĂ©ricains (1).

Pire, il voulait que les USA partent tout de suite aprĂšs l’écrasement du dictateur Saddam Hussein, quitte Ă  laisser le pays dans le chaos le plus total. Et bien sĂ»r, aprĂšs avoir Ă©crasĂ© les talibans et Saddam Hussein, il fallait Ă  tout prix que le prochain de la liste soit l’Iran, nation pourtant chiite et tout aussi ennemie des islamistes sunnites que l’Occident.

John Bolton est tout le contraire de Donald Trump en matiĂšre de politique Ă©trangĂšre. Le prĂ©sident Trump peut Ă  certains moments menacer, montrer la puissance amĂ©ricaine Ă  travers des manƓuvres militaires, mais il est avant tout un joueur de poker, cela fait partie du bluff, un bluff qui sert Ă  avoir le dessus durant les discussions.

John Bolton lui, voit le monde en noir et blanc: soit vous ĂȘtes avec les USA, soit vous ĂȘtes bombardĂ©s pour vous remettre les idĂ©es en place. Selon les mots du journaliste conservateur Daniel R. Depetris, le conseiller John Bolton « (…) est tout ce que vous ne voulez pas comme conseiller en sĂ©curitĂ©. Il est tĂȘtu comme un Ăąne, trompeur comme un serpent, et dangereux comme un scorpion. (…) pourquoi vous humilier en nĂ©gociant alors que vous pouvez simplement bombarder les installations nuclĂ©aires de l’Iran ou Ă©craser le rĂ©gime de Kim Jong Ung par la force » (2).

Heureusement, Donald Trump n’a pas suivi les volontĂ©s interventionnistes de John Bolton ni sur le dossier nord-corĂ©en, ni sur le dossier vĂ©nĂ©zuĂ©lien (3) ni mĂȘme sur le dossier iranien. Donald Trump est toujours aussi ferme avec l’Iran, son discours Ă  l’ONU l’a dĂ©montrĂ©, mais jusqu’à prĂ©sent il n’a pas encore dĂ©clarĂ© la guerre. Les mĂ©dias français crient Ă  la victoire de la diplomatie « macronienne » suite Ă  la volontĂ© de Trump de rencontrer le prĂ©sident iranien pendant le G7 Ă  Biarritz (4). Ne serait-ce pas plutĂŽt l’administration Trump qui a bien compris que l’opinion publique amĂ©ricaine ne veut plus de guerres ?

Cela pourrait annoncer un lent mais inexorable changement au sein de la politique amĂ©ricaine, marquĂ©e par le retour, aprĂšs des dĂ©cennies hors du pouvoir, des courants plus isolationnistes, qu’ils soient issus du conservatisme plus traditionnel ou du palĂ©o-conservatisme (5), cependant que les nĂ©o-conservateurs, dont John Bolton a Ă©tĂ© l’un des plus puissants reprĂ©sentants, sont Ă©vincĂ©s peu Ă  peu du pouvoir. Ce serait une bonne nouvelle pour l’Europe, surtout occidentale, car nous pourrions Ă©viter des guerres inutiles au Moyen-Orient qui provoquent mort, dĂ©solation et des vagues de rĂ©fugiĂ©s vers nos pays. Ce serait aussi une bonne nouvelle pour les AmĂ©ricains, surtout pour les classes les plus pauvres, et les blancs « oubliĂ©s » qui ont votĂ© Trump, car ce sont leurs fils qui vont lutter, pas les fils des hauts dirigeants nĂ©o-conservateurs (ni les bobos des grandes villes qui ont votĂ© Hillary Clinton).

Rien n’indique toutefois que les nĂ©o-conservateurs sortent du pouvoir aussitĂŽt. Leur influence est Ă©norme (6). Mais au moins, avec Donald Trump les USA sont en train de suivre une politique internationale plus raisonnable. Ce changement de cap, cette volontĂ© de discuter avec les nations aux quatre coins du monde est une excellente nouvelle pour l’ordre international. Alors on ne peut que se rĂ©jouir de l’éviction de John Bolton. Qu’il continue de commenter sur Fox News et nous laisse en paix. L’Occident ne s’en trouvera que mieux.

Notes

(1) Il y a eu en effet dĂšs le dĂ©but, avant mĂȘme l’intervention militaire, des voix qui se sont levĂ©es contre l’invasion de l’Irak, mĂȘme parmi des officiers militaires. Par exemple, le Joint Chiefs of Staff, le ComitĂ© des chefs d’état-major interarmĂ©es amĂ©ricain, avait conseillĂ© au prĂ©sident Bush de maintenir le statu quo avec l’Irak (sanctions) et de ne pas s’engager dans une guerre. Source: Ricks, Thomas (28/07/2002) Some Top Military Brass Favor Statu Quo in Iraq, The Washington Post, USA.

(2) Traduit de l’anglais. Source: Depetris, Daniel R.(11/09/2019), John Bolton Meets His Fate, The American Conservative, USA, https://www.theamericanconservative.com/articles/john-bolton-meets-his-fate/

(3) – John Bolton considĂšre le rĂ©gime de Maduro comme Ă©tant dans la troĂŻka du mal.

