Jeanne-Marie, Ignacio, Theresa Cabarrus, puis Devin « de Fontenay », puis Tallien, puis princesse de Caraman-Chimay, (1773-1835)

Elle est la fille du banquier Francesco Cabarrus (1752-1810), fondateur en 1782 de la Banque Saint-Charles, qui deviendra plus tard la Banque d’Espagne. Le pĂšre est en relations d’affaires avec le baron de Batz, Jean PerrĂ©gaux, Gabriel Ouvrard et bien d’autres banquiers et affairistes, avant et/ou durant la RĂ©volution.

Theresa rĂ©vĂšle trĂšs tĂŽt des dispositions sexuelles immenses. On la marie le 21 fĂ©vrier 1788 Ă  un Conseiller au Parlement de Paris, Jean-Jacques Devin, pseudo-marquis de Fontenay (1762-1817), qui – contrairement Ă  une lĂ©gende tenace – ne la ruine pas, mais qu’elle cocufie abondamment : le fils, nĂ© en 1789, est probablement des Ɠuvres du jeune et beau FĂ©lix Le Peletier de Saint-Fargeau.

AffiliĂ©e Ă  une Loge d’adoption de la Franc-maçonnerie, elle est membre de la SociĂ©tĂ© de 1789, puis devient l’une des Ă©gĂ©ries des « Feuillants », en 1791. Elle divorce le 5 avril 1793, est dĂ©tenue Ă  Bordeaux durant l’automne de la mĂȘme annĂ©e, Ă©tant impliquĂ©e dans une exportation frauduleuse de capitaux et de biens. Elle sĂ©duit le Conventionnel en mission Jean-Lambert Tallien et le futur marĂ©chal Guillaume Brune, devenu gĂ©nĂ©ral aprĂšs avoir Ă©tĂ© l’un des fondateurs du club des Cordeliers.

Tallien, qui est un « modĂ©ré », la libĂšre et lui laisse dĂ©signer ceux et celles dont elle exige la libĂ©ration. Marc-Antoine Jullien, l’envoyĂ© de Maximilien Robespierre, proteste contre l’influence de « Notre-Dame du Bon-Secours », qui a mĂȘme essayĂ© de vamper cet adolescent niais, en avril 1794. Sur ordre de Robespierre, elle est de nouveau arrĂȘtĂ©e le 30 mai.

Tallien, effrayĂ© de la haine que lui porte « l’incorruptible » et sĂ©duit par la dame, joue un rĂŽle de premier plan dans la prĂ©paration et la rĂ©alisation de l’exĂ©cution du clan Robespierre
 du coup Theresa, libĂ©rĂ©e le 30 juillet et arrivĂ©e Ă  Paris le 13 aoĂ»t, devient « Notre-Dame de Thermidor », Ă©blouissant par sa faconde et ses tenues dĂ©colletĂ©es la sociĂ©tĂ© parisienne.

Le 26 dĂ©cembre, elle Ă©pouse le Conventionnel (en sĂ©paration de biens : elle est richissime et Tallien n’a pas le sou), puis devient, en 1795-96, la maĂźtresse du bisexuel Jean-François Barras, l’homme fort du Directoire, et, de 1799 Ă  1804, celle de Gabriel Ouvrard, l’un des hommes riches et fastueux du Directoire. On l’affuble d’un nouveau surnom flatteur : « la reine du Directoire ». Elle a le tort de se montrer familiĂšre et vulgaire avec le jeune gĂ©nĂ©ral NapolĂ©on Bonaparte.

DivorcĂ©e du pauvre Tallien le 8 avril 1802, elle Ă©pouse le 3 aoĂ»t 1805 François-Joseph de Caraman-Chimay, prince d’Empire (autrichien) et futur Chancelier des Pays-Bas (en 1816), mais elle est exclue des rĂ©ceptions impĂ©riales françaises comme de celles de la cour de Louis Bonaparte Ă  La Haye.

IndĂ©niablement gĂ©nĂ©reuse, elle fut l’archĂ©type de la courtisane (ou, si l’on prĂ©fĂšre, une idĂ©aliste de la judicieuse utilisation de la sexualitĂ©). Son cĂŽtĂ© spirituel tant vantĂ© est loin d’ĂȘtre Ă©vident Ă  qui Ă©tudie ses soi-disant mots d’esprit. Enfin, il faut dĂ©truire deux lĂ©gendes. S’il est exact que Tallien a prĂ©cipitĂ© la chute de Robespierre en juillet 1794 en partie pour la sauver, d’autres que lui travaillaient Ă  la mĂȘme Ɠuvre de pacification de la vie politique ; quant Ă  la modĂ©ration de Tallien, elle n’a pas attendu son amour pour Theresa pour se manifester : l’homme Ă©tait, certes, un second couteau, mais dĂ©sintĂ©ressĂ© et non sanguinaire.

A propos de l'auteur

Bernard Plouvier

Ancien chef de service hospitalier, spĂ©cialisĂ© en MĂ©de­cine interne.Il est auteur de nombreux livres historiques (L’énigme Roosevelt, faux naĂŻf et vrai machiavel ; La tĂ©nĂ©breuse affaire Dreyfus ; Hitler, une biographie mĂ©dicale et politique ; Dictionnaire de la RĂ©volution française,
) et d'essais (RĂ©flexions sur le Pouvoir. De Nietzsche Ă  la Mondialisation ; Le XXIe siĂšcle ou la tentation cosmopolite ; Le devoir d’insurrection,
). Il a Ă©tĂ© Ă©lu membre de l’AcadĂ©mie des Sciences de New York en mai 1980.

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