Juan PerĂłn naĂźt en octobre 1895, dans un milieu ni riche ni pauvre et devient cadet d’école militaire Ă  l’ñge de 10 ans. DĂšs son adolescence, il est rĂ©voltĂ© par la misĂšre des pĂ©ons et des ouvriers des villes. AttachĂ© militaire en Italie mussolinienne, en 1938-1939, puis dans le IIIe Reich, en 1939-1940, il est enthousiasmĂ© par le bilan social et le dynamisme du fascisme et du nazisme, mais il ne partage pas le racisme antijuif du FĂŒhrer.

Juan Domingo PerĂłn en 1973.

Juan Domingo PerĂłn en 1973.

La guerre en Europe intĂ©resse fort peu les Latino-AmĂ©ricains. En Argentine jusqu’à la fin de l’hiver 1944-45, l’opinion populaire, Ă  l’exception de la ploutocratie juive (qu’on le veuille ou non, elle existe bien Ă  Buenos Aires), reste insensible au charme du PrĂ©sident des USA, Franklin Delano Roosevelt. Bien au contraire, un putsch d’officiers socialistes, emmenĂ©s par le colonel Juan PerĂłn, a dĂ©posĂ©, en juin 1943, le trĂšs conservateur Ramon Castillo, infĂ©odĂ© aux dieux dollar et livre Sterling.

Sur 40 milliards de pesos de PIB, 3 partent chaque annĂ©e Ă  l’étranger (aux USA et en Grande-Bretagne) Ă  titre de royalties : les industries Ă©lectriques, les chemins de fer, le tĂ©lĂ©phone, la distribution du gaz, les transports urbains, les assurances, le commerce des grains et l’industrie frigorifique (essentielle dans un pays exportateur de viande) sont aux mains des Yankees et des sujets du roi de Grande-Bretagne. Les 250 000 Juifs de Buenos Aires monopolisent la presse, le commerce de dĂ©tail, les professions libĂ©rales, la prostitution, le trafic de cocaĂŻne, la fabrication et la commercialisation des alcools.

La devise du nouveau Pouvoir argentin est : HonnĂȘtetĂ©, Justice, Devoir. Le colonel PerĂłn est sous-secrĂ©taire d’État au Travail (en 1943), puis ministre de la DĂ©fense au dĂ©but de 1944. Le 4 septembre 1943, une grĂšve fomentĂ©e par les communistes aux abattoirs de Berisso (proches de Buenos Aires) tourne Ă  l’émeute : les communistes tuent des soldats et des pompiers. PerĂłn ramĂšne le calme dĂšs le lendemain, Ă©vitant de rĂ©pondre Ă  la provocation marxiste par un dĂ©chaĂźnement de violence.

En janvier 1944, il dirige les secours aprĂšs un sĂ©isme meurtrier dans la rĂ©gion andine de San-Juan : pour la premiĂšre fois, les AmĂ©rindiens, mĂ©prisĂ©s par les « libĂ©raux » de la capitale, sont l’objet d’une attention gouvernementale. PerĂłn devient l’idole des pauvres et des rejetĂ©s du systĂšme capitaliste : les Descamisados (sans chemise).

L’étĂ© de 1944, lors de l’élection de Juan PerĂłn, chaud partisan des rĂ©formes Ă©conomiques et sociales du IIIe Reich, Ă  la vice-prĂ©sidence de la RĂ©publique d’Argentine (il reprend en outre le ministĂšre du Travail), FDR se fĂąche et ordonne le gel de l’or, puis en aoĂ»t celui de tous les avoirs argentins, publics et privĂ©s, aux USA ; enfin, il interdit toute importation de produits argentins aux USA. Churchill se conduit de façon moins explosive : les Britanniques ont besoin du blĂ© et de la viande d’Argentine et, du fait des excellentes relations existant entre le Reich et la RĂ©publique d’Argentine, les U-boote respectent les navires battant pavillon argentin. Ce n’est qu’in extremis, menacĂ© d’une invasion US, que le gouvernement argentin dĂ©clare la guerre au Reich, le 27 mars 1945 : c’est le dernier État Ă  entrer en guerre et Ă  faire ainsi partie des Nations Unies.

