L’époque mĂ©rovingienne se caractĂ©rise par le dĂ©clin des villes, dont le rĂŽle administratif et mĂȘme commercial diminua. Ce dĂ©clin entraĂźna, dans un premier temps, celui du christianisme, qui avait Ă©tĂ© en premier lieu urbain.

Du coup, les Francs mĂ©rovingiens ont laissĂ© peu de monuments. Au contraire, ils ont dĂ©truit de nombreux Ă©difices romains pour construire des fortifications ou des Ă©glises. C’est l’orfĂšvrerie, art des peuples nomades, poussĂ© Ă  un degrĂ© de perfection supĂ©rieur Ă  celui des Romains, qui a laissĂ© les plus beaux vestiges de cette Ă©poque. Saint Éloi, conseiller de Dagobert, n’était-il pas d’une famille d’orfĂšvres ?

Mais ce temps de dĂ©clin de la civilisation – ou de la vie urbaine – est aussi celui de la fusion entre le monde latin et l’apport germanique, qui se fit, Ă  la faveur de la conversion de Clovis, en commençant par les Ă©lites. Au dĂ©but, les habitants des Gaules et les barbares obĂ©issaient chacun Ă  leurs propres lois (c’est pourquoi Clovis fit Ă©crire la loi salique), mais un signe de cette fusion fut l’unification du droit. L’élĂ©ment germanique resta plus marquĂ© dans le Nord, et l’élĂ©ment latin mieux prĂ©servĂ© dans le Midi : aussi la diffĂ©rence entre pays de droit Ă©crit et pays de droit coutumier persista-t-elle pendant des siĂšcles.

Les villes avaient dĂ©clinĂ©, mais oĂč leurs habitants Ă©taient-ils donc passĂ©s ? Les notables s’étaient retirĂ©s sur leurs terres, dans leurs villas, oĂč ils vivaient entourĂ©s de leurs soldats, de leurs esclaves, de leurs clients, d’ouvriers et de paysans. Ces villas Ă©taient ainsi devenues des centres administratifs, commerciaux, industriels. Et les barbares adoptĂšrent ce mode de vie, d’autant plus volontiers qu’ils Ă©pousaient les filles des propriĂ©taires terriens locaux. Ces lieux ont gardĂ© le nom (latin ou germanique) de leur propriĂ©taire, avec les suffixes curtis, villa ou casa : ainsi Baudricourt, Charleville ou la Chaize-Giraud.

En mĂȘme temps, l’expansion du christianisme reprit, mais sous une forme nouvelle, avec l’apparition des monastĂšres. Le monachisme oriental implantĂ© par saint Honorat Ă  LĂ©rins vers 410 fut Ă©clipsĂ© par celui de saint Colomban, qui fonda son premier monastĂšre Ă  Luxeuil en 590. Puis, au VIIe siĂšcle, la rĂšgle de saint BenoĂźt supplanta celle de saint Colomban. Ces monastĂšres, qui faisaient pendant aux grands domaines laĂŻcs, Ă©taient les foyers d’une vie autonome, y compris Ă©conomique, Ă  laquelle il faut ajouter la vie intellectuelle, grĂące aux moines copistes. Et que copiaient-ils ? La littĂ©rature latine et biblique, qui remplissait leurs bibliothĂšques.

Ainsi, l’organisation politique a bien changĂ© depuis les invasions barbares. Mais la synthĂšse originale rĂ©alisĂ©e dans le monde franc entre le fonds latin et l’apport germanique a Ă©tĂ© le modĂšle de la civilisation de l’Europe, profondĂ©ment implantĂ©e dans le monde rural, au contraire de la civilisation romaine antique qui Ă©tait essentiellement urbaine. Et elle s’est organisĂ©e autour de l’abbaye et du chĂąteau.

Jusqu’au XVIIIe siĂšcle, l’histoire de France n’a Ă©tĂ© qu’une histoire des dynasties. Au XIXe siĂšcle, les historiens parlĂšrent des « quarante rois qui ont fait la France ». Les uns et les autres ont cru que, quand les dynasties dĂ©clinaient, tout le pays dĂ©clinait aussi. Mais, sous les MĂ©rovingiens, les Francs on fait la France en se passant des rois. Ils l’ont faite rurale, et ils l’ont maintenue latine et chrĂ©tienne.

Les chroniques de Pierre de Laubier sur l’« Abominable histoire de France » sont diffusĂ©es chaque semaine dans l’émission « SynthĂšse » sur Radio LibertĂ©s.

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Philippe Randa,
Directeur d’EuroLibertĂ©s.

A propos de l'auteur

Pierre de Laubier

Actuellement professeur d’histoire dans des collĂšges libres, Pierre de Laubier est l’auteur de "L’Aristoloche", journal instructif et satirique paraissant quand il veut, et il rĂ©dige les blogues Chronique de l’école privĂ©e
 de libertĂ© et "L’Abominable histoire de France", ce dernier tirĂ© de ses chroniques radiophoniques sur "Radio LibertĂ©s" oĂč il est un chroniqueur de l’émission "SynthĂšse", animĂ©e par Roland HĂ©lie et Philippe Randa.

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