Lavisse se plaĂźt Ă  souligner que l’une des tĂąches principales des rois de France (avant la lettre) fut de « mettre au pas » des « vassaux turbulents ». Mais l’histoire du premier siĂšcle de la dynastie capĂ©tienne montre que les grands fĂ©odaux n’étaient pas « turbulents » du tout, sans quoi ils auraient renversĂ© le petit CapĂ©tien d’une simple pichenette. Et la fuite des armĂ©es impĂ©riales devant celle de Louis VI le Gros, en 1124, montre que le systĂšme fĂ©odal Ă©tait fort efficace pour dĂ©fendre le pays.

En fait, le plus turbulent des grands fĂ©odaux fut le roi lui-mĂȘme. Louis VIII, notamment, continua avec entrain les usurpations de son pĂšre sur ses malheureux vassaux. Mais ses brigandages et ses usurpations lui valent l’absolution et mĂȘme les louanges des historiographes des rois de France, ce qui peut se comprendre, mais aussi celle des historiens de la rĂ©publique, qui l’absolvent au passage de la croisade contre les Albigeois.

Les esprits ont changĂ©, et cet Ă©pisode est aujourd’hui devenu un crime. L’affaire n’est pas simple, et se rĂ©sume dĂ©sormais Ă  une phrase que nul n’a prononcĂ©e : « Tuez-les tous, Dieu reconnaĂźtra les siens ! »

Ce que je souligne ici, c’est que le roi est intervenu en Languedoc Ă  la demande de ses vassaux, conformĂ©ment au droit fĂ©odal (qu’il respectait quand ça l’arrangeait). Il est vrai qu’il en profita pour s’emparer du comtĂ© de Toulouse, plutĂŽt que de le rendre Ă  son lĂ©gitime suzerain. Et pas moyen de prĂ©tendre, comme Ă  propos de l’Aquitaine ou de la Normandie, que c’était pour dĂ©livrer le pays d’une occupation Ă©trangĂšre
 par un roi PlantagenĂȘt qui, soit dit en passant, n’était pas un Anglais installĂ© en France, mais un Français devenu roi d’Angleterre. Ce que Louis allait ĂȘtre Ă  deux doigts de devenir lui-mĂȘme !

Nous avons laissĂ© Jean sans Terre en campagne sur la Loire, en 1214. Quelques jours avant Bouvines, il fut battu Ă  la Roche-aux-Moines par le dauphin, futur Louis VIII, qui y gagna son surnom : le Lion. Les deux victoires ne vont pas l’une sans l’autre. Le roi de France en sortit grandi, pour le malheur de ses vassaux. Tandis que cette dĂ©faite conduisit Jean sans Terre Ă  signer la Grande Charte exigĂ©e par ses barons pour garantir leurs droits contre ceux du souverain.

Toutefois, ayant pansĂ© ses plaies et Ă©poussetĂ© son armure bosselĂ©e, Jean fit ce que n’importe quel roi aurait fait Ă  sa place : il oublia ses engagements. Qu’à cela ne tienne : les barons firent venir un souverain plus Ă  leur grĂ©, qui n’était autre que le futur Louis VIII. Celui-ci commença par mettre Londres Ă  sac (1216), puis fut proclamĂ© roi par les barons anglais. ProclamĂ©, mais non couronnĂ©.

Sur ces entrefaites, Jean sans Terre mourut. Et ses vassaux lui choisirent comme successeur son fils Henri III, plus enclin Ă  respecter la Charte qu’un rude gaillard comme Louis le Lion. Ils congĂ©diĂšrent donc ce dernier pour mieux conserver la fameuse Charte qui fut le socle de leurs libertĂ©s. Louis VIII, finalement chassĂ© d’Angleterre, signa en 1217 le traitĂ© de Lambeth, par lequel il renonçait Ă  la couronne d’Angleterre et empochait au passage 10 000 marcs d’or. Il garda l’argent, mais ne tarda pas Ă  trouver un prĂ©texte pour s’emparer de vive force des fiefs anglais relevant de la couronne de France, Ă  l’exception de Bordeaux et de la Gascogne. On ne se refait pas.

Les chroniques de Pierre de Laubier sur l’« Abominable histoire de France » sont diffusĂ©es chaque semaine dans l’émission « SynthĂšse » sur Radio LibertĂ©s.

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Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

 

A propos de l'auteur

Pierre de Laubier

Actuellement professeur d’histoire dans des collĂšges libres, Pierre de Laubier est l’auteur de "L’Aristoloche", journal instructif et satirique paraissant quand il veut, et il rĂ©dige les blogues Chronique de l’école privĂ©e
 de libertĂ© et "L’Abominable histoire de France", ce dernier tirĂ© de ses chroniques radiophoniques sur "Radio LibertĂ©s" oĂč il est un chroniqueur de l’émission "SynthĂšse", animĂ©e par Roland HĂ©lie et Philippe Randa.

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