À l’automne de 1945, aprĂšs avoir trĂšs habilement annulĂ© l’influence marxiste et juive sur la CGT (la confĂ©dĂ©ration syndicale), PerĂłn s’oppose aux menĂ©es yankees et marxistes. Durant l’automne et l’hiver de 1945, les communistes et l’ambassade US organisent des manifestations « populaires » (en rĂ©alitĂ©, formĂ©es pour l’essentiel de riches Ă©tudiants, dont un tiers est d’origine juive et qui sont presque tous des marxistes) pour obtenir le dĂ©part du « nazi » PerĂłn.

PerĂłn est un populiste d’un type assez rare en AmĂ©rique latine : il est anticlĂ©rical, mais Ă©tant dĂ©pourvu de fanatisme, il ne persĂ©cute nullement la hiĂ©rarchie catholique, en dĂ©pit de l’opposition haineuse de celle-ci Ă  sa politique de progrĂšs social. Les prĂ©lats sont alors trĂšs soucieux des intĂ©rĂȘts des maĂźtres de l’économie : Yankees, Juifs et gros propriĂ©taires terriens.

La propagande libĂ©rale s’est acharnĂ©e sur le couple formĂ© par le sĂ©duisant et fort courtois colonel PerĂłn et la belle Eva Duarte, dite « Evita ». C’est une jolie blonde, fruit d’amours ancillaires, comĂ©dienne un peu trop exaltĂ©e pour ĂȘtre bonne, mais dotĂ©e au plus haut point de la fibre sociale. Elle fait un tabac au micro de Radio-Belgrano, de 1938 Ă  1945. Elle se fait la propagandiste de l’homme qu’elle aime, d’autant que Juan est veuf depuis 1938.

Eva est chassĂ©e de Radio-Belgrano en octobre 1945 par son propriĂ©taire juif. Elle Ă©pouse Juan le 22 octobre 1945. Le couple devient emblĂ©matique du populisme latino-amĂ©ricain. En dĂ©pit de l’action de l’ambassadeur des USA Spruille Braden et de quelques millions de dollars dĂ©pensĂ©s sans rĂ©sultat, PerĂłn est triomphalement Ă©lu PrĂ©sident de la RĂ©publique le 24 fĂ©vrier 1946. Eva est reçue avec beaucoup de sympathie par le Caudillo Franco en 1947, mais les communistes italiens la conspuent Ă  Paris et Ă  Rome, oĂč elle est fort mal reçue par Pie XII, en pleine lune de miel renouvelĂ©e avec l’exĂ©cutif des USA.

Eva dirige la propagande de la rĂ©volution pĂ©roniste, dite « justicialiste », extrĂȘmement populaire dans le pays, singuliĂšrement chez les 4 millions de syndiquĂ©s non marxistes. PerĂłn est le premier gouvernant argentin Ă  se soucier des ouvriers agricoles et des AmĂ©rindiens. Il impose au patronat un salaire minimum garanti et l’octroi d’un 13e mois annuel, les assurances sociales, les congĂ©s payĂ©s et l’arbitrage de l’État en cas de conflit durable du travail. Il lance la construction de logements populaires en accession Ă  la propriĂ©tĂ© et annule le traitĂ© commercial de 1933 qui fixait le prix des exportations argentines selon le bon vouloir des rapaces US et britanniques.

