Le principal mĂ©rite des quatre premiers rois capĂ©tiens a Ă©tĂ© de vivre longtemps et de ne pas se mĂȘler de ce qui ne les regardait pas. Pourtant, au cours de ce premier siĂšcle de la dynastie, deux Ă©vĂ©nements de taille se produisirent sous le rĂšgne de Philippe Ier. Le premier est la conquĂȘte de l’Angleterre par Guillaume le ConquĂ©rant en 1066. Le second est la dĂ©livrance de JĂ©rusalem par la premiĂšre croisade, en 1099.

Louis le Gros prenant l'oriflamme sur l'autel de Saint-Denis.

Louis le Gros prenant l’oriflamme sur l’autel de Saint-Denis.

Le premier CapĂ©tien dont on raconte le rĂšgne avec quelques dĂ©tails est Louis VI le Gros, montĂ© sur le trĂŽne en 1108. ConseillĂ© par Suger, abbĂ© de Saint-Denis, il mit en place dans le domaine royal une administration qui se superposa aux liens fĂ©odaux : prĂ©vĂŽts chargĂ©s de recueillir les revenus royaux, de lever des hommes d’armes et de rendre la justice en premiĂšre instance. C’était bien nĂ©cessaire, car le domaine royal Ă©tait alors la province la moins sĂ»re du royaume !

Ce qui plaĂźt aux historiens, c’est que Louis VI fut un homme de guerre infatigable. C’était bien utile, direz-vous, pour mettre au pas les seigneurs turbulents. Sauf que le royaume n’est nullement en proie Ă  l’anarchie. Louis VI ne fait pas la guerre pour soumettre des seigneurs rĂ©voltĂ©s contre l’autoritĂ© du roi, mais pour arbitrer des conflits entre eux, ou entre les seigneurs et les villes qui cherchent Ă  faire garantir leur existence par des chartes et des franchises. Ces guerres ne sont, en somme que la justice du roi continuĂ©e par d’autres moyens.

D’autre part, Louis VI s’opposa Ă  l’empereur germanique, qui Ă©tait alors en conflit avec la papautĂ© (c’est la querelle des Investitures). Par deux fois, il donna asile au pape chassĂ© d’Italie par l’empereur. Cette opposition finit par irriter l’empereur Henri V. D’autre part, celui-ci avait l’intention d’aider son beau-pĂšre Henri Ier Beauclerc (fils de Guillaume le ConquĂ©rant) Ă  rĂ©gler la succession du duchĂ© de Normandie. C’est pourquoi, en 1124, il entra en France Ă  la tĂȘte d’une armĂ©e.

Mais quelle est cette bataille fantĂŽme, signalĂ©e avec nĂ©gligence par les historiens, et dont Lavisse ne souffle mĂȘme pas un seul mot ? Pourquoi ce lourd silence ? Parce que la bataille n’eut pas lieu ! C’est une bonne raison, mais pas suffisante. Car elle fut la rĂ©pĂ©tition d’une autre qui devait avoir lieu un siĂšcle plus tard : celle de Bouvines.

En effet, le roi de France avait beau rĂ©gner sur des seigneurs plus puissants que lui, il n’eut aucun mal Ă  les rĂ©unir sous la banniĂšre rouge de saint Denis. Henri V s’était avancĂ© jusqu’à Reims, mais Ă  la vue de cette armĂ©e formĂ©e de contingents venus de tout le royaume, il fit demi-tour et se retira Ă  Metz. Et la bataille n’eut pas lieu.

Dommage pour les historiens, qui n’accordent de gloire aux souverains que quand ils font couler des ruisseaux de sang. Mais cet Ă©vĂ©nement montre qu’en dĂ©pit des apparences, le systĂšme fĂ©odal Ă©tait aussi efficace que nĂ©cessaire pour assurer la dĂ©fense du royaume, et que l’esprit « national », dont on dit qu’il est nĂ© sur le champ de bataille de Bouvines, existait donc bel et bien. Les vassaux du roi de France n’étaient pas ses rivaux. C’est au contraire le roi qui, bientĂŽt, va entrer en rivalitĂ© avec eux.

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