Gilles Cosson a occupĂ© de hautes fonctions dans le monde industriel et financier avant de se consacrer Ă  l’écriture. Il a publiĂ© trois essais et plusieurs romans dont Un Combattant paru en 2007, une satire corrosive du monde du business (qui va donner lieu prochainement Ă  une adaptation tĂ©lĂ©visuelle).

(Propos recueillis par Fabrice Dutilleul)

 

Gilles Cosson.

Gilles Cosson.

Le livre : Mai 409. Le roi wisigoth Alaric assiĂšge Rome. Un vieux sĂ©nateur, Tullius Metellus va tenter de sauver la situation. RestĂ© fidĂšle aux Dieux de l’Olympe, il porte en lui le terrible souvenir d’un crime de jeunesse qu’il va chercher Ă  exorciser. Parti pour Ravenne, oĂč rĂ©side le faible empereur Honorius, il s’efforce de dĂ©finir les contours d’une paix durable aux cĂŽtĂ©s d’Innocent III, le pape du moment, qui pressent le rĂŽle de l’église dans la survie d’une civilisation oĂč se multiplient les premiĂšres communautĂ©s religieuses. Au terme de diverses pĂ©ripĂ©ties tant historiques que personnelles, le siĂšge est levĂ©, mais un incident inattendu va aboutir Ă  la reprise des hostilitĂ©s et au sac historique de Rome, pillĂ©e pendant trois jours du 24 au 27 aoĂ»t 410. Ce rĂ©cit qui suit l’histoire de prĂšs dĂ©crit la fin d’un monde, celui de la brillante civilisation romaine, et tĂ©moigne du rĂŽle du christianisme dans la transmission de l’essentiel de ses valeurs.

Quelle est la situation de Rome à l’époque d’Alaric ?

DĂ©ni de rĂ©alitĂ© gĂ©nĂ©ralisé : on prĂ©fĂšre ne pas voir et mĂȘme nier les problĂšmes. L’empire est attaquĂ© de toutes parts, la sociĂ©tĂ© se dĂ©sagrĂšge, mais l’empereur s’enferme dans Ravenne comme si de rien n’était.

Banalisation de la citoyennetĂ© – voir l’édit de Caracalla avec la citoyennetĂ© Ă©largie Ă  tous, etc. – qui protĂšge donc toutes les minoritĂ©s et rend difficile le fait d’agir vite et fort.

Manque de volontĂ© de combattre avec prĂ©fĂ©rence gĂ©nĂ©rale pour l’hĂ©donisme : la carriĂšre des armes n’est plus reconnue.

Valeurs à défendre devenues floues : raisons de se battre ? La « civilisation romaine » a-t-elle encore un sens ? Perte de confiance en soi.

Présence de « Barbares » en nombre et à tous les étages sur le sol romain.

Assistanat gĂ©nĂ©ralisĂ© d’une partie de la population (panem et circenses).

Fractures au sein de l’empire dues Ă  la montĂ©e en puissance d’un christianisme obligatoire avec montĂ©e corrĂ©lative des intĂ©grismes religieux.

DĂ©ficit chronique du budget de l’État et perte de valeur de la monnaie

Appauvrissement des campagnes devant la concurrence des grandes exploitations « internationales » : africaines Ă  l’époque.

RelĂąchement gĂ©nĂ©ral des mƓurs

Quel a été le rÎle de la religion chrétienne dans la survie de la civilisation romaine ?

Le Dieu unique chrétien (encore que trinitaire, ce qui est compliqué) est une synthÚse du platonisme et du Dieu autoritaire des Juifs : un Dieu philosophique défendu par des rhéteurs (voir Saint Augustin).

Elle respecte l’autoritĂ© de l’État dans ses actes non religieux : rendre Ă  CĂ©sar ce qui est Ă  CĂ©sar
 Cela dit, l’autoritĂ© du pape servira le jour venu de substitut Ă  une autoritĂ© politique dĂ©faillante.

Elle donne – en principe – aux femmes un rĂŽle substantiel : « Il n’y a plus ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme », Ă©crit l’apĂŽtre Paul dans l’épĂźtre aux Galates, ce que Rome avait commencĂ© Ă  faire (hĂ©ritage, divorce etc.) et que l’Orient (en particulier l’islam) ne fera jamais.

Elle encourage l’étude et l’examen des textes sacrĂ©s dans la langue latine (et en Orient dans la langue grecque). Le rĂŽle unificateur du latin d’église est un marqueur de la civilisation occidentale au moins jusqu’au XVIIe siĂšcle.

Elle refuse le fatalisme et affirme la responsabilitĂ© et l’esprit de libertĂ© humain – le libre arbitre chez Saint Augustin –, contre l’obscurantisme oriental.

Elle va assimiler les Barbares sur le plan religieux, rĂ©cupĂ©rant en cela leur triomphe militaire (Clovis, etc.). Le succĂšs contre les Huns puis contre l’islam sera son Ɠuvre.

Elle essaye de rĂ©guler des mƓurs devenues trĂšs relĂąchĂ©es (et qui d’ailleurs le resteront : les mariages « more danico » – concubines des rois normands – etc.).

Quel sens donner Ă  l’odyssĂ©e du vieux sĂ©nateur Tullius Metellus ?

Il regrette les valeurs de Rome et se dĂ©sole de leur dĂ©clin. MalgrĂ© son Ăąge, il Ɠuvre pour que Rome soit sauvĂ©e parce qu’il croit en ses valeurs. Il s’intĂ©resse aux civilisations disparues, aux mouvements des astres et fait preuve d’une vraie curiositĂ© intellectuelle dans la tradition grecque. C’est un stoĂŻcien restĂ© fidĂšle aux Dieux de la Rome antique, mais il se rend compte de l’apport des penseurs chrĂ©tiens (dialogue avec Saint Augustin).

Il se rapproche chemin faisant de l’évĂȘque de Rome (le pape Innocent) et finit par demander sa bĂ©nĂ©diction. Il Ă©prouve pour sa fille une affection trĂšs forte, Ă  la fois instinctive et philosophique. Il est courageux et affrontera la mort sans crainte dans la tradition romaine


Et Rome s’enfonça dans la nuit, Éditions de Paris Max Chaleil, Collection « Essais et documents », 136 pages, 14 €

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