Admettons, une fois n’est pas coutume, que les hommes et les femmes des mĂ©dias (et les individus de sexe-genre indĂ©terminable) prĂ©sentent des faits rĂ©els : on aurait usĂ© d’armes chimiques en Syrie et, de façon rĂ©actionnelle, le PrĂ©sident des USA a ordonnĂ© de bombarder une base aĂ©rienne de l’État syrien.

Si les faits sont avĂ©rĂ©s, c’est, du cĂŽtĂ© du Pouvoir syrien, la violation d’une Convention internationale que l’État avait acceptĂ©e en y apposant une signature de ministre. Dans une guerre, civile ou Ă©trangĂšre, toutes les armes sont-elles bonnes ? La rĂ©ponse est simple et bien connue.

Si vous ĂȘtes en position de force extrĂȘme et assurĂ© de la victoire, vous pouvez tout vous permettre et personne ne vous jugera ; bien au contraire, c’est vous qui aurez la joie de condamner Ă  mort vos adversaires vaincus.

Les USA ont anĂ©anti par une bombe Ă  l’uranium et une autre au plutonium deux villes japonaises en aoĂ»t 1945, alors mĂȘme que l’empereur Hiro-Hito Ă©tait en pourparlers avec l’administration US depuis le dĂ©but de l’étĂ© pour mettre fin Ă  la guerre. En fĂ©vrier 1945 dĂ©jĂ , les assassins de la Royal Air Force et de l’US-Air Corps avaient liquidĂ© la ville ouverte de Dresde, oĂč s’entassaient des centaines de milliers de rĂ©fugiĂ©s fuyant les hordes de l’ArmĂ©e Rouge.

Alors, OUI : un chef d’État-chef de guerre omnipotent et assurĂ© d’ĂȘtre le vainqueur et le juge du vaincu peut tout se permettre. Mais sĂ»rement pas le chef d’un petit État, mĂȘme s’il a sur les bras une double guerre civile (contre une opposition politico-affairiste soutenue par les multinationales du pĂ©trole et contre les mahomĂ©tans fous furieux du calife Abou Bakr II) et une mini-guerre Ă©trangĂšre contre une coalition occidentale aux ordres du prĂ©cĂ©dent potentat US, qui Ă©tait lui-mĂȘme un crypto-islamiste proche des milieux pĂ©troliers.

Bachar el-Assad – en admettant que les faits qui lui sont reprochĂ©s soient exacts – a pĂ©chĂ© par dĂ©faut d’étude des prĂ©cĂ©dents historiques et par surĂ©valuation mĂ©galomaniaque de sa position. Il n’est ni un Winston Churchill (l’assassin de Dresde) ni un Harry Truman (qui voulait terrifier « Staline » : mission rĂ©ussie jusqu’à ce que des traĂźtres donnent les secrets atomiques Ă  l’URSS).

De l’autre cĂŽtĂ©, Donald Trump limite la riposte, c’est indĂ©niable et on peut lui en savoir gré : Vladimir Poutine n’a nulle raison d’engager une escalade. Toutefois, se pose la question de la lĂ©gitimitĂ© de l’intervention d’un État Ă©tranger dans les guerres civiles qui ravagent la Syrie (et l’Irak ou l’Afghanistan).

L’on sait bien que de hautes autoritĂ©s juridiques ont inventĂ© le curieux principe du Devoir d’ingĂ©rence. On peut mĂȘme imaginer que, parmi les clowns politiques et mĂ©diatiques qui usent et abusent de cette formulation grotesque, il existe un ou deux individus, sincĂšres autant que niais, croyant en la pertinence de l’argument.

En rĂ©alitĂ©, tout le joli monde des grosses affaires – celui qui domine les mĂ©dias et agite les ficelles des pantins de la politique, hors chez les populistes qui toujours et partout furent des raretĂ©s – se soucie comme d’une guigne des populations asservies dans un pays pauvre en ressources naturelles facilement exploitables.

Si l’Irak (ou la Libye) n’avait pas Ă©tĂ© un trĂšs gros pays producteur d’or noir, si l’Afghanistan et la Syrie n’étaient pas des terres idĂ©ales de passage pour olĂ©oducs et gazoducs, tout le monde « civilisé » se moquerait des querelles intestines de leurs populations hĂ©tĂ©rogĂšnes, oĂč l’on s’entre-tue allĂšgrement depuis des millĂ©naires.

Que le « gendarme du monde » autoproclamĂ© (l’expression date de l’époque de Franklin Delano Roosevelt) agisse comme bon lui semble, nul ne peut l’en empĂȘcher et surtout pas l’ONU, Ă  la botte de la diplomatie du dollar et de celle de l’islamo-pĂ©trodollar (les deux diffĂšrent parfois de buts depuis une vingtaine d’annĂ©es).

Mais que les Nord-AmĂ©ricains cessent de nous prendre pour des abrutis en nous gavant de phrases humanitaires et d’images invĂ©rifiables. Chacun sait qu’au Qatar, il existe une Ă©norme fabrique de fausses actualitĂ©s tĂ©lĂ©visĂ©es. Et tout le monde se souvient de quelques ratĂ©s devenus cĂ©lĂšbres en matiĂšre d’informations bidon et d’images truquĂ©es.

Le colosse US peut tout, du moins pour l’instant – en attendant un retour de bĂąton qui sera d’autant plus douloureux que ledit colosse aura mĂ©susĂ© de son omnipotence. Qu’il agisse s’il le veut, mais sans parer ses actes, fort intĂ©ressĂ©s, de nobles attitudes et du thĂ©Ăątre de guignol pseudo-humanitaire.

Une fois qu’un chef syrien aura vendu son pays aux multinationales du pĂ©trole, rĂ©gnera l’ordre US : hamburgers, Coca-Cola et bagnes pour opposants politiques
 Ă  la « gastronomie » prĂšs, les Syriens auront Ă©changĂ© un maĂźtre dur, mais autochtone, contre un despote animĂ© par l’étranger
 et quelques lettrĂ©s pourront murmurer : « Plus ça change, plus c’est la mĂȘme chose » !

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