Entretien Paul Margolis, auteur de Sept ans avec les Harkis (Ă©ditions Dualpha)

(Propos recueillis par Fabrice Dutilleul)

Votre parcours professionnel vous a menĂ©, en tant que policier, du Maroc Ă  l’AlgĂ©rie, puis en mĂ©tropole ; racontez-nous


À 18 ans, vivant au Maroc, je devance l’appel et vis les premiĂšres joyeusetĂ©s concoctĂ©es par les rebelles en 1955. LibĂ©rĂ© en 1956, Ă  20 ans, j’entre dans la police et sors major de ma promotion. Du fait de l’indĂ©pendance, les Français servent alors en tant que cadres techniques. Nos collĂšgues marocains sont sympathiques, mais la population beaucoup moins : elle digĂšre mal le fait, qu’indĂ©pendante, elle doive encore se soumettre Ă  des policiers français. Je reprĂ©sente la France et ne courbe jamais la tĂȘte, mais ça sent rapidement le roussi.

Paul Margolis.

Paul Margolis.

Je rentre donc en France et parviens Ă  intĂ©grer la PrĂ©fecture de Police de Paris, plus prĂ©cisĂ©ment la Police Judiciaire, le fameux 36 quai des OrfĂšvres. Compte tenu de mes douze annĂ©es passĂ©es au Maroc, on m’affecte Ă  la Brigade des Agressions et Violences, devenue en rĂ©alitĂ© la Brigade Nord-Africaine de la PP. LĂ  encore, je rencontre des collĂšgues accueillants, dont certains sont dĂ©tachĂ©s de la Crim’ (la Criminelle) et ont un passĂ© prestigieux de rĂ©sistants


Je travaille Ă©galement avec des collĂšgues musulmans dont j’apprĂ©cie le courage, le patriotisme et l’efficacitĂ©. Cependant les lois de temps de paix ne nous aident guĂšre alors que nos adversaires, eux, « n’ont pour morale que l’action » ainsi que TolstoĂŻ dĂ©finissait son combat terroriste. La justice, de son cĂŽtĂ©, n’inflige jamais la misĂ©rable peine maximum prĂ©vue par le Code pĂ©nal. Notre travail est passionnant, mais ne dĂ©bouche guĂšre sur des sanctions sĂ©vĂšres. Nous risquons notre vie chaque jour – ce qui est normal pour un policier –, mais pour envoyer des tueurs en correctionnelle pour quelques mois de prison seulement.

Je dĂ©cide de renoncer Ă  une carriĂšre qui s’avĂ©rait prometteuse (aux dires mĂȘmes de mes camarades) et d’intĂ©grer la SĂ»retĂ© nationale en AlgĂ©rie en janvier 1958.

À 21 ans (moins 8 jours), je suis affectĂ© Ă  Biskra, puis Ă  Constantine oĂč je vais vivre les plus beaux moments de ma vie autour du 13 mai. LĂ  tout paraĂźt possible tant un Ă©lan palpable rapproche en une journĂ©e les deux communautĂ©s. Les musulmans sentent enfin qu’on les considĂšre comme des « Français Ă  part entiĂšre ».

Je rĂ©intĂšgre ensuite l’armĂ©e au sein d’un des commandos de chasse crĂ©Ă©s par le gĂ©nĂ©ral Challe, composĂ©s Ă  parts Ă©gales d’appelĂ©s du contingent et de harkis qui me rappellent les supplĂ©tifs marocains que j’avais cĂŽtoyĂ©s quatre ans plus tĂŽt. Lors d’opĂ©rations diverses, tantĂŽt en commando de trois/quatre hommes, tantĂŽt avec les 130 gars du Commando V 25 ou encore Ă  plusieurs centaines dans le cadre des opĂ©rations « Jumelles » ou « Pierres PrĂ©cieuses », j’apprĂ©cie le courage et la pugnacitĂ© des harkis.

