Au XVIIe siĂšcle, contrairement aux Ăźles des Antilles, la Nouvelle-France n’avait que trĂšs peu Ă  offrir aux colons intĂ©ressĂ©s Ă  s’y Ă©tablir, sinon le froid, le dur labeur et la menace iroquoise. De plus, le peuplement n’avait pas Ă©tĂ© mis en avant dans les premiers temps, car l’économie de la jeune colonie reposait principalement sur la traite de la fourrure dans laquelle les Français servaient surtout d’intermĂ©diaires, la chasse Ă©tant rĂ©alisĂ©e par les AmĂ©rindiens. La volontĂ© de peupler le pays n’était ainsi pas aussi forte que celle d’en tirer des profits et, malgrĂ© les promesses de peupler la Nouvelle-France d’ñmes catholiques et françaises, les compagnies obtenant les droits de traite se concentrĂšrent sur l’aspect pĂ©cuniaire de leur mission.

C’est le Roi Louis XIV qui prendra en main la colonie en 1663 pour lui donner un nouveau souffle, dĂ©pĂȘchant deux ans plus tard l’intendant Jean Talon. Celui-ci favorisera l’implantation de nouveaux colons et mettra en place des politiques natalistes, mais le fait est que la population canadienne Ă©tait majoritairement masculine, composĂ©e d’anciens employĂ©s ou d’anciens militaires rĂ©formĂ©s. Quoi qu’en disent les adeptes du mariage pour tous, impossible de fonder des familles dans de telles conditions, une prĂ©sence fĂ©minine Ă©tait nĂ©cessaire pour que la Nouvelle-France puisse perdurer.

Pour remĂ©dier Ă  ce problĂšme, le ministre Colbert recruta des femmes pour la colonisation. Celles-ci Ă©taient parfois orphelines, parfois recrutĂ©es par des « enrĂŽleurs » qui recevaient une prime pour chaque femme intĂ©ressĂ©e Ă  l’aventure ou simplement par des curĂ©s. Les dĂ©penses de ces femmes, soit la traversĂ©e, les « hardes » Ă  laquelle on ajoutait une somme de 100 livres, en plus de 50 livres d’équipement divers tirĂ© des magasins du roi et une dot d’environ 50 livres, Ă©taient entiĂšrement assumĂ©es par la couronne, d’oĂč le nom de « filles du roi » qui leur fut attribuĂ©. On ajoutait une allocation en cas de besoin pour s’assurer que l’implantation se ferait dans les meilleures conditions.

Les premiĂšres filles du roi dĂ©barquĂšrent Ă  QuĂ©bec Ă  l’étĂ© 1663, en provenance de La Rochelle, puis furent dispersĂ©es Ă  QuĂ©bec, Trois-RiviĂšres et MontrĂ©al oĂč elles trouvĂšrent rapidement un mari et fondĂšrent des foyers. Elles prirent mari avec des anciens du RĂ©giment de Carignan-SaliĂšres ou des colons cĂ©libataires qui ne demandaient qu’à fonder une famille.

Au total ce sont 961 filles du roi qui vinrent s’installer en Nouvelle-France. ÂgĂ©es de 15 Ă  30 ans, ces cĂ©libataires ou veuves Ă©taient roturiĂšres ou demoiselles et devinrent des « épouses fidĂšles et mĂšres fĂ©condes ». Le tiers de ce contingent provenait de la rĂ©gion de l’Île de France.

En 1673, le mouvement prit fin, les fonds du roi Louis XIV Ă©tant trop sollicitĂ©s par les armĂ©es qu’il devait entretenir en France et en plus, Colbert jugeait que le Canada pouvait voler de ses propres ailes, ce qui Ă©tait loin d’ĂȘtre faux. Selon le dĂ©mographe Marvin McInnis, cette population composĂ©e de 65 000 Français prĂ©sents lors de la conquĂȘte anglaise se multiplia par treize entre 1761 et 1851, sans recours Ă  l’immigration, d’oĂč le terme de « miracle canadien ».

Il faut aussi noter que de par leur dot plus que gĂ©nĂ©reuse, les filles du roi reprĂ©sentaient aux yeux de nombreux Canadiens un parti plus attrayant que les filles de colons. Raison de plus d’abandonner cette pratique qui engendrait un effet contraire Ă  celui espĂ©rĂ©.

