Le Graal a toujours fait couler beaucoup d’encre. Ce plat, ou cette coupe, apparaĂźt pour la premiĂšre fois dans Perceval de ChrĂ©tien de Troyes au XIIe siĂšcle. Il est alors portĂ© en procession avec une lance qui saigne, devant le jeune Perceval au chĂąteau du Roi PĂȘcheur. Le sens de cette scĂšne et la fonction des objets restent Ă©nigmatiques. Tout ceci a donnĂ© lieu Ă  de multiples interprĂ©tations, plausibles, farfelues mais Ă©galement, et pour cause, contradictoires entre elles.

Les secrets du Graal par Edina Bozoky (CNRS).

Les secrets du Graal par Edina Bozoky (CNRS).

Commençons par le dĂ©but et dĂ©finissons le Graal. L’auteur, dĂšs les premiĂšres lignes, explique que « dans l’usage d’aujourd’hui, le Graal signifie un objet convoitĂ©, un prix, l’accomplissement ultime des efforts. Au Moyen Âge, il dĂ©signait d’abord un plat de matiĂšre prĂ©cieuse, rapidement identifiĂ© avec le plat de la CĂšne, dans lequel Joseph d’Arimathie aurait recueilli le sang du Christ crucifiĂ©. »

Bozoky énonce le fait suivant : « dÚs la fin du XIIe siÚcle une littérature abondante se forme autour du Graal et de la lance qui saigne qui lui est étroitement associée. La production des romans du Graal est particuliÚrement florissante au cours du premier tiers du XIIIe siÚcle, mais se prolonge bien au-delà. »

La légende arthurienne et les aventures des chevaliers de la Table ronde participent pleinement à la diffusion des écrits de type graalien.

Rapidement le Graal est vu, Ă  tort ou Ă  raison, comme une relique. Nombreux sont ceux qui veulent le dĂ©couvrir et le possĂ©der. Cependant l’auteur rappelle « que les chevaliers d’Arthur qui se lancent dans les aventures graaliennes ne cherchent point Ă  acquĂ©rir ou possĂ©der le Graal et la lance qui saigne, mais Ă  connaĂźtre et comprendre leurs secrets, leur vĂ©ritĂ©, leur fonction, leur sens ».

Tout le monde ne peut acquĂ©rir la connaissance ultime et les attributs qui lui sont attachĂ©s. Effectivement, « ces secrets ne peuvent ĂȘtre dĂ©voilĂ©s qu’au meilleur chevalier au prix d’une quĂȘte, constituĂ©e d’épreuves et de tests variĂ©s ».

DĂšs le dĂ©part, le Graal et la Lance sont christianisĂ©s : « À la fin du XIIe siĂšcle, le Graal est identifiĂ© avec un rĂ©cipient lĂ©gendaire dans lequel Joseph d’Arimathie aurait recueilli le sang du Christ, et la lance, avec celle de Longin qui a transpercĂ© le cĂŽtĂ© du Christ crucifié ».

MĂȘme en Ă©tant liĂ©s avec le christianisme, ces deux objets possĂšdent des propriĂ©tĂ©s et « des aspects ambigus voire magiques ».

L’auteur prĂ©cise donc Ă  ce sujet : « Le Graal produit de la nourriture et se dĂ©place parfois sans ĂȘtre porté ; la lance est tour Ă  tour un instrument de guĂ©rison et une arme menaçante et vengeresse ».

Bozoky prend le soin de souligner « qu’au fur et Ă  mesure du dĂ©veloppement de la littĂ©rature du Graal, sa dimension spirituelle s’accentue ; dans le roman de la QuĂȘte du Graal, le hĂ©ros principal, Galaad, qui achĂšve les aventures graaliennes, est assimilĂ© au Messie ».

Il est important de dĂ©terminer le contexte qui a grandement contribuĂ© Ă  l’émergence des livres graaliens. En 1191, il y a « la dĂ©couverte de la tombe d’Arthur et de GueniĂšvre dans l’abbaye de Glastonbury – peut-ĂȘtre sur l’instigation du roi Henri II – qui donne une preuve (pseudo) historique Ă  la lĂ©gende arthurienne dĂ©jĂ  connue ».

Un autre Ă©vĂ©nement se dĂ©roulant Ă  la mĂȘme Ă©poque enrichit la mystique graalienne : « Saladin, gouverneur d’Égypte et de Syrie Ă©crase les troupes franques Ă  Hattin en 1187. DĂ©sormais la situation des principautĂ©s latines en Orient devient critique. La prĂ©occupation des Occidentaux de reconquĂ©rir JĂ©rusalem se reflĂšte aussi dans la littĂ©rature, en particulier dans les romans du Graal du XIIIe siĂšcle, dans lesquels certains Ă©pisodes ont lieu sur une Terre sainte Imaginaire ».

La quĂȘte du Graal est-elle un outil de propagande ? Certains souscrivent Ă  cette idĂ©e


Comme chacun sait, les Temps FĂ©odaux sont fortement imprĂ©gnĂ©s par le christianisme. De fait, ne soyons pas surpris que « la religiositĂ© de cette pĂ©riode soit marquĂ©e aussi par l’essor des dĂ©votions autour de la passion du Christ et de l’Eucharistie dont on trouve la transposition littĂ©raire dans les romans du Graal ».

Nous lisons avec intĂ©rĂȘt que « la production la plus originale et la plus abondante vient de l’aire culturelle française. Mais le thĂšme du Graal inspire tĂŽt le poĂšte allemand Wolfram d’Eschenbach qui adapte et en mĂȘme temps transforme le Perceval de ChrĂ©tien de Troyes sous le titre de Parzival au dĂ©but du XIIIe siĂšcle. C’est ce roman qui inspirera l’opĂ©ra de Wagner (Parsifal, 1882) ».

La lĂ©gende et la quĂȘte du Graal traversent les frontiĂšres et les EuropĂ©ens y sont plus que sensibles.

ConcrĂštement, le Moyen Âge est par excellence « la pĂ©riode de la rĂ©daction des romans de Graal. Elle correspond Ă  la constitution et Ă  l’épanouissement de la chevalerie comme corps social ainsi qu’à l’élaboration d’une idĂ©ologie chevaleresque ». De plus, nous devons Ă©galement insister sur un point : « à l’époque de la rĂ©daction des romans du Graal, le culte des reliques de la Passion connaĂźt une grande effervescence, notamment au moment de la PremiĂšre Croisade ».

Edina Bozoky est maĂźtre de confĂ©rences en histoire mĂ©diĂ©vale Ă  l’UniversitĂ© de Poitiers. Elle s’intĂ©resse en particulier aux lĂ©gendes et croyances du Moyen Âge. Avec cette synthĂšse originale, elle nous initie aux romans français mĂ©diĂ©vaux du Graal, Ă©tudie les personnages, les aventures et les objets merveilleux. Elle analyse Ă©galement le contexte social et religieux de l’époque. Elle propose une rĂ©flexion des principales thĂ©ories autour du Graal, destinĂ©e tout autant au grand public qu’aux spĂ©cialistes de la question. Ce livre permet de bien dĂ©florer le sujet et de saisir que le Graal se montre en rĂ©alité  insaisissable pour la plupart d’entre nous.

Nous concluons notre chronique par une citation, tirĂ©e de Parsifal, qui rĂ©sume Ă  elle seule la quĂȘte et le sens profond du Graal : « Dire le Graal est vain, Vers lui ne s’ouvre aucun sentier, Et nul ne peut trouver la route, Qu’il n’ait lui-mĂȘme dirigĂ© son chemin » 

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