Le premier biographe de Charlemagne fut le moine Eginhard.

Cet hagiographe écrivit en même temps la légende noire des Mérovingiens et les qualifia de « rois fainéants ». Il n’a pas tort d’insister sur le caractère impérial de Charlemagne. Ce dernier s’est même trouvé une ascendance antique : on le dit descendant d’Astyanax, fils d’Hector et petit-fils de Priam, roi de Troie.

Il ne faut toutefois pas perdre de vue que les Mérovingiens étaient plus proches des Romains que les Carolingiens. La renaissance latine voulue par Charlemagne n’eut pas lieu après des siècles d’oubli. Elle fut rendue possible par la continuité assurée sous les rois mérovingiens. Les barbares avaient vécu dans l’empire au milieu des populations romaines ou romanisées, dans un monde sillonné de routes jalonnées de bornes, avec ses poids, ses mesures et ses monnaies, ses lois, ses usages et ses contrats. Qui aurait pu changer cela, et qui l’aurait voulu ?

Lavisse écrit : « L’empire était divisé en comtés, correspondants aux anciennes cités. Chacun d’eux était administré par un comte nommé par l’empereur, révocable à sa volonté. Le comte, comme l’ancien gouverneur romain, réunissait tous les pouvoirs : il était à la fois chef civil, chef militaire, chef de la justice, préfet, général, président de tribunal, trésorier général. Il existait aussi, et généralement sur les frontières, des circonscriptions militaires, où l’autorité appartenait à un général, le duc. On les appelait des duchés. »

Lavisse a beau voir cette continuité, comme il inscrit Charlemagne dans la lignée des rois de France, il lui semble que le partage de l’empire est une anomalie qu’il convient d’expliquer. La première cause qu’il y voit est son immensité ; sa diversité de races et de langues. « Un seul homme – à moins qu’il n’eût le génie de Charlemagne – ne pouvait suffire au gouvernement d’un état si grand », écrit-il. Mais l’immensité et la diversité sont le propre d’un empire, qui n’est pas un état mais des états. De même, la diversité des langues et des cultures n’a empêché ni la constitution ni l’extension de l’Empire romain. L’écriteau apposé sur la croix du Christ, était rédigé en trois langues : l’hébreu, langue locale, le latin, langue officielle, et le grec, langue vernaculaire au sein de l’empire. Le procès de Jésus illustre aussi la cohabitation entre les tribunaux juifs et la justice romaine. Tout cela était parfaitement gouvernable et fut gouverné.

En fait, si Charlemagne ne partage pas ses états, c’est tout simplement qu’un seul de ses fils lui a survécu : Louis le Pieux. Et si ce dernier partage les siens, c’est pour obéir aux lois franques qui le lui imposent. Les historiens du XIXe siècle semblent toujours surpris de constater que les rois francs ne considèrent pas leurs états comme une entité « une et indivisible ». Ils semblent aussi trouver incongru qu’un roi se soumette aux lois. Sans doute sont-ils aveuglés par l’exemple des mœurs républicaines !

Louis le Pieux, qui a abandonné les titres de roi des Francs et des Lombards pour ne conserver que celui d’empereur, partage ses états. Mais pas l’empire. Le seul de ses fils qui gardera le titre d’empereur, c’est Lothaire, qu’il associe à son pouvoir de son vivant, et à qui reviendra toute la partie centrale de l’empire, comprenant à la fois Aix-la-Chapelle, capitale politique, et Rome, capitale religieuse.

Les chroniques de Pierre de Laubier sur l’« Abominable histoire de France » sont diffusées chaque semaine dans l’émission « Synthèse » sur Radio Libertés.

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