Ces retrouvailles me poussent un an plus tard Ă  m’orienter vers une organisation composĂ©e exclusivement de supplĂ©tifs et dĂ©pendant du MinistĂšre de l’intĂ©rieur bien qu’effectuant un travail militaire : les Groupes Mobiles de SĂ©curitĂ© oĂč je vais ĂȘtre recrutĂ© comme chef de section. Il s’agit de la pĂ©riode la plus exaltante de ma vie.

ÉnormĂ©ment de livres sont parus sur la guerre d’AlgĂ©rie
 Qu’apporte de nouveau votre tĂ©moignage ?

Mon tĂ©moignage me semble diffĂ©rer d’abord par la diversitĂ© des expĂ©riences que j’ai pu vivre au sein des forces de l’ordre alors que les autres racontent leur vĂ©cu limitĂ© dans le temps et dans le lieu ; ensuite par ma philosophie trĂšs particuliĂšre concernant l’obĂ©issance aux lois et surtout aux ordres allant souvent au-delĂ  ou en deçà des deux. Le 24 dĂ©cembre 1960, notamment, j’ai bravĂ© les ordres d’un commandant qui m’ordonnait d’aller sur un terrain d’aviation pour « cueillir » Salan et l’abattre s’il tentait de rĂ©sister ; je lui ai affirmĂ© que « je me mettrais Ă  la disposition du gĂ©nĂ©ral Salan avec toute ma section s’il atterrissait effectivement ». En rĂ©alitĂ©, j’ai toujours agi selon MA conscience, en dĂ©pit des ordres et des lois, alors qu’un militaire ou un policier « classique » finit la plupart du temps Ă  obĂ©ir aux ordres, mĂȘme contraires Ă  la loi, qui doit pourtant primer sur les ordres (« Ordre de la Loi et commandement lĂ©gitime »).

La tragĂ©die vĂ©cue par les harkis est-elle mieux connue aujourd’hui des Français de mĂ©tropole ?

Oui, je le crois et surtout grĂące Ă  la vĂ©ritable pĂ©dagogie dont nous, « les anciens », avons fait preuve sans cesse depuis 50 ans ; mais aussi grĂące Ă  la reconnaissance officielle des torts de l’État initiĂ©e par Chirac (c’est d’ailleurs le seul acte positif dont on peut le gratifier, mais il est de taille). De nombreuses stĂšles ou monuments ont Ă©tĂ© Ă©rigĂ©s depuis mais cela n’îtera rien Ă  l’amertume des harkis de la 1re gĂ©nĂ©ration et parfois au mĂ©pris de leurs enfants et surtout petits-enfants. Le souvenir des abris de fortune oĂč l’État gaulliste (et ses successeurs) les a fait vivre et surtout leur mise Ă  l’écart des populations mĂ©tropolitaines n’est pas encore altĂ©rĂ©.

Comment sont apprĂ©hendĂ©s aujourd’hui les Harkis en AlgĂ©rie
 et en France ?

En AlgĂ©rie : le FLN est toujours au pouvoir et entretient donc la haine des harkis comme de la France, au demeurant. Il paraĂźt que certains harkis ont eu l’audace de retourner voir leur famille et ont Ă©tĂ© bien reçus mĂȘme par la population : mais tant que la « fellaghie » ne sera pas devenue une dĂ©mocratie, tant que les dirigeants historiques et leurs ayants droit n’auront pas gagnĂ© les cimetiĂšres, la nĂ©vrose du FLN vaincu par les armes dĂšs 1960 leur interdira de faire la paix.

En France : depuis le dĂ©but, nos concitoyens ont toujours fait la diffĂ©rence entre les harkis et les autres
 chaque fois qu’ils ont pu avoir des contacts avec nos frĂšres d’armes.

Sept ans avec les Harkis de Paul Margolis, Ă©ditions Dualpha, collection « VĂ©ritĂ©s pour l’Histoire », dirigĂ©e par Philippe Randa, 538 pages, 37 euros.

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