Bien que ces femmes aient Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ©es pour leur « honnesteté » et vertu, elles furent parfois considĂ©rĂ©es Ă  tort – il faut le dire – comme des « filles de joie ». Des rumeurs circulant sur l’émigration fĂ©minine au Canada mĂ©langeaient ce qui se passait en Nouvelle-France et aux Antilles, oĂč lĂ  des femmes de petite vertu furent envoyĂ©es.

Ces rumeurs furent ainsi vĂ©hiculĂ©es au XVIIe siĂšcle, et furent renforcĂ©es, malgrĂ© les dĂ©mentis des autoritĂ©s et de l’Église, par la parution en 1703 du livre Les voyages du Baron de La Hontan, par un homme considĂ©rĂ© comme un faussaire de l’histoire. Il Ă©tait bien allĂ© au Canada, mais en 1683, bien aprĂšs la fin de l’émigration des filles du roi. Les commĂ©rages sur le Canada, supposĂ©ment peuplĂ© de femmes de faible vertu et de repris de justice, sont des mythes sans aucun fondement historique, mais colportĂ©s en France durant des dĂ©cennies et mĂȘme la trĂšs sainte Marguerite Bourgeoys, une femme d’une foi fervente et d’un dĂ©vouement sans Ă©gal, fut raillĂ©e comme Ă©tant libertine, car elle avait choisi le Canada.

C’étaient lĂ  des accusations gratuites et cruelles, car il fallait montrer sa bonne vertu pour pouvoir Ă©migrer au Canada, comme le prouve l’anecdote suivante. En 1658, une femme ayant eu un enfant sans ĂȘtre mariĂ©e avait Ă©tĂ© envoyĂ©e au Canada, avant d’en ĂȘtre dĂ©portĂ©e dĂšs son arrivĂ©e et renvoyĂ©e en France. La colonie ne voulait que des Ăąmes vertueuses. D’ailleurs le pĂšre Le Mercier, responsable de la dĂ©livrance des certificats de moralitĂ© aux jeunes arrivantes, se vantait qu’au pays, on n’acceptait que des « filles fort honnestes ». Ce n’est pas sans raison que les jeunes zĂ©lateurs d’Argentan scandaient en 1660 : « La foi se meurt en France ; allons au Canada ».

Aujourd’hui, la SociĂ©tĂ© d’histoire des Filles du Roy est un organisme qui participe Ă  la promotion de la mĂ©moire de ces filles qui mĂ©ritent le titre de mĂšres fondatrices de la nation canadienne, non point de façon figurĂ©e, mais au sens littĂ©ral. Les fĂ©ministes, toujours en quĂȘte d’hĂ©roĂŻnes aux accomplissements un peu obscurs, ont quant Ă  elles abandonnĂ© ces vĂ©ritables hĂ©roĂŻnes qui ont prĂ©fĂ©rĂ© l’incertitude et l’aventure Ă  un avenir paisible. Catholiques et dĂ©vouĂ©es, ces femmes courageuses sont trop Ă©loignĂ©es de la vision mortifĂšre vĂ©hiculĂ©e par les adeptes de l’avortement et de la femme Ă©mulant l’homme.

Gustave LanctĂŽt, Filles de joie ou filles du roi, Éd. du Jour, MontrĂ©al, 1966, 156 p.

Gustave LanctĂŽt, Filles de joie ou filles du roi, Éd. du Jour, MontrĂ©al, 1966, 156 p.

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A propos de l'auteur

RĂ©mi Tremblay

RĂ©mi Tremblay, Ă©diteur du Harfang, porte-parole de la FĂ©dĂ©ration des QuĂ©bĂ©cois de souche, collaborateur Ă  plusieurs journaux (PrĂ©sent, Livr’Arbitres, Council of Euro-Canadians et Alternative Right) ; il a dĂ©jĂ  publiĂ© le livre "Les Acadiens : du Grand DĂ©rangement au Grand Remplacement" et "Le Canada français, de Jacques Cartier au gĂ©nocide tranquille" (avec Jean-Claude Rolinat) aux Ă©ditions Dualpha. Il est le correspondant d'EuroLibertĂ©s au Canada.

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