Lionel Baland est un Ă©crivain belge, spĂ©cialiste des partis patriotiques en Europe et du nationalisme en Belgique. EurolibertĂ©s l’a interrogĂ© sur son ouvrage, paru chez PardĂšs dans la collection Qui suis-je ?, consacrĂ© Ă  Pierre Nothomb, un Ă©crivain et homme politique qui a dĂ©sirĂ©, durant et aprĂšs la Ire Guerre mondiale, rĂ©aliser une Grande Belgique par l’annexion du Grand-DuchĂ© de Luxembourg et de territoires situĂ©s aux Pays-Bas et en Allemagne.

Propos recueillis par Fabrice Dutilleul.

Pourquoi avoir choisi de rédiger un livre sur Pierre Nothomb ?

Pierre Nothomb a Ă©tĂ©, il y a un siĂšcle, un des fers de lance de l’idĂ©e nationaliste. Or, cette conception du monde fait, dans de nombreux pays d’Europe, son grand retour sur la scĂšne politique. Étudier la genĂšse du nationalisme, au sein des diffĂ©rents États du continent, prĂ©sente donc, de nos jours, un grand intĂ©rĂȘt.

Quel a été le parcours de ce personnage ?

Pierre Nothomb (1887-1966) est un avocat belge. Au dĂ©part dĂ©mocrate-chrĂ©tien, il dĂ©nonce, lors de la Ire Guerre mondiale, l’invasion de la Belgique neutre par les troupes allemandes et les nombreux crimes commis par ces derniĂšres : civils fusillĂ©s, femmes outragĂ©es, maisons et bĂątiments publics incendiĂ©s.

Devenu ardent nationaliste, il est un des protagonistes, aux cĂŽtĂ©s d’autres Ă©crivains, tels Fernand Neuray(1), Maurice des Ombiaux et Norbert Wallez(2), des milieux rĂ©clamant la rĂ©alisation d’une Grande Belgique.

Au cours des annĂ©es 1920, ami de Benito Mussolini, il devient un dirigeant de mouvement d’ordre nouveau : les Jeunesses nationales. Il prend part Ă  diverses aventures Ă©lectorales, puis au dĂ©but du rexisme. Lorsque ce dernier perce Ă©lectoralement, sous la conduite de LĂ©on Degrelle, lors du scrutin lĂ©gislatif de 1936, Pierre Nothomb, qui a rejoint le Parti catholique, en devient sĂ©nateur jusqu’à l’annĂ©e prĂ©cĂ©dant sa mort survenue en 1966.

À l’instar de nombreux nationalistes belges, Pierre Nothomb est liĂ© durant la IIe Guerre mondiale aux activitĂ©s de la RĂ©sistance et est inquiĂ©tĂ© par les occupants.(3)

Au cours de son existence, il publie une centaine d’ouvrages – romans, poĂšmes, livres consacrĂ©s Ă  l’histoire de Belgique, 
 –, dont un est rĂ©Ă©ditĂ© en 2017 : La Dame du Pont d’Oye.(4)

Son fils, Charles-Ferdinand Nothomb, devient vice-Premier ministre, président de la Chambre des députés et du Parti social-chrétien. Son arriÚre-petite-fille est la romanciÚre Amélie Nothomb.

Edmond Picard, le « pÚre » du nationalisme belge.

Edmond Picard, le « pÚre » du nationalisme belge.

L’introduction retrace l’histoire du nationalisme belge et aborde la question de l’ñme du peuple.

Le pĂšre et prĂ©curseur du nationalisme belge est Edmond Picard (1836-1924) (5), un trĂšs important juriste et avocat bruxellois, qui devient un des premiers sĂ©nateurs socialistes. Il dĂ©veloppe l’idĂ©e de « L’Âme belge », mettant en avant le fait qu’un peuple a une Ăąme. Au sein de son ouvrage Confiteor (6) paru en 1901, il Ă©crit : « L’Âme belge ! Notre Âme ! À l’heure actuelle, je la vois si clairement, je la comprends si fervemment ! Pendant ces derniĂšres annĂ©es nocturnes de ma vie dĂ©clinante, elle me hante avec l’éclat d’une Ă©toile. L’Âme belge ! Difficile analyse dont la place est marquĂ©e dans cette science rĂ©cente, la psychologie des peuples, succĂ©danĂ©e de la psychologie des foules, sa sƓur Ă  peine plus ĂągĂ©e ! »

Ce concept développé par Edmond Picard est trÚs important, car chaque peuple a une ùme spécifique et les partis politiques nationalistes actuels doivent la capter et la défendre.

Les nationalistes belges réclament au sortir de la Ire Guerre mondiale la réalisation d'une Grande Belgique (la ligne verte marque les limites de leurs prétentions territoriales).

Les nationalistes belges rĂ©clament au sortir de la Ire Guerre mondiale la rĂ©alisation d’une Grande Belgique (la ligne verte marque les limites de leurs prĂ©tentions territoriales).

Le nationalisme belge existe-t-il encore ?

Non. Le nationalisme belge a quasi complĂštement disparu, ce qui ne signifie pas nĂ©cessairement qu’il ne renaĂźtra pas un jour. Cependant, dans la partie nĂ©erlandophone de la Belgique, un autre nationalisme, flamand celui-lĂ , a le vent en poupe. Lors des Ă©lections rĂ©gionales de mai 2019, les deux partis reprĂ©sentant cette tendance, la N-VA et le Vlaams Belang, ont obtenu ensemble un peu moins de la moitiĂ© des siĂšges au sein du Parlement flamand.

