Les quatre fils de Clovis se partagĂšrent son hĂ©ritage, et il en fut ainsi Ă  chaque gĂ©nĂ©ration. Mais ces partages ne se firent pas au petit bonheur, car l’unitĂ© des royaumes francs perdura. TantĂŽt ils respectaient l’ancien dĂ©coupage de la Gaule, tantĂŽt ils partageaient les provinces qui avaient eu une existence autonome (Provence, Aquitaine ou Bourgogne), pour en contrecarrer les tendances sĂ©paratistes.

Les guerres internes du VIe siĂšcle, marquĂ©es par la sanglante rivalitĂ© de Brunehaut, reine d’Austrasie, et FrĂ©dĂ©gonde, reine de Neustrie, se terminĂšrent en 613, sous Clotaire II, par le supplice de Brunehaut, attachĂ©e Ă  la queue d’un cheval. Clotaire II rĂ©gna sur tous les Francs, de mĂȘme que son fils Dagobert Ier. Guerres civiles, mais aussi guerres de conquĂȘte : royaume des Burgondes en 536, annexion de la Provence et de la Thuringe, protectorat sur la BaviĂšre.

Les rois mĂ©rovingiens Ă©taient entourĂ©s de guerriers appelĂ©s leudes, et ils s’appuyaient sur de grands officiers dont le plus puissant Ă©tait le maire du palais, qui gĂ©rait les domaines du roi. Les citĂ©s et les pays de l’ancienne Gaule Ă©taient gouvernĂ©s par des comtes, parfois dominĂ©s par un chef militaire, le duc. Notons que si « leude » a la mĂȘme racine que leute en allemand, les titres de major domus, comes et dux viennent du latin : ils ne sont autres que ceux de l’Empire romain.

Pour s’assurer la fidĂ©litĂ© de tous ces gens, les rois leur concĂ©dĂšrent des immunitĂ©s et des terres, Ă  titre prĂ©caire d’abord, Ă  vie Ă  partir de la fin du VIe siĂšcle, puis Ă  titre hĂ©rĂ©ditaire. Ce qui posa un problĂšme quand ils n’eurent plus rien Ă  donner : ils se trouvĂšrent contrebalancĂ©s par une noblesse terrienne qui monopolisait les titres de comtes et d’évĂȘques, et finirent par prĂ©tendre eux-mĂȘmes au pouvoir royal. Puis les partages furent plus stables, laissant se constituer de vastes duchĂ©s autonomes : la Bretagne, mais aussi l’Aquitaine, la Bourgogne et la Provence.

Ce fut Eginhard, chroniqueur de Charlemagne, qui qualifia de « fainĂ©ants » les six derniers rois mĂ©rovingiens qui rĂ©gnĂšrent de 673 Ă  751. Mais il Ă©crivait quinze ans aprĂšs la mort de l’empereur ! Il donne pour preuve de cette paresse leur manie de se dĂ©placer Ă  bord de chars Ă  bƓufs. Or, ce faisant, ils ne faisaient qu’obĂ©ir Ă  la coutume qui voulait que le nouveau roi parcourĂ»t ainsi son royaume, pour y rĂ©pandre la fĂ©conditĂ© et l’abondance.

Les derniers rois mĂ©rovingiens furent surtout malchanceux. À la mort de Dagobert Ier (639), ses fils avaient trois et neuf ans. AussitĂŽt, les maires du palais d’Austrasie et de Neustrie entrĂšrent (encore) en rivalitĂ©. Mais cette querelle aboutit paradoxalement Ă  refaire l’unitĂ© de cette partie essentielle du monde franc : PĂ©pin de Herstal, maire du palais austrasien, remporta la victoire de Tertry (687) et devint maire du palais des deux royaumes (690).

C’est donc parce que les maires du palais accaparĂšrent le pouvoir que les rois mĂ©rovingiens s’affaiblirent
 et non l’inverse. En rĂ©alitĂ©, ces derniers rois mĂ©rovingiens n’eurent pas moins de pouvoir que Charlemagne. Comme eux, il se trouvera face Ă  une noblesse devenue hĂ©rĂ©ditaire et rencontrera des difficultĂ©s Ă  faire rentrer les impĂŽts.

Les derniers rois mérovingiens étaient-ils vraiment fainéants, ou bien sont-ce les historiens qui se sont montrés un peu paresseux ?

Les chroniques de Pierre de Laubier sur l’« Abominable histoire de France » sont diffusĂ©es chaque semaine dans l’émission « SynthĂšse » sur Radio LibertĂ©s.

Vous avez aimé cet article ?

EuroLibertĂ©s n’est pas qu’un simple blog qui pourra se contenter ad vitam aeternam de bonnes volontĂ©s aussi dĂ©vouĂ©es soient elles
 Sa promotion, son dĂ©veloppement, sa gestion, les contacts avec les auteurs nĂ©cessitent une Ă©quipe de collaborateurs compĂ©tents et disponibles et donc des ressources financiĂšres, mĂȘme si EuroLibertĂ©s n’a pas de vocation commerciale
 C’est pourquoi, je lance un appel Ă  nos lecteurs : NOUS AVONS BESOIN DE VOUS DÈS MAINTENANT car je doute que George Soros, David Rockefeller, la Carnegie Corporation, la Fondation Ford et autres Goldman-Sachs ne soient prĂȘts Ă  nous aider ; il faut dire qu’ils sont trĂšs sollicitĂ©s par les medias institutionnels
 et, comment dire, j’ai comme l’impression qu’EuroLibertĂ©s et eux, c’est assez incompatible !
 En revanche, avec vous, chers lecteurs, je prends le pari contraire ! Trois solutions pour nous soutenir : cliquez ici.

Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

A propos de l'auteur

Pierre de Laubier

Actuellement professeur d’histoire dans des collĂšges libres, Pierre de Laubier est l’auteur de "L’Aristoloche", journal instructif et satirique paraissant quand il veut, et il rĂ©dige les blogues Chronique de l’école privĂ©e
 de libertĂ© et "L’Abominable histoire de France", ce dernier tirĂ© de ses chroniques radiophoniques sur "Radio LibertĂ©s" oĂč il est un chroniqueur de l’émission "SynthĂšse", animĂ©e par Roland HĂ©lie et Philippe Randa.

Articles similaires