(4) ce fut lors du G7 que Donald Trump a dĂ©cidĂ© de reprendre les nĂ©gociations avec l’Iran et de rencontrer le prĂ©sident iranien. Les mĂ©dias français en ont dĂ©duit que ce fut l’Ɠuvre d’Emmanuel Macron. Voir Ă  titre d’exemple cet article du Figaro : Bourmaud, François-Xavier (26/08/2019), Au G7, la victoire diplomatique de Macron, Le Figaro, France, http://www.lefigaro.fr/international/au-g7-la-victoire-diplomatique-de-macron-20190826.

(5) Le terme palĂ©o-conservateur, inexistant en Europe, renvoie Ă  la « Old Right« , la vieille droite amĂ©ricaine. Plus radicaux que les conservateurs modĂ©rĂ©s sur nombre de sujets, les palĂ©o-conservateurs sont pour une sĂ©vĂšre restriction de l’immigration ; sur le plan international, ils sont isolationnistes, donc contre les interventions militaires, ce qui en fait des ennemis des nĂ©o-conservateurs. Ils sont aussi pour un rapprochement avec l’Europe, en faveur d’un nationalisme Ă©conomique ; socialement trĂšs conservateurs, ils sont contre l’avortement, le mariage homosexuel et ils ont une vision trĂšs chrĂ©tienne de la sociĂ©tĂ©. Deux figures connues qui sont prĂ©sentĂ©es comme Ă©tant palĂ©o-conservateurs sont Steve Bannon, sur qui j’ai dĂ©jĂ  Ă©crit un texte sur EurolibertĂ©s, et Pat Buchanan (qui se revendique en tant que tel), ancien candidat et conseiller sous Richard Nixon. Le livre The Paleoconservatives : New Voices of the Old Right vous aidera Ă  comprendre d’oĂč vient ce concept.

(6) Pour comprendre d’oĂč viennent les nĂ©o-conservateurs, un des meilleurs livres que j’ai lu sur ce thĂšme a Ă©tĂ© Ă©crit par le palĂ©o-conservateur Patrick Buchanan, Where the Right Went Wrong: How Neoconservatives Hijacked the Bush Presidency. Il y dĂ©montre comment Ă  partir des annĂ©es 80 les nĂ©o-conservateurs – un mouvement qui a commencĂ© avec d’anciens gauchistes, trotskistes pour certains, venus vers le conservatisme – ont pris peu Ă  peu le dessus sur des conservateurs plus traditionnels, et comment ils ont dominĂ© durant les annĂ©es George W. Bush. Ils sont responsables de la guerre d’Irak, ils avaient comme objectif de redessiner la carte du Moyen-Orient, en crĂ©ant des pays artificiellement.

EuroLibertĂ©s : toujours mieux vous rĂ©-informer 
 GRÂCE À VOUS !

Ne financez pas le systÚme ! Financez EuroLibertés !

EuroLibertĂ©s rĂ©-informe parce qu’EuroLibertĂ©s est un mĂ©dia qui ne dĂ©pend ni du SystĂšme, ni des banques, ni des lobbies et qui est dĂ©gagĂ© de tout politiquement correct.

Fort d’une audience grandissante avec 60 000 visiteurs uniques par mois, EuroLibertĂ©s est un acteur incontournable de dissection des politiques europĂ©ennes menĂ©es dans les États europĂ©ens membres ou non de l’Union europĂ©enne.

Ne bĂ©nĂ©ficiant d’aucune subvention, Ă  la diffĂ©rence des mĂ©dias du systĂšme, et intĂ©gralement animĂ© par des bĂ©nĂ©voles, EuroLibertĂ©s a nĂ©anmoins un coĂ»t qui englobe les frais de crĂ©ation et d’administration du site, les mailings de promotion et enfin les dĂ©placements indispensables pour la rĂ©alisation d’interviews.

EuroLibertĂ©s est un organe de presse d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. Chaque don ouvre droit à une dĂ©duction fiscale Ă  hauteur de 66 %. À titre d’exemple, un don de 100 euros offre une dĂ©duction fiscale de 66 euros. Ainsi, votre don ne vous coĂ»te en rĂ©alitĂ© que 34 euros.

Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

Quatre solutions pour nous soutenir :

1 : Faire un don par virement bancaire

Titulaire du compte (Account Owner) : EURO LIBERTES
Domiciliation : CIC FOUESNANT
IBAN (International Bank Account Number) :
FR76 3004 7140 6700 0202 0390 185
BIC (Bank Identifier Code) : CMCIFRPP

2 : Faire un don par paypal (paiement sécurisé SSL)

Sur le site EuroLibertĂ©s (www.eurolibertes.com), en cliquant, vous serez alors redirigĂ© vers le site de paiement en ligne PayPal. Transaction 100 % sĂ©curisĂ©e.‹ 

3 : Faire un don par chĂšque bancaire Ă  l’ordre d’EuroLibertĂ©s

à retourner à : EuroLibertés
BP 400 35 – 94271 Le Kremlin-BicĂȘtre cedex – France

4 : Faire un don par carte bancaire

Pour cela, téléphonez à Marie-France Marceau au 06 77 60 24  99