par Christian Daisug.

Dans une aube de jeune printemps, la Nouvelle-OrlĂ©ans se demande comment elle a pu vivre trois siĂšcles, rester si avenante, si fraĂźche, si pimpante et traverser d’innombrables Ă©preuves allant d’une bataille contre les Anglais en 1815 Ă  l’ouragan Katrina en 2005 en passant par une occupation espagnole, le commerce des esclaves, sa vente par NapolĂ©on, quatre ans de guerre civile et un nombre incalculable d’épidĂ©mies de fiĂšvre jaune et de malaria. NĂ©e sans doute sous une bonne Ă©toile, la ville semble persuadĂ©e que cette chance inouĂŻe Ă©tait un dĂ», une sorte de rançon Ă  sa joie de vivre. Une joie qui maintenant Ă©clate, dĂ©borde et subjugue ses 400 000 habitants dont 6 000 parlent encore français. Le 300e anniversaire de la Nouvelle-OrlĂ©ans tombe le 7 mai. Un seul jour ? DĂ©risoire pour ces fĂȘtards impĂ©nitents. C’est toute l’annĂ©e 2018 qui sera consacrĂ©e Ă  l’évĂ©nement. On en a dĂ©jĂ  eu un avant-goĂ»t depuis janvier : Mardi Gras et Carnaval. Et jusqu’en dĂ©cembre, ce ne seront que dĂ©filĂ©s, parades, orchestres ambulants, reconstitutions historiques, expositions dans les musĂ©es, rencontres internationales. De la couleur, du bruit, du folklore. Tous les folklores rĂ©unis. Cette ville, capitale du jazz, qui a toujours vĂ©cu au prĂ©sent, opĂšre un brusque retour sur son passĂ©. Il l’impressionne et la flatte. La Nouvelle-OrlĂ©ans s’embrase. Le bonheur est communicatif.

Histoire et élégance

Ce bonheur est presque entiĂšrement contenu dans un Ă©crin : the French Quarter – le quartier français. Un Ă©crin de verdure, d’histoire et d’élĂ©gance. Figurez-vous deux terrains de football mis bout Ă  bout et quadrillĂ©s de rues coupĂ©es Ă  angle droit qui, sur un cĂŽtĂ©, s’enfoncent dans la berge limoneuse d’un Mississippi languissant et superbe. Non loin du fleuve, une magnifique statue Ă©questre de sainte Jeanne d’Arc et une imposante cathĂ©drale dĂ©diĂ©e Ă  saint Louis. Partout, l’architecture heureuse mĂȘle l’allure d’un grand siĂšcle, la chaleur intimiste des tropiques et la complicitĂ© permanente du voisinage. Un Ă©crin avec sa dentelle et ses rubans. Sa dentelle, ce sont les merveilleux jardins intĂ©rieurs. CachĂ©s du passant, ils s’offrent Ă  la vue du visiteur dĂšs qu’il dĂ©passe le salon et plonge dans des baies vitrĂ©es pour s’enchanter de cascades de fleurs, d’allĂ©es verdoyantes, de bancs flanquĂ©s de jets d’eau. Quant aux rubans, ce sont les curieux balcons suspendus. Chaque maison de deux ou trois Ă©tages s’en trouve cernĂ©e comme si on avait voulu projeter vers l’extĂ©rieur l’existence intime d’une famille. Balcons imposant sertis tout le long de motifs colorĂ©s et renforcĂ©s de distance en distance par des colonnes de fer forgĂ© qui montent en torsade du trottoir jusqu’au toit. L’ensemble offre le visage d’une France du bout du monde. D’autant que les rues s’appellent Bourbon, OrlĂ©ans ou Royale.

Royale

Royale, la Nouvelle-OrlĂ©ans le fut en ce 7 mai 1718, lorsque Jean-Baptiste Le Moyne, Sieur de Bienville, plante sur un vague marĂ©cage le drapeau fleurdelisĂ© au nom du rĂ©gent Philippe II, duc d’OrlĂ©ans. Au dĂ©but simple comptoir de la Compagnie du Mississippi, la ville d’un millier de colons, de marchands et de militaires devint vite la capitale de la Louisiane. Adrien de Pauger dessine un damier symĂ©trique et fixe l’emplacement des maisons, de l’église, des bĂątiments du gouverneur et des casernes. Sur les quais, on Ă©tablit les magasins, un hĂŽpital et le couvent des Ursulines. ProblĂšme : manque de femmes. Car l’objectif de Versailles est une colonie de peuplement – comme le QuĂ©bec. En quelques annĂ©es, arrivent prĂšs de 2 000 filles de la cassette : des pauvrettes, des orphelines, quelques prostituĂ©es, ainsi nommĂ©es parce qu’on les avait pourvues d’un trousseau payĂ© sur les deniers de la cassette royale. En 1733, la Nouvelle-OrlĂ©ans a dĂ©jĂ  une solide rĂ©putation de centre commercial – elle exporte des peaux, de l’indigo, du tabac – et d’une ville souriante, joyeuse avec ses fĂȘtes, ses danses et sa cuisine savoureuse.

Lorsqu’en 1762 la colonie est cĂ©dĂ©e Ă  l’empire espagnol, la Nouvelle-OrlĂ©ans, avec ses 3 850 habitants, est une ville à 80% francophone. Elle possĂšde un thĂ©Ăątre construit par Jean-Baptiste Le Sueur Fontaine et aura plusieurs journaux dont Le Moniteur de la Louisiane, L’Ami des lois et L’Abeille de la Nouvelle-OrlĂ©ans. Durant trente-huit ans, les Français harcĂšleront les envoyĂ©s de Madrid afin de retrouver leur ancien statut. Chose faite en 1800, pour trois ans seulement. En 1803, NapolĂ©on vend la Louisiane qui devient territoire des Etats-Unis. Mais la langue française a encore de belles dĂ©cennies devant elle. En 1810, la Nouvelle-OrlĂ©ans compte 25 000 habitants, dont 3 200 anglophones seulement. La suprĂ©matie du français persistera jusqu’à la guerre de SĂ©cession, qui marque l’amorce de son dĂ©clin. Mais si la langue a presque disparu, elle a eu le temps d’imprĂ©gner les esprits d’un certain charme, les mƓurs d’une certaine douceur de vivre. La Nouvelle-OrlĂ©ans, c’est le slogan des flĂąneurs, « Laissez le bon temps rouler », c’est le Natchez, bateau Ă  roues Ă  aubes qui fait des ronds sur le Mississippi, c’est le vieux tramway de la rue Saint-Charles, c’est le cimetiĂšre Saint-Louis avec ses tombes-monuments du XVIIe siĂšcle, c’est le CafĂ© du Monde avec ses beignets, c’est sa cuisine cajun pimentĂ©e – Ă©crevisses d’eau douce et haricots rouges –, c’est Sidney Bechet et Louis Armstrong, natifs de la ville. La Nouvelle-OrlĂ©ans, c’est la nostalgie Ă  chaque coin de rue.

Article paru dans les colonnes du quotidien Présent.

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