Un parallĂšle entre la situation qu’ont connu la Belgique et la France durant la Ire Guerre mondiale et la donne actuelle en Europe peut-il ĂȘtre tiré ?

Oui. En effet, en 1914, lorsque l’Allemagne envahit la Belgique, le nationalisme belge existe seulement au sein de milieux intellectuels extrĂȘmement restreints. L’agression teutonne et les crimes contre les civils qui en dĂ©coulent provoquent une Ă©norme rĂ©action dans la population qui vit en Belgique occupĂ©e, mais Ă©galement au sein des milieux belges de l’exil en France. Le nationalisme belge explose et, entre 1916 et 1920, la quasi-totalitĂ© du peuple belge est nationaliste. Tant les milieux politiques catholiques et libĂ©raux que socialistes sont traversĂ©s par cette vague.

En 1915, Gabrielle Petit, rĂ©sistante belge qui sera fusillĂ©e par les occupants allemands, dĂ©clare : « Ma patrie ! Je n’y avais pas assez pensĂ©, je l’ignorais presque. Je ne sentais pas que je l’aimais. Mais depuis qu’ils la martyrisent, les monstres, je la vois partout. Je la respire dans les rues de la ville, Ă  l’ombre de nos palais
, elle vit en moi, je vis en elle. »(7)

Pierre Nothomb : Les Barbares en Belgique.

Pierre Nothomb : Les Barbares en Belgique.

Georges Simenon dĂ©crit dans son roman Les trois crimes de mes amis l’atmosphĂšre qui rĂšgne en Belgique Ă  la fin de l’annĂ©e 1918 et du dĂ©but de l’annĂ©e 1919 : « Chaque semaine voyait se dĂ©rouler des prises d’armes, des cĂ©rĂ©monies patriotiques, et dans toutes les fermes les cochons s’appelaient Guillaume. »(8)

Si le nationalisme connaĂźt une expansion Ă©norme en Belgique et en France lors de la Ire Guerre mondiale, avant de retomber au dĂ©but des annĂ©es 1920, un phĂ©nomĂšne similaire se dĂ©roule actuellement en Italie et dans l’est de l’Allemagne. Les mĂȘmes causes engendrent les mĂȘmes effets. La population agressĂ©e par la mondialisation et ses consĂ©quences, notamment Ă©conomiques, ainsi que par l’immigration qui en dĂ©coule et la dĂ©linquance liĂ©e Ă  ce phĂ©nomĂšne, rĂ©agit. Le nationalisme, contrairement aux autres tendances politiques – comme le conservatisme, le libĂ©ralisme, le socialisme,
 –, n’est pas une opinion stable, mais relĂšve avant tout d’une pulsion, qui, lorsque les problĂšmes l’ayant engendrĂ©e ont disparu ou sont rĂ©solus, s’évapore.

Pour conclure, ajoutons que si les soldats belges ou français morts sur le front durant la Ire Guerre mondiale voyaient ce que les politiciens du régime ont fait de leur pays, ils se retourneraient dans leur tombe.

Baland Lionel, Pierre Nothomb, Col. Qui suis-je ?, PardÚs, 2019.

Baland Lionel, Pierre Nothomb, Col. Qui suis-je ?, PardĂšs, 2019.

Baland Lionel, Pierre Nothomb, Col. Qui suis-je ?, PardĂšs, 2019.

Notes

(1) Sources sur Fernand Neuray :

Delhez Jean-Claude, Fernand Neuray, le plus grand journaliste belge de son temps (1874-1934), Annales de l’Institut ArchĂ©ologique belge du Luxembourg, CXVIII-CXIX, 1987-1988.

Baland Lionel, « Fernand Neuray, figure méconnue du nationalisme » in SynthÚse nationale, n°33, Paris, 2013.

Baland Lionel, « Fernand Neuray, figure de proue du nationalisme belge » in Bulletin d’Information du Centre LiĂšgeois d’Histoire et d’ArchĂ©ologie Militaire, Centre LiĂšgeois d’Histoire et d’ArchĂ©ologie Militaire/CLHAM, LiĂšge, n° 142, 2017, p. 5 Ă  14.

(2) https://eurolibertes.com/histoire/labbe-wallez-leminence-noire-de-degrelle-herge/

(3) http://eurolibertes.com/histoire/xavier-de-grunne-de-rex-a-resistance/

(4) http://eurolibertes.com/histoire/pierre-nothomb-dame-pont-doye/

(5) Source sur Edmond Picard :

Aron Paul et Vanderpelen-Diagre CĂ©cile, Edmond Picard (1836-1924). Un bourgeois socialiste belge Ă  la fin du dix-neuviĂšme siĂšcle, Essai d’histoire culturelle, MusĂ©es royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, 2013.

(6) Picard Edmond, Confiteor, Presses de la Veuve de Ferdinand Larcier, Bruxelles, 1901, p. 43. https://archive.org/details/gri_confiteorxx00pica/page/n57

(7) Ronvaux Pierre, Gabrielle Petit. La mort en face, Illustra, Izeghem, 1994, p. 218.

(8) En rĂ©fĂ©rence Ă  l’empereur dĂ©chu d’Allemagne Guillaume II.

 

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