L’impĂŽt sur la fortune est augmentĂ©, ce qui permet d’assurer la multiplication des Ă©coles en milieu rural (1 500 sont ouvertes) et la gratuitĂ© des Ă©tudes universitaires. S’ensuit un afflux d’étudiants goyim : de 1949 Ă  1955, le nombre d’étudiants est multipliĂ© par trois et l’analphabĂ©tisme des mineurs d’ñge passe de 15 Ă  4 % de la population. Durant les annĂ©es 1945-1953, la mortalitĂ© infantile a chutĂ© de 25 % et l’espĂ©rance de vie est passĂ©e de 61,7 Ă  66,5 ans, grĂące Ă  la lutte contre les maladies contagieuses et Ă  l’amĂ©lioration de la surveillance des femmes enceintes. PerĂłn mĂ©contente la bourgeoisie et le clergĂ© en octroyant l’égalitĂ© successorale aux bĂątards. Enfin, il accorde le droit de vote aux femmes.

PerĂłn accueille des fugitifs d’Allemagne et de France, dont l’avionneur de grand talent Émile Dewoitine, qui avait conçu le seul avion de chasse français moderne des annĂ©es 1935-1940 : le Dewoitine 520. Le Pr Kurt Tank, anciennement directeur technique des usines Focke-Wulf, supervise la mise au point du premier avion Ă  rĂ©action d’AmĂ©rique latine, le Pulqui, opĂ©rationnel en 1951 : c’est un projet coulĂ© sur ordre de leurs maĂźtres US par les successeurs de Juan PerĂłn. Car c’est avec l’aide d’EuropĂ©ens « rĂ©prouvĂ©s » que PerĂłn lance l’industrialisation de l’Argentine, ce qui dĂ©plaĂźt souverainement aux Yankees, qui organisent des Ă©meutes, en 1950, dans la province de Cordoba oĂč le rĂ©gime tente d’implanter une industrie automobile et aĂ©ronautique autochtone. De mĂȘme, la crĂ©ation d’une forte marine de commerce argentine rend furieux les humanistes de Londres et de New York.

Eva meurt, ravagĂ©e par un cancer utĂ©rin, le 26 juillet 1952, huit mois aprĂšs la rĂ©Ă©lection triomphale de Juan, le 11 novembre 1951 (la premiĂšre Ă©pouse de Juan Ă©tait morte de la mĂȘme maladie). Un million et demi d’Argentins, issus des milieux les plus pauvres, dĂ©filent Ă  Buenos Aires lors de ses funĂ©railles, boudĂ©e par les riches, par la faction amĂ©ricanophile de l’armĂ©e et par le haut-clergĂ©. Pie XII a mĂȘme rappelĂ© le nonce pour lui Ă©viter de paraĂźtre aux funĂ©railles.

Juan est chassĂ© du Pouvoir par un putsch militaire et clĂ©rical inspirĂ© et financĂ© par la CIA, en septembre 1955, dans les suites duquel 30 000 pĂ©ronistes sont emprisonnĂ©s ou incarcĂ©rĂ©s en camps de concentration, crĂ©Ă©s pour l’occasion. Il est triomphalement rĂ©Ă©lu PrĂ©sident de la RĂ©publique d’Argentine en septembre 1973 et meurt en fonction en juillet 1974. Sa nouvelle Ă©pouse, Isabel, nĂ©e Martinez, est Ă©lue prĂ©sidente et sera dĂ©posĂ©e, en mars 1976, par un Ă©niĂšme putsch militaire financĂ© par les USA, avec l’approbation des prĂ©lats catholiques : le putsch dirigĂ© par le gĂ©nĂ©ral Videla.

Le « libĂ©ralisme » a parfois du mal Ă  s’opposer Ă  la volontĂ© du peuple, mais ce n’est gĂ©nĂ©ralement que partie remise : partout et toujours, l’argent « fait des miracles » !

TirĂ©, pour l’essentiel, de Bernard Plouvier, Le populisme ou la vĂ©ritable dĂ©mocratie, SynthĂšse nationale, 2017, 278 pages, 22 €. Pour commander ce livre, cliquez ici.

Le populisme ou la vĂ©ritable dĂ©mocratie de Bernard Plouvier (Éd. SynthĂšse, 278 pages, 22 €)

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